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L’armée israélienne fait la chasse aux enfants
BALATA ou la mort à petit feu

La rue était terreuse. Les passants, hommes pour la plupart, déambulaient en rasant les murs. Les marchands disposaient - pour la énième fois - fruits et légumes sur les étals avec des gestes empreints de lassitude.

12 décembre 2003 | - : Israël Palestine


(rafahtoday)

C’était un jour de décembre affreusement triste. Un jour pareil à un autre ici à Balata. Les sirènes des ambulances hurlaient. Les mères criaient. Les regards de ceux d’entre les enfants qui n’en avaient eu que pour leur peur, étaient vides.

Des femmes se sont mises,qui à balayer, qui à jeter des seaux d’eau devant le seuil. Était-ce leur manière de reprendre possession d’un semblant de vie que les “jais” [juifs] [1] en le souillant perpétuellement, leur niaient ?

Les "jais" étaient venus à cinq reprises aujourd’hui pour y commettre leurs crimes.Cinq fois où il avait été impossible aux mères de retenir leurs enfants.

Cela faisait peine à voir.

Victimes du jeu pervers des "jais", dont les stratagèmes répétitifs avaient pour objectif de les attirer dans leur pièges mortels, les enfants survoltés couraient, sortaient d’eux-mêmes ; dès le premier grondement des chars ils se précipitaient en leur direction dans un état d’étrange fébrilité.

Les « jais » savaient ce qu’il y avait lieu de faire pour attirer méthodiquement, systématiquement, dans leurs perfides provocations, ces nuées d’enfants ; jusqu’à ce que, excités à la folie, ils en viennent à s’approcher de leurs engins mortels.

Les enfants, d’abord rétifs, finissaient par leur jeter des pierres. Abrités à l’intérieur des jeeps aux vitrages grillagés, tout à coup, les « jais » se mettaient à tirer à tout va.

Les enfants parlaient des "jais" sans haine, comme s’ils parlaient de quelque chose qui faisait partie de leur normalité. Pris dans une sorte de folie ils couraient en tout sens, comme en perte d’eux mêmes. On aurait dit qu’une fois lancés ils ne connaissaient plus la peur ; comme poussés par une profonde et atavique motivation, un besoin de dignité, le désir d’exister, comme tout enfant ?

A 16 heures environs, quand les « jais » se sont retirés, une vingtaine d’enfants gisaient sur le sol. Certains, grièvement blessés, furent transportés à l’hôpital de Naplouse. [2]

C’était un jour triste. C’était un jour de décembre au « camp » de réfugiés de Balata. Un jour pareil à un autre en Palestine militairement occupée. [3]

Il y avait là des cameramans palestiniens, dont Alaa Badarneh, obligés par l’armée de se tenir à distance question de leur interdire de filmer. Et une poignée d’internationaux atterrés de voir ces enfants humiliés, livrés à la bestialité de soldats qui plus ait, avaient l’air de prendre du plaisir.

Il y avait là des soldats capables de blesser et de tuer des enfants !

Pourquoi faisaient-ils aux enfants palestiniens ce qu’ils ne voudraient pas qu’on fasse à leurs enfants ? Avaient-ils un cœur ?

Persécuter un enfant, blesser un enfant, tuer un enfant, est un crime ! Un crime odieux.

Silvia Cattori



[1“Juif est la nationalité, Israélien est la citoyenneté ainsi établie

[2J’évoque ici, pour la énième fois, ce qui s’est passé le 3 décembre 2003 et qui m’a laissée profondément traumatisée. Des violences contre les enfants de Balata se répètent à l’identique tout comme dans d’autres camps de réfugiés, notamment à Rafah (Gaza) et à Jenin

[3On appelle « camps » de réfugiés ces ghettos où les Palestiniens - chassés de leurs villes et villages en 1948 par les colons juifs - ont été parqués « provisoirement » et d’où ils attendent depuis lors de revenir chez eux