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« Tsahal » ou le mythe de « l’armée la plus morale du monde »

Les citoyens juifs (*) en Israël sont généralement très fiers de leur armée. Les gouvernements israéliens se sont toujours attachés à la présenter comme quelque chose de pur, d’éthique, de noble, d’unique. Et d’aller répéter que « Tsahal est l’armée la plus morale du monde ».

L’ « Armée de défense d’Israël » (Tsahal en hébreu) n’est pas une armée de défense, comme son nom l’indique, mais une armée offensive au service de la plus longue occupation du monde moderne. Une armée asphyxiante qui mène des opérations militaires en continu à Gaza et en Cisjordanie de façon à terroriser la population palestinienne, à la déshumaniser, à la faire fuir.

Fondée en mai 1948, en intégrant diverses milices terroristes - l’l’Irgoun, Lehi, l’Haganah, le groupe Stern [1] - les premiers faits d’armes et de sauvagerie de l’ « Armée de défense d’Israël » ont été d’encercler les villages palestiniens, de massacrer le plus grand nombre d’habitants, de raser leurs maisons pour ne laisser aucune trace de leur histoire. Cette terreur avait été soigneusement planifiée de façon à pousser les Palestiniens paniqués vers l’exode ; ce qui devait permettre d’édifier, en lieu et place, un État ethniquement pur, réservé exclusivement aux nouveaux immigrants juifs.

Cette période de massacres, de destructions, de déportations, qui a rayé la Palestine de la carte, vidé la quasi totalité de sa population arabe (seuls 164’000 natifs palestiniens sur 1,2 million ont échappé à la déportation et à la mort) est cyniquement qualifiée « guerre d’indépendance » par les Israéliens qui ont établi, sur la terre volée aux Arabes, l’État juif d’Israël. C’était le début d’une domination violente et d’un processus d’épuration ethnique et de déshumanisation qui, depuis 1948, n’a jamais cessé.

C’est cette terreur organisée - institutionnalisée par des centaines de lois racistes et de mesures d’apartheid dites de « séparation » sans cesse durcies - qui a permis à Israël d’imposer sa « suprématie » et de réglementer le quotidien des Palestiniens de façon à les maintenir sous le contrôle de l’« armée la plus morale du monde. » Il y a un racisme latent en Israël qui s’exprime du reste ouvertement ; un refus de considérer les Arabes comme des êtres dignes d’être traités humainement, en égaux.

« Israël a le droit de se défendre », est le leitmotiv des autorités israéliennes, quand les protestations internationales mettent par trop en question ses carnages. Le problème est que ce « droit de se défendre » qu’Israël revendique, est à sens unique, exclusif, comme tout ce qui a trait à son projet d’expansion. L’armée israélienne a le droit de tout faire, de se servir d’un arsenal militaire conçu pour affronter des armées aguerries contre des civils désarmés complètement démunis.

A la fin des années 80 les soldats israéliens visaient les bras des enfants palestiniens qui lançaient des pierres contre leurs chars qui entraient dans leurs camps de réfugiés ; en 90 les jambes ; en 2000 la poitrine et la tête. Des générations d’enfants ont été ainsi mutilées à vie ; des milliers d’enfants ont été tués. Qu’importe ! « Israël a le droit de se défendre » répètent immanquablement les amis d’Israël quand les gens à l’extérieur se soulèvent et s’indignent. Autrement dit, l’armée israélienne a le droit de massacrer en toute impunité. Comme on l’a encore vu récemment à Gaza et au Liban.

Or, même des écoliers peuvent comprendre que, quand le gouvernement israélien envoie des bataillons à combattre le peuple qu’il a préalablement emprisonné en Cisjordanie et à Gaza, mis en situation d’infériorité, dans l’incapacité de fuir, de riposter, ce n’est pas pour « se défendre », mais pour avilir, humilier, massacrer, certes à doses calculées, acceptables par l’Occident ; et signifier à ces Arabes qui s’obstinent à rester, malgré toute la terreur qui leur ai infligée, sur le peu de terre qu’Israël leur a été laissée, que celui-ci est le maître absolu et qu’il finira bien par arriver à ses fins...

Ce sont les Palestiniens qui devraient avoir le droit de se défendre face à l’agresseur ! Qui en a cure ?

