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Medias et Israël
Mur de séparation ethnique et désinformation
Israël a été créé, en 1948, sur l’expulsion brutale des Palestiniens de leur terre ; un crime que les victimes ont appelé Nakba, catastrophe. Au moment où l’Etat d’Israël s’apprête à célébrer avec faste son soixantième anniversaire, et alors qu’il continue de faire peser les menaces et les agressions dans la région, nos gouvernements devraient avoir la décence de refuser de participer à ces célébrations (*). Nous rediffusons un article, écrit en août 2003, qui conserve malheureusement toute son actualité.

Quand on se rend en Palestine et on découvre le degré de désinformation dans lequel nos médias maintiennent le public au sujet de la politique belliciste d’Israël, on a de quoi s’inquiéter.

Les journalistes, s’ingénient à nous faire croire, comme le veut la propagande israélienne, qu’Israël serait "menacé par les Arabes et les musulmans". Par conséquent, ils portent une lourde responsabilité dans le prolongement de cette immense injustice, qui fait l’affaire d’Israël. Un État, qui, peu le savent, s’est créé sur les massacres, la déportation des Palestiniens et l’épuration ethnique qui s’est poursuivie jusqu’à ce jour.

Quand les médias nous livrent une information falsifiée ou expurgée, ce n’est pas sans graves conséquences pour les peuples opprimés. Car, ils privent nos sociétés d’une connaissance précieuse pour la compréhension des faits, et la possibilité de protester et d’agir en faveur des victimes quand il est encore temps.

Or, si au lieu de se faire les relais de la propagande des autorités israéliennes les journalistes avaient relaté honnêtement les faits, rappelé cette chose simple : que les Palestiniens, massacrés en toute impunité, sont les victimes d’un crime qui demande réparation ; qu’ils ont été envahis en 1948 par l’arrivée massive d’immigrants qui les ont graduellement chassés hors de chez eux, persécutés, les Palestiniens n’en seraient peut-être pas là.

Il ne s’agit pas de refaire l’histoire, d’être pro-israélien ou pro-palestinien. Il s’agit simplement d’être neutre, en empathie avec ceux qui souffrent. Et de savoir reconnaître la réalité cruelle, de l’assumer humainement, pour rendre justice aux victimes des crimes perpétrés par des gens qui se sont installés par la force sur la terre et les biens volés aux Arabes. Tout comme on a rendu justice, hier, aux victimes des crimes nazis (dont les Palestiniens ne sont en rien responsables).

Les Palestiniens ont déjà trop souffert depuis 1948. Ils ne peuvent pas attendre dix ans, vingt ans de plus.

Israël, fort de ses services de propagande et de renseignements – services qui infiltrent, manipulent, tissent des réseaux secrets, corrompent des centaines de milliers de Palestiniens, maintenus dans la misère, sans revenu, qui, en échange d’un pécule, finissent par accepter de devenir des informateurs au service de l’occupant - a su asseoir sa domination sur les mensonges et les manipulations avec une efficacité redoutable.

Répercuter ce que les autorités israéliennes répandent, pour discréditer leurs voisins arabes et musulmans, est de bon ton dans les rédactions. Par contre, documenter leurs actes de violence, n’est pas convenable. Dans le respect de la vérité et de la justice, les citoyens doivent exiger des journalistes et des rédactions qu’ils cessent de les tromper en rapportant des informations frelatées ; fabriquées de manière à rendre les crimes israéliens « acceptables ».

Pourquoi, depuis soixante ans, nous a-t-on parlé à juste titre des victimes juives du nazisme mais passe-t-on sous silence les victimes palestiniennes des persécutions israéliennes ?

Autre manipulation qui n’aide pas à voir qui est le vrai coupable.

Des organisations juives, des personnalités juives, partout dans le monde, s’ingénient à faire diversion en prétendant que ce sont les gens de confession juive qui sont menacés dans leur intégrité. Leurs dires sont fantaisistes. Mais en agitant le spectre de l’antisémitisme ils n’en exercent pas moins une pression constante sur les gouvernements, les médias, l’opinion. Cela permet aux défenseurs de l’occupation israélienne de continuer d’exploiter la souffrance générée par les crimes nazis il y a plus de 60 ans, pour détourner le public des problèmes actuels ; de ces Palestiniens présentement victimes, d’épuration ethnique, de ghettoïsation.

Or, quand on découvre l’étendue des persécutions qu’Israël a infligées aux Palestiniens depuis 1948, on demeure stupéfait par cette distorsion. Israël, et ses relais, nous ont toujours donné une version totalement faussée de ce qui se passe au Moyen-Orient. Les campagnes qui présentent les personnes de confession juive en victimes, ont pour but d’étouffer toute critique à l’encontre de l’État d’Israël et de nous faire oublier que ce sont les musulmans et les Arabes qui sont les victimes.

