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Délit d’opinion
Un verdict particulièrement inique

Alors que les médias - depuis le 11 septembre 2001 surtout - propagent les stéréotypes racistes les plus abjects au sujet des Arabes et de l’Islam, et que nul ne s’en émeut, alors qu’Israël - qui se définit comme État juif - pratique l’épuration ethnique, construit des murs et des barrières pour boucler les Palestiniens dans des ghettos infâmes et assassine des civils en toute impunité, M. Jean-Claude Willem, le Maire de Seclin, un honnête homme que la politique raciste d’Israël révulsait, a été, lui, condamné par la justice la plus inique qui soit, à Douai le 11 septembre 2003, pour avoir pris la décision de boycotter les produits israéliens dans les cantines municipales de Seclin (*).

La condamnation du Maire de Seclin est un scandale. Elle ne peut manquer d’écœurer les honnêtes gens qui aspirent à la justice.

Ce verdict est scandaleux. Mais il n’a pas semblé heurter M. Alain Finkielkraut qui, sur les ondes de France culture, le 15 septembre 2003, enfonçait, lui, le clou de l’ « antisémitisme », comme à son habitude. En effet, ce qui préoccupe M. Finkielkraut, ce n’est pas la terreur que fait régner l’Etat d’Israël en Palestine occupée, mais la menace que feraient peser « les antisémites sur les juifs » en France.

Que je sache, il n’y a pas en France de check points où l’on humilie les gens ; il n’y a pas en France d’enfants juifs assassinés chaque jour comme le sont les enfants arabes ; il n’y a pas en France des personnes de confession juive qui sont perquisitionnées et assassinées chaque nuit comme le sont les Palestiniens en Palestine.

Les campagnes pour dénoncer l’« antisémitisme » ne servent qu’à cela : à faire oublier les crimes d’Israël, l’impuni. Chaque fois qu’Israël est critiqué pour ses crimes, des défenseurs malhonnêtes montent au créneau et brandissent l’épouvantail de l’ « antisémitisme ».

Les gens de confession juive sont-ils une race à part ? Nous sommes d’abord des êtres humains, tous égaux en droit. Une religion n’est pas une race, une ethnie. Il n’y a pas une religion qui est supérieure à un autre.

M. Finkielkraut, dans son délire, met le mot « juif » dans chacune de ses phrases. Pourquoi faut-il nous parler des « juifs » à tout bout de champ ? Ne sommes-nous pas d’abord Français, Allemands, Suisses ? Et, s’agissant de religion, il ne vient pas à l’idée des chrétiens de proclamer en permanence qu’ils sont chrétiens. Qui en a cure ?

Il ne faudra pas que M. Finkielkraut s’étonne si on ne l’aime pas. De confession juive ou pas, son arrogance nous agace profondément.

M. Finkielkraut doit accepter que les habitants d’Israël de confession juive, ne sont pas des gens à part. Et que s’en prendre à la politique menée par les Etats-Unis ou Israël n’a rien à voir avec le racisme.

Combien de fois n’ai-je pas entendu des journalistes - comme Alexandre Adler - dire à l’antenne qu’ils sont « juifs » et fiers de l’être ? Mais à quoi cela rime-t-il de proclamer quelle est sa religion ?

On ne se préoccupe pas de savoir si un journaliste est juif ou musulman ou chrétien. On n’attend qu’une chose de lui : qu’il nous informe honnêtement. Ce qui, hélas, est loin d’être le cas. Car le point de vue communautaire semble, quand il s’agit d’Israël, de plus en plus l’emporter sur la vérité.

Le rapport que M. Finkielkraut entretient avec Israël est hystérique. Quand, à court d’arguments, il affirme que les défenseurs de la cause palestinienne sont des « esprits simplistes », qu’ils ne savent pas « voir les deux côtés », qu’ils sont incapables « de cette prise de conscience des deux côtés », M. Finkielkraut devrait d’abord balayer devant sa porte.

M. Finkielkraut a également évoqué « le devoir de mémoire ». Mais, dans son esprit, cette « mémoire » ne prend apparemment pas en compte les victimes non juives.

Comment peut-il continuer de dire ces énormités : « il n’y a jamais eu autant d’antisémites dans le monde qu’aujourd’hui (…) il y a un antisémitisme physique violent (…) ce qui fait encore problème est l’esprit de dénégation qui fait souffrir les juifs (…) les juifs ont le cœur lourd et les Français juifs ont peur… ».

Mais c’est exactement cela qui est choquant : ce déni des effets dévastateurs de l’occupation israélienne et cette indifférence à la souffrance qu’elle inflige à tout un peuple sauvagement opprimé. On peut aussi rappeler à M. Finkielkraut qu’il n’y a pas que des victimes de confession juive qui ont souffert du nazisme et sont morts dans les camps allemands. Il faut savoir rassembler les gens et non pas diviser ; et rendre justice à toutes les victimes.

Israël est un État qui pratique une politique colonialiste barbare. Israël se rend chaque jour coupable de crimes de guerre. On ne voit pas pourquoi les organisations juives, les gens de confession juive, devraient défendre un État pareil, et le Maire de Seclin, lui, être condamné pour l’avoir dénoncé cet Etat monstrueux.

L’État raciste d’Israël doit pouvoir être jugé pour ses crimes au même titre que l’Afrique du Sud de l’apartheid l’a été. Dénoncer les violations des droits humains commises régulièrement par l’Etat d’Israël, protester contre sa politique raciste, est un acte politique légitime.

Accuser d’ « antisémitisme » les honnêtes gens qui critiquent Israël, au lieu de vous en prendre aux crimes commis par cet État parias, cela vous déshonore M. Finkielkraut !

Nul ne doit céder à ce genre de chantage.

Bien sûr, tout le monde l’a compris : tant que les défenseurs d’Israël font la chasse à des « antisémites » imaginaires et se disent menacés, en France ou ailleurs, les médias ne parleront pas des crimes odieux que l’armée israélienne commet en Palestine.

Silvia Cattori

(*) Voir : « Le maire de Seclin condamné pour le boycott de produits israéliens », AFPS Nord Pas de Calais, 19 septembre 2003.