écrits politiques
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Un témoin de l’ISM pris pour cible
J’accuse l’armée israélienne
Brian Avery, un jeune Américain, âgé de 24 ans, a été très grièvement blessé, hier, dans la petite ville martyre de Jénine. Arrivé en Palestine il y a deux mois, il était sur le point de rentrer chez lui, aux Etats-Unis.

Brian Avery

Durant son séjour il avait accompagné les médecins que l’armée israélienne empêchait d’aller secourir les blessés et les malades ; il avait rendu visite aux familles enfermées dans une pièce de leur maison pendant que l’armée occupait les pièces restantes ; il avait construit un chemin qui avait été rendu impraticable par les bulldozers ; il s’était installé dans des maisons que les soldats israéliens s’apprêtaient à détruire. Bref, il avait accompli des actions à même de redonner un peu d’espoir aux Palestiniens assiégés, sous couvre feu.

Au moment du drame il était en train de mettre à l’abri les enfants que l’arrivée des véhicules militaires survoltait.

Le soldat, depuis un véhicule situé à 50 mètres de distance, a délibérément visé Brian en pleine tête. Une balle a traversé son visage de part en part.

Tobias, le camarade qui se trouvait à côté de Brian au moment où il s’effondrait, a raconté que la rue était déserte et que, à l’arrivée des soldats, lui et ses camarades avaient ostensiblement levé les bras, haut au-dessus de leur tête, que chacun d’eux portait, comme de coutume, la veste orange fluorescente et qu’ils étaient donc clairement identifiés par les soldats comme des volontaires de l’International Solidarity Movement (ISM). Tobias a encore précisé qu’il n’y avait pas eu « d’échange de tirs », comme cela a été rapporté aux médias par l’armée israélienne. Il n’y avait absolument rien qui « menaçait la sécurité » des soldats qui étaient retranchés dans des véhicules de guerre, absolument aucune raison qui pouvait justifier leurs tirs.

Les camarades de Brian qui ont assisté à cette scène épouvantable sont catégoriques : le soldat qui a fracassé la figure de Brian avait reçu l’ordre de le tuer.

La « junte », des cinq généraux, qui tient véritablement le pouvoir en Israël, n’aime pas la présence de témoins en des lieux où elle envoie quotidiennement ses troupes pour entretenir un état de peur et provoquer les enfants inconscients des risques qu’ils prennent.

Décision a été prise, au plus haut niveau semble-t-il, de se débarrasser - en les terrorisant eux aussi - de ces internationaux de l’ISM qui observent et dressent des réquisitoires qui contredisent la version officielle des faits. Dès lors, les soldats ont été poussés par certains commandants à considérer que ce n’était pas un crime que de tuer ces internationaux qui protègent les enfants palestiniens.

C’est dans les mêmes conditions que la jeune Irlandaise Caoimhe Butterly, avait été blessée, en novembre 2002, à Jénine, quand les soldats lui avaient délibérément tiré dans les jambes alors qu’elle tentait de protéger des enfants. Les volontaires de l’ISM devaient se tenir pour dit que leur statut d’internationaux n’était pas une protection.

Constatant que leur tirer dans les jambes ne suffisait pas, l’Etat Major israélien a ordonné de monter la violence d’un cran. Décision a été prise de viser l’un ou l’autre de ces internationaux de l’ISM en pleine tête, de les tuer.

L’assassinat de la jeune Américaine Rachel Corrie , dans des conditions particulièrement atroces le 16 mars 2003, a tétanisé et paralysé tout le mouvement pour un temps. Il n’a toutefois pas réussi à dissuader les volontaires de l’ISM, merveilleusement animés par leur foi en l’être humain, de maintenir leur présence en ces lieux qu’Israël veut fermer à tout regard en les déclarant « Closed military zones » (ce sont des villages et des villes Palestiniens).

Les volontaires devaient-ils s’en aller ? Céder à la peur, laisser ces enfants livrés aux soldats qui venaient là pour les provoquer ? Ce n’était tout simplement pas concevable ! Ils n’étaient déjà, pas assez nombreux. Sans leur présence très humaine et pleine de compassion, le sort des Palestiniens, isolés dans ces zones particulièrement martyrisées depuis 2002, n’aurait-il pas été encore plus précaire ?

