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L’éloge de Philippe Tesson au livre de BHL soulève des réactions
Libye : Bernard-Henri Lévy n’aimerait la guerre que lorsqu’elle ne prête pas à conséquence ?

Mme Mouna Alno-Nakhal réagit fermement aux propos tenus par Philippe Tesson dans son article - Figaro Magazine du 12 novembre 2011 - titré « Un philosophe au rendez-vous de l’histoire » (*)


13 novembre 2011

Libye : Bernard-Henri Lévy n’aimerait la guerre que lorsqu’elle ne prête pas à conséquence ?
Par Mouna Alno-Nakhal - Biologiste
Bretagne - France, le 13 novembre 2011

C’est Philippe Tesson, journaliste et chroniqueur, qui croque le portrait de BHL pour « saluer les engagements de cet intellectuel épris d’action », nous invitant au passage à débourser 22 euros pour acheter son dernier « beau livre et la passionnante aventure historique qu’il raconte » [1] Ce n’est pas cher payé pour lire les exploits de ce « sujet de roman : un homme seul, philosophe de métier, une sorte de chevalier blanc en mal d’action, obsédé par sa morale de la vérité, de la liberté et du droit, décide, proprio motu de convaincre un chef d’État d’aller porter le fer contre le tyran qui gouverne un pays lointain dont le peuple aspire à la liberté. Il l’en persuade en quelques instants. Contre toute raison, contre les lois de la sagesse, contre les principes du droit international, contre l’ordre. Une guerre s’ensuit. L’homme seul, qui en est l’inspirateur, s’y investit. Il devient le conseiller actif du prince. En six mois, la cause est entendue… ».

Aucun état d’âme face à la sombre machination menée contre cet État souverain qu’était la Jamahiriya Libyenne, ni face aux conséquences de cette soi-disant démocratie imposée à coups de bombardements, de massacres et d’assassinats, que personne ne songerait plus à nier. En tout cas, certainement pas un journaliste de la trempe et de la classe de M. Tesson, malgré son petit air d’insoutenable légèreté. Néanmoins, à ma connaissance, nul autre journaliste ou chroniqueur, n’a réussi à nous informer sur la « vérité » de cette guerre otanesque en si peu de lignes. Tout est dit et même plus !

À le lire, au premier degré, et s’il ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles, ou bien Monsieur Tesson est cynique, ou bien il est cynique et ridiculise BHL à la fois, bien qu’il s’en défende et réserve ce fait à ses ennemis tout en laissant « à qui veut le soin de dépecer le personnage ». Certes, il ne nous dit pas que « le démiurge de cette aventure » inspirateur de tous les donneurs de leçons de démocratie, de liberté d’expression, de déontologie de l’information, œuvre sans relâche depuis des décennies pour ceux qui ont entrepris de coloniser, de nouveau, le Moyen Orient et l’Afrique pour toutes sortes de raisons inavouables mais vite avouées par les faits. Pour lui : « L’histoire en écrira la suite. C’est un autre problème ». Il ne peut pas tout dire !

Il ne peut pas tout dire, mais ce qu’il nous dit est terrifiant ! BHL aurait persuadé le Président de la République Française d’aller « porter le fer » en Libye en « quelques instants » ! Et ce, « Contre toute raison, contre les lois de la sagesse, contre les principes du droit international, contre l’ordre ». Serions-nous devenus, nous français, les citoyens d’un État terroriste ? Suspecterait-il-notre Président de s’être laissé manipuler par une « sorte de chevalier blanc en mal d’action » alors qu’il était à court d’idées, abandonné par tout son gouvernement, ses conseillers et notre parlement ? « Trop présent, BHL, et d’une façon trop visible ? Certes. Mais les autres sont absents » nous dit Monsieur Tesson.

Dès lors, et puisque BHL est le seul « présent », pourrait-il persuader notre Président d’appuyer sur le bouton nucléaire pour porter une nouvelle désolation sur l’Iran, ou encore céder à ses insistances pour aller donner un coup de main aux takfiristes terroristes qui sévissent en Syrie financés par des États voisins alliés de l’OTAN, et les seuls à trouver grâce aux yeux de BHL et des rédacteurs de sa revue « La Règle du Jeu » ?

Après tout le ridicule ne le tuera pas. Il n’est que le « témoin de la tragédie de l’Histoire », comme tant d’autres témoins : Le Figaro, Le Monde, L’Express etc… etc… Les acteurs sont ailleurs et n’interviennent qu’après la mise en scène. Ce n’est que du théâtre, grande passion de Monsieur Tesson. Il oublie que l’on ne tire pas à blanc !

Mouna Alno-Nakhal - Biologiste
Bretagne - France, le 13 novembre 2011.

(*) Les passages cités, de l’article papier de Philippe Tesson paru dans Figaro Magazine du 12 novembre 2011, ont été retranscrits par Mme Mouna Alno-Nakhal.



[1La Guerre sans l’aimer. Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen.} BHL, chez Grasset, 400 pages, 22 euros.