écrits politiques
English    Français    Italiano    Español    Deutsch    العربية    русский    Português
Un des grands crimes de notre temps
Gaza meurt dans l’indifférence, au su et au vu du monde
Nous continuons d’écrire, de dire notre refus des horreurs perpétrées par l’armée israélienne, tout en sachant que ceux des responsables qui ont la possibilité de les faire cesser ne veulent pas nous entendre. Des voix fortes et prestigieuses, se sont pourtant élevées ! Sans succès.

Gaza : des enfants condamnés avant leur naissance (rafahtoday.org)

L’ancien président Jimmy Carter a récemment déclaré que le blocus contre la bande de Gaza, imposé par l’Etat d’Israël et appuyé par le « Quartet » - blocus instauré après la victoire du mouvement Hamas aux élections de 2006 - était « l’un des plus grands crimes contre l’humanité au monde » car il signifiait « l’emprisonnement de 1,6 millions de personnes, dont 1 million sont des réfugiés (…) A Gaza, la plupart des familles ne mangent plus qu’un repas par jour. De voir les Européens s’accommoder de cela est déconcertant ».

Quant à la question touchant les possibilités réelles pour les pays européens de rompre avec la politique d’allégeance à Israël, imposée par les Etats-Unis, M. Carter a répondu : « Pourquoi pas ? Ils ne sont pas nos vassaux. Ils occupent une position d’égalité par rapport aux Etats-Unis » [1].

L’archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix sud-africain, s’est rendu récemment à Gaza, dans le cadre d’une mission à la demande du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. « La situation entière est abominable » a-t-il déclaré. « Nous pensons que les citoyens israéliens ordinaires ne supporteraient pas ce blocus, ce siège, s’ils savaient ce que cela signifie vraiment pour les gens ordinaires comme eux ». La communauté internationale est aussi fautive, a-t-il dit, pour son « silence et sa complicité » [2].

Mais ces voix restent malheureusement trop rares, isolées, et ignorées des médias traditionnels. Le temps passe, rien ne change. Pire, le quotidien de la population de Gaza s’aggrave chaque jour. Car Israël profite lui de l’indifférence qui entoure sa politique pour la durcir : il maintient Gaza perpétuellement bouclée, en manque d’eau, d’aliments, de médicaments ; les gens s’affaiblissent, dépérissent, meurent faute de soins adéquats.

Au moment où nous écrivons ces lignes, à Gaza, il y a des mères qui mettent au monde des enfants condamnés avant leur naissance.

Tandis que le nombre d’enfants qui meurent, à peine nés, s’accroît, parmi les nouveaux nés qui survivent, un grand nombre sont anémiques, car leur mère a été sous-alimentée durant la grossesse.

Ces enfants, vont devoir supporter le restant de leur vie des séquelles. Leurs cellules cérébrales ayant subi d’ores et déjà des dommages irréparables.

Tout cela est cyniquement étudié, calculé, planifié par de sinistres stratèges. Ils ont décidé d’affamer la population de Gaza pour punir son esprit de résistance. Ils attendent vainement sa capitulation.

C’est de cette abominable façon que, avec la complicité de nos autorités, à Gaza, particulièrement les enfants en dessous de l’âge de cinq ans, se trouvent sous-alimentés, d’avance condamnés, privés de nourriture par décision du gouvernement israélien ! Des dirigeants cruels donc, qui savent parfaitement ce qu’ils font : par les privations auxquelles ils soumettent tout un peuple, ils contribuent à compromettre, de manière inhumaine, la vie de toute une génération d’enfants palestiniens de façon irréversible.

Dans ce contexte effrayant, imaginez l’inquiétude des parents, l’angoisse des mères à l’enfantement ! Il y a environ 4’000 nouveaux nés à Gaza chaque mois [3].

C’est un crime abominable !

Quand il s’agit de la survie des Palestiniens, qu’Israël affame et assassine, les responsables politiques européens laissent faire inexplicablement.

L’autre jour, un habitant de Beit Hanoun observait avec dépit : "On est arrivé au-delà du supportable. Pas d’électricité, pas de mazout, pas de gaz, pas de nourriture, pas d’eau potable, pas de salaire ; on n’a rien ; c’est indescriptible. Et ni l’Europe, ni les Etats arabes ne réagissent, comme si la bande de Gaza était déjà rayée de la carte !"

Tout ce dont nous parlons ici, et que l’on veut ignorer au-dehors, est parfaitement documenté par de nombreux caméramans et journalistes palestiniens. Il est navrant de constater que les journalistes "occidentaux", d’une soit disant "presse libre", ne transmettent pas une information qui permette à l’opinion publique de connaître cette cruelle réalité et de réagir, et de se rendre compte de l’ampleur des mesures génocidaires mises en place par l’occupant colonial israélien.

Israël commet quotidiennement des crimes odieux contre une population faible, qu’il a préalablement cadenassée, sans qu’aucun Etat européen n’ose intervenir pour le stopper.

Dès lors, ceux qui s’indignent rétrospectivement du silence et de la passivité de leurs aînés devant les pratiques concentrationnaires des nazis, mais qui ne dénoncent pas également les horreurs perpétrées par les colonisateurs juifs depuis 60 ans contre les Arabes, ni n’obligent Israël à changer de politique et à reconnaitre ses crimes, devraient commencer par balayer devant leur porte. Car, contrairement à leurs aînés, ils disposent, eux, de toutes les informations. Leur silence et leur passivité ne sont rien d’autre qu’une complicité dans le crime.

Silvia Cattori



[1] Voir :

- « Hay Ride : Jimmy Carter Crosses the Line », by Chris Floyd, chris-floyd.com, 26 mai 2008.

- voir également : « Jimmy Carter dénonce le blocus de Gaza », Le Devoir, 26 mai 2008.

[2] Voir :

- « Tutu calls for end to blockade of Gaza », by Rory McCarthy, The Guardian, 30 mai 2008.

- traduction française

[3] Il y a 1,6 millions d’habitants environ dont plus de la moitié sont des enfants