Au moment où Brian est tombé, baignant dans son sang, le visage déchiqueté, ses jeunes camarades ont eu la lourde tâche de lui prodiguer les premiers soins.

Brian et son avocat,
le 28 février 2005

(Lisa Nessan)
Brian gît maintenant dans un hôpital. Il est hors de danger. Son beau visage est définitivement mutilé. Il ne parle pas, ne voit pas, mais il entend. A son réveil, après huit heures d’interventions chirurgicales lourdes, il savait que son visage n’était plus.

Son calvaire ne fait que commencer. Il devra subir un nombre incalculable d’opérations de chirurgie reconstructive. Mais, merveilleux comme à son habitude, il suscite l’admiration de ceux qui l’entourent avec angoisse, en s’ingéniant à les détendre et à les rassurer,

C’est pour participer à des actions humanitaires et de protestations non violentes que Brian a quitté son cocon, l’Amérique. Il est venu en Palestine, confiant en sa capacité à aimer et à dialoguer avec toutes les parties.

Dès son arrivée, il a pu constater avec peine dans quel enfer Israël maintient le peuple palestinien. Il s’est investi en sa faveur avec courage et détermination. Il a voulu se rendre réellement utile, tenter de tempérer l’agresseur, fort de cette croyance, qu’en tout homme, même le plus brutal, il y a toujours un fond d’humanité.

Durant toute la période qu’il a passée à Naplouse et à Jénine, Brian a marqué de son aura ceux qui ont eu la chance de le côtoyer. Les gens m’ont parlé de lui comme d’un être doux, discret, affectueux. Un homme à l’âme de poète qui savait captiver son public en racontant des histoires, égayer l’atmosphère, et qui, à ses heures, se retirait pour écrire.

Son calvaire serait moins douloureux si son sacrifice pouvait contribuer à aider les Palestiniens à être reconnus dans leur souffrance. Et amener le monde à mieux comprendre ce qui se passe ici.

On parle tous les jours, dans nos médias, du conflit israélo-palestinien. Mais mal et de façon non équilibrée. Ce que l’on nous en montre et dit fait toujours la part belle à Israël.

Il n’y a ni journalistes, ni fonctionnaires de l’ONU, ni ONG internationales, physiquement présents dans ces « Closed military areas ». S’y rendre n’est pas chose aisée, à cause des bouclages militaires et des couvre-feu.

Emprisonnés dans leurs villes et villages, les Palestiniens sont coupés du monde. Sortir dans la rue, marcher, se rendre au travail ou à l’école – activités humaines banales n’importe où ailleurs – sont ici mortelles. Du reste, les bouclages et les couvre-feu, sont destinés à cela : semer la terreur et la mort.

Dans cet univers invivable où les Palestiniens sont contraints de vivre, des êtres comme Brian, capables de s’indigner et de s’engager pour appeler à plus de justice, sont une véritable consolation.

Dans ce contexte d’isolement, la venue des internationaux est attendue. Les volontaires de l’ISM ont su agir concrètement, être présents au moment où il le fallait. Au moment où les vivants sont encore vivants, pour leur apporter un peu de réconfort et d’humanité en ces heures noires où les soldats de Sharon déchaînaient la violence.

Ce sont des risques calculés qu’a pris Brian, en connaissance de cause, durant ces terribles jours de guerre.

Il faut le souligner : ces volontaires de l’’ISM se sont montrés capables de défendre l’honneur de l’humanité en ces heures dramatiques : ils ont refusé de se plier aux ordres illégaux de l’armée occupante.

Ils ont accompli ce que ni l’ONU ni aucune agence humanitaire internationale n’ont fait ! Ils ont brisé le couvre-feu, et passé outre les ordres qui interdisaient, y compris à la Croix-Rouge, d’aller secourir les blessés et ramasser les cadavres.

Ils n’ont fait que leur devoir d’hommes. N’est-ce pas là, la plus noble et la plus précieuse des solidarités ?

Silvia Cattori

Voir aussi :
The Brian Avery shooting : When will we realise that there can’t be this many "accidents" ? Nigel Parry, The Electronic Intifada, 5 April 2003
http://electronicintifada.net/v2/article1336.shtml