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Initiative de Genève
Un plan de paix sur fond de sang et de larmes

Avec son « Initiative de paix » célébrée à grand frais à Genève, la Confédération hélvétique s’est totalement décrédibilisée aux yeux du peuple palestinien, qui lui n’a qu’une obsession : échapper tout de suite au terrible face à face que lui impose Israël depuis 1948

5 décembre 2003 | - : Israël Palestine

Le 1er décembre 2003, en présence de 700 invités, se déroulait la cérémonie de signatures de l’Initiative de Genève. Selon sa marraine Mme Calmy-Rey, cheffe du DFAE (Département Fédéral des Affaires Etrangères), ce plan de paix était censé régler le conflit israélo-palestinien, apporter justice et paix.

Pendant que tout ce beau monde festoyait dans les salons de la cité de Calvin, autour d’une initiative de paix mort-née, les Palestiniens, emprisonnés en Cisjordanie et à Gaza, brutalisés sur les barrages militaires, empêchés de voyager d’une ville à l’autre, ne pouvaient que se sentir plus que jamais humiliés.

Les Palestiniens sont des gens étonnamment calmes, au regard des violences et abus qu’ils subissent. La violence est le fait de l’occupant.

Israël, qui a toujours opté pour une dynamique de guerre, n’apprécie pas que le monde se mêle de ses affaires. Il a profité de cette période où Genève attirait les yeux sur elle en véhiculant des promesses de paix, pour lancer davantage de soldats à l’assaut des camps de réfugiés qui sont le fer de lance de la résistance.

Israël escompte, par ses incessantes provocations faire réagir les Palestiniens, trouver prétexte pour dire qu’ils sont violents, et éloigner toute illusion de paix.

Cette nuit, les colonnes de chars et de jeeps, ont occupé la vieille ville de Naplouse. Les soldats sont entrés dans les foyers en défonçant les portes, ont terrorisé les enfants, humilié les mères, embarqué des hommes et des jeunes, coupables de quoi ? D’être nés sur cette terre qu’Israël convoite.

Israël a toujours procédé ainsi. Chaque fois que des plans de paix sont avancés, il s’ingénie toujours à multiplier les provocations, jusqu’à ce que, poussés à bout, les Palestiniens se soulèvent.

La Suisse ne pouvait pas leur faire plus mal. Cette « Initiative de Genève » mal ficelée, ils le savaient ne conduisait qu’à plus d’effusions de sang.

Ne pas avoir associé aux dialogue toutes les forces représentatives du peuple palestinien, c’était faire preuve, non seulement de mépris à l’égard des victimes, mais aussi de stupidité.

Une brochure que les autorités suisses avaient dit qu’elle avait été distribuée - aux frais de la Suisse - dans des millions de foyers pour convaincre les Palestiniens du bien fondé de cette Initiative, personne ici n’en avait vu la couleur. Les Palestiniens l’auraient-ils reçue qu’ils l’auraient jetée au feu.

Ils nous disaient que cette initiative qui fait la part belle à Israël, est injuste et raciste : elle demandait aux Palestiniens de reconnaître l’Etat juif et de renoncer à l’une de leurs revendications fondamentales : le droit au retour des réfugiés. Raison pour laquelle ils se sont dressés contre ce plan offensant que la Suisse leur avait concocté contre leur gré, sur fond de sang et de larmes.

A Naplouse, les manifestants étaient remontés contre la Suisse qui ne faisait cas de leur souffrance ; après la prière du vendredi, comme dans toutes les villes et bourgades palestiniennes, une imposante manifestation a réuni les mouvements religieux et politiques de toutes tendances. Ils revendiquaient leurs droits que l’Initiative de Genève bafouait.

A l’issue de cette manifestation, j’ai eu la surprise de voir, tout à coup, le drapeau suisse se déployer, flotter, partir en fumée. Je n’ai pas caché aux gens qui me demandaient de quel pays je venais que c’était le drapeau de mon pays qu’ils brûlaient. Et combien j’étais attristée de savoir que cette initiative suisse les blessait.

Que peut-on négocier avec une force occupante sinon son retrait ?

Le point de départ de toute négociation doit être l’équité. De quelle équité peut-on parler tant que les Palestiniens vivent sous occupation militaire, écrasés par l’occupant israélien ?

Au lieu de s’aventurer imprudemment dans un plan de paix qui ne respectait pas le droit international et ne pouvait mener nulle part, Mme Calmy-Rey aurait dû commencer par condamner l’occupation militaire d’Israël, ses violations et le contraindre à se retirer, sans conditions et sans délai, des terres qu’il occupe illégalement.

Silvia Cattori