Israël justifie ses continuelles annexions de terres palestiniennes, ses tueries de civils, ses destructions de villes et villages arabes, ses assassinats « extra judiciaires », en prétextant qu’ils sont « nécessaires à sa sécurité ».

Or, si l’on visite la région, on a vite fait de s’apercevoir que c’est l’État d’Israël - l’unique pays de la région qui possède des armes de destruction massive - qui créé un climat d’insécurité et de désolation, également pour ses voisins syriens, libanais, irakiens.

Depuis que l’Etat d’Israël a été fondé en 1948 - sur les terres palestiniennes, sur la Palestine - il s’est attaché à construire une image négative de l’Arabe et du musulman. Les prétendus « terroristes » qu’il s’agit « d’éradiquer » selon Israël - tout comme les prétendues armes de destruction massive en Irak, qu’il s’agissait de « démanteler » - ont pour but inavoué, inavouable, d’affaiblir ses voisins pour mieux les démembrer et les dominer. Sans la complaisance des médias qui maintiennent le public dans l’ignorance de la barbarie israélienne, cela ne serait pas possible.

C’est ainsi qu’Israël a pu mettre en place - sans susciter de réaction des pays « démocratiques » - le pire système d’apartheid. Tout, il peut tout se permettre : forcer les Palestiniens à vivre dans des ghettos surpeuplés, construire un mur d’apartheid en défigurant et désacralisant les paysages bibliques que les Palestiniens n’ont jamais osé toucher.

Israël, qui dispose d’une des premières armées du monde, n’avait bien évidemment pas besoin de ce mur pour sa « sécurité ». Ce mur de séparation ethnique, conçu de longue date, attendait son heure dans les tiroirs. Dès l’annonce de sa construction par le « socialiste » Ehud Barak - en ce funeste mois d’avril 2002 où la Cisjordanie était soumise à de terribles offensives meurtrières - il a obtenu l’appui de toutes les forces politiques israéliennes, de la gauche israélienne, du « camp de la paix », dont Uri Avnery…

Israël a réussi son pari : mettre le monde devant un fait accompli. Le mur est là. Effrayant ; indestructible ?

Ce mur de séparation ethnique - dont le tracé implique l’annexion de puits, la confiscation de terres, la déportation de villageois - affectera directement et durablement des millions de Palestiniens. Nous étions sur place, en octobre 2002, quand les villageois ont entamé des actions de résistance pacifique pour tenter d’attirer l’attention des médias internationaux. Peine perdue. Aucun journaliste n’en a parlé. Ils se sont faits tout de suite brutaliser, jeter en prison, torturer, expulser par l’armée israélienne à l’insu du monde.

Or ce mur, qui emprisonne les Palestiniens dans des ghettos infâmes, crée un obstacle de plus sur la voie d’une issue acceptable pour les Palestiniens. L’objectif des stratèges du « grand Israël » est d’arriver à rendre impossible toute reconnaissance des droits des Palestiniens à retourner sur leurs terres.

Si un certain nombre de gens peuvent se représenter ce qu’est physiquement ce mur de « sécurité », ses implications réelles sur la vie des Palestiniens restent largement incomprises. À cause du langage utilisé. Les auteurs de cette nouvelle atteinte à la légalité internationale se sont arrangés à présenter la construction de ce mur honteux de façon qu’il apparaisse comme un « mal nécessaire ». Or ce mur, qui sépare les Palestiniens des Israéliens, officialise objectivement la ségrégation ethnique et rend encore plus précaire le quotidiens des Palestiniens.

Les colonies juives illégales, qui sont la racine de tous les maux - soit l’arrivée de quelque 450’000 nouveaux colons - sont les premières bénéficiaires de ces conquêtes territoriales.

Voilà où l’asservissement des principaux moyens d’information conduit. À couvrir les crimes d’Israël et à passer sous silence les mesures d’enfermement illégales des Palestiniens. À donner l’illusion d’informer sur ce qui se passe en Palestine, alors que la réalité est totalement travestie.

Si les correspondants occidentaux avaient révélé les nouvelles injustices que ce mur honteux impose aux Palestiniens, Israël n’aurait peut-être pas pu l’ériger si facilement. Lorsqu’il en a annoncé le projet, il s’était attendu à de vives réactions ; le silence de l’Occident lui a donné carte blanche. C’est ainsi que, fort de cette impunité, en mars 2003, Sharon a modifié le tracé de ce mur de façon à annexer encore plus de terres et de colonies que prévu initialement. Peu après, conforté par l’indifférence du monde, il a encore annoncé l’ajout d’un mur supplémentaire qui enfermerait la Cisjordanie en entier.

