Pour que la justice triomphe
Chacun de nous réalise tôt ou tard qu’il y a deux mondes qui regardent la même chose mais ne la voient pas avec les mêmes yeux.
Il y a, d’un côté, des gens humbles, ouverts, sensibles à la souffrance et qui, voyant des armées aller massacrer des peuples entiers - en Irak, en Palestine, en Afghanistan, en Somalie, en Libye - se sentent profondément bouleversés et indignés.
Il y a, de l’autre, des responsables politiques cyniques, asservis à des puissances belliqueuses - et des simples citoyens malheureusement désinformés, jetés dans la confusion - qui n’entendent pas la voix de la conscience et qui soutiennent des guerres et des politiques iniques ; ou s’en accommodent.
La guerre c’est l’horreur. Il est impératif que les journalistes s’attachent à éclairer des faits que certains gouvernements et politiciens, qui veulent nous y conduire, s’emploient à camoufler. Il convient de le rappeler : la liberté de la presse n’est pas un droit pour les journalistes à dire n’importe quoi ; c’est un droit des gens à être correctement informés.
Dire la vérité n’est pas toujours chose facile
S’agissant de la Palestine, par exemple, -que nous avons visitée pour la première fois en 2002- témoigner honnêtement des graves abus que subissent les Palestiniens -qu’ils soient chrétiens ou musulmans- soumis à une cruelle occupation militaire, reconnaître leur droit de résister, cela n’est pas sans risque.
Des professeurs, des journalistes, des gens tout à fait honorables, ont été diffamés, accusés abusivement d’ "antisémitisme", de "conspirationnisme", de "négationnisme", bannis, simplement pour avoir éclairé, par exemple, certains aspects de la politique criminelle de d’Etat d’Israël.
Ceux qui se servent de l’anathème de l’antisémitisme, pour associer des honnêtes gens à cette période terrifiante de l’histoire qu’est le nazisme, savent ce qu’ils font. Il ne faut pas se laisser intimider. Il faut savoir résister aux abus, ne jamais avoir peur de les désigner. Le contrepoint à la désinformation et aux mensonges, est le devoir d’informer au plus près de la vérité. Rien ne doit nous retenir de continuer à le faire.
Nous ne sommes pas seuls à le penser
Dans ses mémoires - publiées à Actes Sud en 2010 - l’écrivain André Brink évoque la pénible impression qu’il a ressentie lors de son voyage en Palestine en 2002 : "Quand j’y repense aujourd’hui, je ne peux écarter de mon esprit le souvenir des terribles vestiges de Dachau et d’Auschwitz : si Israël ne s’est jamais lancé dans un génocide de l’ampleur de l’Holocauste, le nettoyage ethnique que cette nation inflige aux Palestiniens équivaut moralement, à une version lente et en mode mineur des camps de la mort. J’ai du mal à comprendre comment un peuple pour lequel il a été si difficile de se relever des horreurs de l’Holocauste peut ensuite infliger à d’autres ce qu’on lui a fait."
Silvia Cattori