écrits politiques
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L’armée israélienne fait la chasse aux enfants
BALATA ou la mort à petit feu
C’était un jour de décembre affreusement triste, un jour pareil à un autre, au « Camp » de Balata. Les sirènes des ambulances hurlaient. Les mères hurlaient. Ceux d’entre les enfants qui n’en avaient eu que pour leur peur, avaient des mines défaites.

(rafahtoday)

La rue était terreuse. Tout paraissait étrangement triste.

Les passants, hommes pour la plupart, déambulaient en rasant les murs. Les marchands ambulants disposaient - pour la énième fois - fruits et légumes sur les étals avec des gestes empreints de lassitude.

Les femmes, jeunes, se sont mises, qui à balayer, qui à jeter des seaux d’eau devant le seuil, avec des gestes lourds. Etait-ce leur manière de reprendre possession d’un semblant de vie que les « jais », en la souillant perpétuellement, leur niaient ?

Les "jais" étaient déjà venus à cinq reprises aujourd’hui pour y commettre crimes sur crimes. Cinq fois où il avait été impossible aux mères de retenir leurs enfants.

Victimes du jeu pervers des "jais", dont les inquiétants stratagèmes avaient pour but de les attirer dans un piège mortel, les enfants paraissaient poussés hors d’eux-mêmes ; ils sursautaient dès le premier grondement des chars. Ce grondement les précipitait dans un état d’étrange fébrilité. Cela faisait peine à voir.

Les enfants parlaient des "jais", sans haine, comme s’ils parlaient de quelque chose qu’ils connaissaient mais qui demeurait irréel. [1]

C’était des enfants pris de folie qui couraient en tout sens, en perte d’eux mêmes. Et qui une fois lancés ne connaissaient plus la peur, poussés par une profonde et atavique motivation : ce besoin de dignité, ce fort désir d’exister, comme tout enfant.

Depuis leurs engins militaires, abrités derrières des vitrages grillagés, les « jais » tiraient à tout va. Les enfants, d’abord rétifs, finissaient par s’avancer vers leurs bourreaux et, ne pouvant rien, par leur jeter des pierres.

Les j« ais » savaient ce qu’il y avait lieu de faire pour pousser, méthodiquement, systématiquement, des vagues d’enfants survoltés dans leurs provocations perfides, jusqu’à ce que à la folie, ils finissent par se lancer tête baissée contre leurs engins mortels.

Vers 16 heures, quand les « jais » interrompirent leur jeu macabre, vingt petits corps gisaient sur le sol. Dont certains grièvement blessés. [2]

C’était un jour triste. C’est un jour pareil à un autre. C’est un jour de décembre au camp de réfugiés de Balata. [3]

Il y avait là des caméramans palestiniens qui ne pouvaient filmer qu’à distance et au risque de leur vie. Et une poignée d’internationaux atterrés de voir de pauvres vies humiliées, à la merci des soldats israéliens, perpétuellement livrées à l’horreur, sans que nul, au-dehors, ne s’en soucie.

Qui étaient ces soldats venus de loin, capables de blesser et de tuer des enfants ? Pourquoi faisaient-ils aux enfants de Palestine, ce qu’ils ne voudraient pas qu’on fasse aux enfants d’Israël ? Avaient-ils un cœur ?

Affamer un enfant, persécuter un enfant, tuer un enfant, est un crime ! Un crime odieux.

Silvia Cattori



[1] Ils disaient "les jais" comme on dirait "les Arabes". Ils disaient “juif” car c’est bien ainsi que la nationalité des Israéliens est écrite sur le passeport ; il n’y avait donc aucune connotation négative de leur part

[2] J’évoque ici, pour la énième fois, ce qui s’est passé le 3 décembre 2003 et qui m’a laissée profondément traumatisée. Les violences contre les enfants de Balata se répètent à l’identique dans de nombreux lieux de la Palestine occupée ; notamment à Rafah, à Jenin

[3] On appelle « camps » ces ghettos où les Palestiniens -chassés de leurs villes et villages par les européens de confession juive nouvellement arrivés en Palestine en 1948- ont été placés « provisoirement » et d’où ils attendent depuis lors de revenir chez eux