Cette rencontre leur paraît d’autant plus insultante que, pendant qu’à Genève on célèbre la paix, ici, à Naplouse où je me trouve, l’armée israélienne ne se prive pas –comme à chaque fois qu’il est question de paix- d’intensifier ses « opérations » militaires. C’est par dizaines que ses soldats ont, ces jours-ci, assassiné des adultes et des enfants à Naplouse et un peu partout en Palestine.
Par cet « Accord de Genève », que les Palestiniens considèrent comme inapproprié et tout à leur désavantage, la Confédération helvétique n’a malheureusement fait qu’ajouter plus de complications et de frustrations à leur triste quotidien.
La légèreté avec laquelle la diplomatie suisse a géré ce dossier, et le tintamarre médiatique trompeur qui accompagne ce genre de politique spectacle, ne peuvent être ressentis que comme une nouvelle humiliation par les Palestiniens.
Les habitants de Naplouse ne cachent pas leur déception mais aussi leur colère, à la pensée que, en ces heures où l’armée d’occupation fait régner la terreur en leur murs, à Genève on entérine –et en leur nom- un « Accord » qui n’a pour eux, absolument aucune signification et qu’ils rejettent complètement.
Il est intolérable que l’on puisse -en leur nom– parler, organiser des cérémonies pompeuses et convier des invités qui, comme Alain Finkielkraut et Bernard Kouchner pour ne citer qu’eux, soutiennent la politique de ces Etats qui les oppriment.
C’est avec indignation qu’aujourd’hui, à l’université de Al-Najah -la plus grande université de Palestine- dix mille étudiants ont manifesté pour exprimer leur totale opposition à une « Initiative de Genève » qui va à l’encontre de leurs droits légitimes.
Sur le campus de l’université, on pouvait voir les drapeaux, verts du Hamas, rouges du FPLP, jaunes du Fatah, noirs du Djihad, blancs de l’OLP ; preuve que les étudiants sont unanimes dans leur refus d’une mascarade de paix, qui ne peut leur apporter que de nouvelles déceptions et de nouveaux malheurs.
Au moment où la manifestation se terminait, j’ai aperçu dans la foule quelques jeunes gens encagoulés portant chemises et pantalons de toile verte.
Leur message était clair. J’en ai éprouvé une immense peine. Ces jeunes garçons montraient qu’ils étaient prêts à se sacrifier et qu’il n’était pas question pour eux d’abandonner la résistance tant que les forces d’occupation israéliennes continueraient à brutaliser les leurs.
J’ai frissonné. Ces jeunes jetés dans le malheur dès le berceau, traqués en permanence par les forces d’occupation, étaient sans doute les prochains candidats au sacrifice suprême. De savoir de si jeunes vies brisées, placées face à quelque chose qui les dépasse, m’a submergée de tristesse.
Qui peut blâmer ces enfants de répondre à la violence israélienne par la violence ?
Qui, à Genève, s’est préoccupé d’exiger d’Israël qu’il cesse d’envoyer ses troupes tirer avec des armes de guerre sur des enfants qui en ce moment défendent la dignité de leurs foyers en leur jetant la seule chose qu’ils ont : des pierres ?
C’est de cela que Genève aurait dû se soucier.
Combien d’enfants vivant dans la misère la Suisse aurait pu aider si elle leur avait consacré les sommes faramineuses dépensées en pure perte durant les deux années où elle a financé les "architectes" palestiniens et israéliens et tout le tra-la-la lié à l’élaboration de ces "Accords de Genève" ?
Silvia Cattori