écrits politiques
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Initiative de Genève
Un plan de paix sur fond de sang et de larmes
Avec son « Initiative de paix » célébrée à grand fracas à Genève, la Suisse s’est totalement décrédibilisée aux yeux des Palestiniens qui n’ont qu’une hâte : échapper au terrible face à face que leur impose Israël.

Les protagonistes de l"Initiative de Genève" : Yossi Beilin ancien ministre de la justice d’Israël, et Abed Rabbo ancien attaché à l’information de l’Autorité palestinienne

Pendant que tout ce beau monde se pavanait dans les salons de la cité de Calvin, autour d’une paix morte née, les Palestiniens n’ont jamais autant souffert sur les check points et autres lieux de tortures et d’humiliations.

Cette nuit, les tanks, les jeeps, avec leurs escadrons de la mort, sont entrés dans la vieille ville de Naplouse, les soldats ont frappé aux portes, fait un bruit du diable, terrorisé les enfants, humilié les parents, coupables d’être nés sur cette terre, embarqué des hommes, coupables d’êtres jeunes. Ils ont blessé un jeune homme. Les soldats ont jeté des gens hors de leurs lits, pour occuper leurs maisons, les transformer en casernes.

Dans le camp de Balata, durant toute une semaine, avec leurs chars et leurs jeeps, les soldats israéliens n’ont eu de cesse de faire des rondes, pour terroriser les familles et provoquer les enfants en jetant sur eux des bombes assourdissantes jusqu’à ce que tous les enfants du camp se révoltent.

Tous les gens vous parlent des mauvais traitements qu’ils ont subis sur la route, et des caravanes postées ces jours-ci à quelques centaines de mètres du check point d’Howara, caravanes qui annoncent une nouvelle colonie et mettent les nerfs de la population à vif.

La Suisse, qui voulait bien faire, ne pouvait pas faire plus mal. Comme toutes les mauvaises initiatives qui l’avaient précédée, cette « Initiative de Genève » a conduit à de nouvelles effusions de sang.

Ne pas avoir intégré dans les discussions - qui ont duré de longs mois - toutes les forces politiques représentatives de la population, c’était faire preuve, non seulement de mépris à l’égard de ceux qui souffrent sur le terrain, mais aussi de stupidité.

Avec sa diplomatie de paillettes, la Suisse a vivement heurté les Palestiniens. Quoi de plus choquant pour eux que de voir à la télévision des illustres inconnus, des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans leurs ghettos infâmes, à cent lieues de connaître leur tragique vécu, parler en leur nom de choses déjà vues, dont ils ne veulent plus entendre parler.

Les Palestiniens ont manifesté un peu partout en Palestine pour exprimer leur colère contre la Suisse, crier leur désespoir, crier leur refus d’un plan qui ne fait qu’ajouter d’autres peines à leurs peines, revendiquer leur droit légitime de se déplacer sans entraves, leur droit d’exister, leur droit d’aller se faire enterrer sur leur terre s’ils en ont le désir.

Ici, à Naplouse, après la prière du vendredi, une imposante manifestation a réuni tous les mouvements religieux et politiques. Les enfants étaient là, un peu inquiets, qui s’accrochaient aux jambes de leurs parents. A l’issue de cette manifestation ordonnée et grave, j’ai eu la surprise de voir, tout à coup, le drapeau suisse se déployer, flotter, puis partir en fumée.

Je n’ai pas caché aux gens qui me demandaient de quel pays je venais- les Palestiniens sont toujours très accueillants, très curieux, très heureux de voir que des internationaux viennent dans leurs pauvres lieux de vie - que c’était le drapeau de mon pays qui brûlait. Et combien cela m’attristait de savoir que ce "Plan de Genève" leur avait apporté plus de peines que de solutions. Ils m’ont précisé qu’ils n’avaient rien contre le peuple suisse, qu’ils s’en prenaient aux dirigeants.

Pourquoi nos élus, ne comprennent-ils pas que l’on ne peut parler sérieusement de paix et festoyer à Genève pendant qu’Israël affame, terrorise, massacre tout un peuple, avec d’autant plus d’intensité qu’au-dehors, à Genève on parle de paix ?

Si Mme Calmy Rey, la Cheffe du Département des affaires étrangères de la Confédération suisse, était venue sur ces lieux de mort, sans escorte ni officialité, si elle avait vécu ne serait-ce qu’une heure, un jour, dans la boue et l’épouvante - dans les camps de réfugiés de Rafah, Balata, Jénine - elle n’aurait jamais pu, comme elle l’a fait, se moquer publiquement de ces gens par cette mascarade de Genève, en défendant l’indéfendable : un plan porteur de plus de discorde et de souffrance.

Avant de lancer des initiatives de paix, nos Etats devraient prendre exemple sur Anna Lindh, la Ministre suédoise des Affaires étrangères mystérieusement assassinée. C’est-à-dire, avoir le courage de condamner sans faux-fuyants la colonisation de l’Etat d’Israël, de dénoncer vigoureusement ses actions terroristes pour le contraindre - par des mesures coercitives - à se retirer sans conditions et sans délai des terres qu’il occupe illégalement.

Pourquoi Powell, Bush, Blair - qui répètent jusqu’à la nausée que "la violence doit cesser" - ne viennent-ils pas en Palestine voir dans quel camp la violence se situe ? C’est de la violence israélienne qu’il convient de se préoccuper sans tarder.

Les Palestiniens sont des êtres étonnamment calmes, au regard des violences et abus qu’ils subissent. Le monde devrait s’étonner qu’il y ait si peu d’actes de résistance violente de leur part, en comparaison des tueries israéliennes.

Israël, qui a toujours opté pour une dynamique de guerre, n’apprécie pas que le monde se mêle de ses affaires. Il a donc profité de cette période, où l’on faisait beaucoup de bruit pour rien à Genève, pour lancer davantage de soldats à l’assaut des camps de réfugiés. Espérant, par l’escalade, éloigner toute idée de paix.

Israël a toujours procédé ainsi. Chaque fois que des plans de paix étaient avancés, il s’est toujours ingénié à multiplier les provocations, jusqu’à ce que, poussés à bout, les Palestiniens répondent au sang par le sang.

La Suisse a dépensé des sommes colossales, pour rien. Pour avoir fait confiance à des universitaires médiocres, à des diplomates bornés, à des négociateurs peu recommandables, au lieu de se mettre à l’écoute de ceux qui sont les vrais interlocuteurs, les victimes de ce désastre, elle a failli.

Les Palestiniens sont des gens instruits, et non pas ces sauvages que l’Etat d’Israël décrit. Il leur a suffi de regarder qui étaient les "architectes" de cette farce de Genève, pour comprendre que la diplomatie suisse n’était pas plus éclairée que la diplomatie américaine.

La brochure censée expliquer aux populations concernées le contenu de ce plan de paix, qui devait être distribuée aux frais de la Suisse dans des millions de foyers, personne ne l’a jamais reçue en Palestine. Les Palestiniens l’auraient-ils reçue qu’ils l’auraient jetée au feu.

Raison pour laquelle ils se sont dressés contre le plan offensant que la Suisse leur offrait, qui plus est, sur fond de sang et de larmes.

Le point de départ de toute négociation doit être l’équité. De quelle équité peut-on parler tant que les Palestiniens vivent sous la terreur de l’occupant ?

Il ne peut y avoir de paix juste sans le retrait total de l’armée israélienne hors de Palestine, la fin de l’Etat d’apartheid, le retour des refugiés chez eux.

Silvia Cattori