Face à tant d’injustices il y a fort heureusement des êtres qui payent de leur vie leur volonté de dire au monde les horreurs dont ils sont les témoins. Témoins que l’armée israélienne - soucieuse de son image - chasse sauvagement, assassine, jette en prison.

Pour Israël toute personne qui documente sans biais ses crimes, est considérée comme « une menace pour sa sécurité ». Je songe ici à ces journalistes, photographes, caméramans palestiniens pour commencer, qui ont à cÅ“ur de nous informer honnêtement et de témoigner de la souffrance de leur peuple au risque de leur vie. Ces journalistes et caméramans, sont les meilleurs alliés des victimes en ces zones où l’armée israélienne mène des offensives particulièrement meurtrières. Ces hommes et femmes qui, caméra au poing, défient l’armée israélienne, méritent toute notre estime. Leurs images, si difficilement arrachées, sont le plus souvent expurgées, voire dénaturées, par nos journalistes qui ne nous les montrent, du reste, qu’au compte gouttes, préférant se servir des films fournis par les services de presse de l’armée israélienne.

Je songe à ces rares journalistes internationaux qui ont mis au défi l’armée israélienne, en filmant ses atrocités, et l’ont payé de leur vie. Comme Raffaele Ciriello ; ce cameraman italien qu’un soldat israélien a délibérément tué à Ramallah, au début de l’offensive militaire de mars 2002 [1].

James Miller
Et aussi James Miller, un cameraman londonien [2]. Après sa mort, Israël a immédiatement nié la responsabilité de ses soldats. L’autopsie, et les témoins présents, ont prouvé que James Miller était de dos, quand un soldat de l’armée israélienne l’a délibérément touché en pleine tête, le 2 mai 2003. James Miller portait un gilet pare-balles sur lequel était écrit en grandes lettres « Press ». Il filmait précisément, cette nuit là, le massacre par l’armée israélienne de civils palestiniens à Rafah. C’est comme cela qu’Israël se débarrasse de tous ceux qui persistent à vouloir filmer ses actions criminelles.

La légèreté avec laquelle nos médias prennent pour argent comptant, les versions mensongères des autorités israéliennes, est impardonnable.

Le 8 août 2003.

En plus des traductions indiquées en bas de page, cet article a également été traduit en :
- catalan :
http://www.nodo50.org/palestinalliure/article.php3 ?id_article=892

Silvia Cattori

(*) Cent personnalités britanniques ont déclaré : Nous n’allons pas célébrer le 60ème anniversaire d’Israël.

Voir cette video :
- If Americans Knew Video seen by half a million people on youtube http://www.youtube.com/watch ?v=ynWjYHP91gA

(**) Il a fallu attendre que le président Bush admette en 2005, que ce mur constituait « un problème », pour que les médias occidentaux consentent à révéler au monde un peu de sa monstrueuse dimension. Bush, sous la pression d’Ariel Sharon, se rétractera quatre jours plus tard.



[1] Le photographe italien, Raffaele Ciriello a été tué, le 13 mars 2002, par des balles tirées sur lui délibérément depuis un char israélien à Ramallah, parce qu’il persistait à filmer les atrocités des soldats. Depuis septembre 2000 une soixantaine de journalistes ont été blessés par balles par les soldats israéliens en Palestine. Plus de la moitié étaient palestiniens. Entre mars et avril 2002, l’armée israélienne a arrêté plusieurs douzaines de journalistes, en a blessé grièvement des dizaines d’autres. Tels Carlos Handal, de la chaîne égyptienne Nile TV, blessé grièvement de plusieurs balles alors qu’il se déplaçait à bord d’un véhicule identifié "Press". Il s’agit pour l’armée israélienne d’intimider pour tenir toute personne à distance des lieux ou elle procède à des massacres de Palestiniens. Le 5 avril 2002, à Ramallah, les reporters étrangers d’un convoi de sept véhicules, ont essuyé des tirs et des jets de grenades assourdissantes. La voiture blindée de CNN a été touchée par un tir qui a brisé sa vitre arrière. Le 16 avril, le véhicule de journalistes de la télévision suédoise SVT a essuyé des tirs. Ceux qui pâtissent le plus de cette manière de censure par Israël sont les journalistes palestiniens. Souvent soumis à des brutalités, insultés, embarqués, privés de leur carte de presse et leur matériel confisqué.

[2] Voir : http://electronicintifada.net/content/cpj-calls-full-and-transparent-investigation-british-journalists-death/237


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