En 2006, les tirs des soldats israéliens ont ôté la vie à 742 Palestiniens, (dont 145 enfants), en ont blessé 3’735, enlevés 5’671 autres qui sont toujours en prison en Israël, dont 360 enfants, 210 ont été exécutés lors de d’ « assassinats » ciblés dits préventifs. Durant la même période, les résistants palestiniens ont ôté la vie à 23 Israéliens et enlevé un soldat, en tout et pour tout. De septembre 2000 à fin 2006, 5’150 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes et les colons, dont 1151 enfants. Le nombre d’attaques israéliennes depuis le sommet de Charm-El-Sheikh en février 2005, s’élève à 70.079.

La politique de « défense » de l’État d’’Israël c’est du « terrorisme d’État ».

Avec les « Forces spéciales », des soldats qui débarquent déguisés en Palestiniens dans les foyers palestiniens, pour tirer dans le tas, et ne laisser que cadavres derrière eux ; avec les agents secrets qui fomentent des attentats terroristes - qu’ils attribuent ensuite aux Arabes -, avec quelque 600’000 soldats et réservistes qui, une fois dans les zones occupées, ne connaissent que le langage de la terreur, (Israéliens ou double nationaux d’origine russe, polonaise, moldave, américaine, française, etc) « Tsahal » n’est pas cette armée auréolée de vertus que présentent la propagande ou encore des journalistes ignorants ou asservis à Israël. Mais une armée raciste, barbare.

Pour les populations arabes occupées, il est insupportable de voir ces forces étrangères débarquer dans leur chez eux, les menacer de leurs armes en disant que la « Palestine leur appartient », que « cette terre, Dieu l’a donnée aux juifs ».

L’idée de combattre pour servir l’État d’Israël est ancrée dans l’esprit des Israéliens qui ont « grandi dans le berceau du sionisme ». Il n’y a pas de famille israélienne qui ne tire bénéfice, directement ou indirectement, de l’occupation militaire. Il n’y a pas de « bons sionistes ». Dès l’âge de 18 ans les filles et les garçons ont l’obligation d’accomplir trois ans de service militaire (deux ans pour les femmes), puis un mois par année jusqu’à 50 ans.

L’opinion internationale est maintenue dans l’ignorance par des cinéastes, journalistes, écrivains, indéfectiblement favorables à la politique d’épuration ethnique de l’Etat juif Israël, et qui, en travestissant la réalité, se rendent complices de ses crimes.

« Notre armée est pure. Elle ne tue pas des enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et à cause de notre morale il y a peu de victimes » disent les généraux israéliens dans le film « Tsahal » de Claude Lanzmann. Ce qui se passe sur le terrain contredit malheureusement les généraux à qui Claude Lanzmann, voulant les dorer, a donné la parole. Ainsi, comme on peut le constater dans son film, ceux qui, en Israël, ont les mains couvertes de sang, sont montrés au-dehors comme des agneaux. L’opinion internationale est maintenue dans l’ignorance par des cinéastes, journalistes, écrivains, indéfectiblement favorables à la politique d’épuration ethnique de l’Etat juif Israël, et qui, en travestissant la réalité, se rendent complices de ses crimes.

Israël viole toutes les lois internationales. Il a légalisé la torture, la prise en otage des familles, les châtiments collectifs, les arrestations et les exécutions extrajudiciaires, les réquisitions de terres, le contrôle de 80 % des ressources arabes en eaux, le bouclage de villes et de villages qui interdisent les déplacements et emprisonnent les Palestiniens. Cette liste n’est pas exhaustive.

Le quotidien des Palestiniens est sans cesse bouleversé par les assassinats, les dévastations, les punitions collectives, les enlèvements perpétrés par des bataillons qui, à toute heure du jour et de la nuit, envahissent leurs foyers, cassent tout, effrayent, humilient les adultes en présence des enfants, enlèvent les hommes. Violences qui n’ont cessé de se multiplier et de redoubler en cruauté depuis 2000.

C’est durant cette période, si terrifiante et traumatisante pour les Palestiniens, que l’on a beaucoup entendu parler des « refuzniks ». Il faut savoir qu’il s’agit, (au moment où je vous parle) d’une poignée d’Israéliens qui ont refusé de continuer d’aller tuer des civils en Palestine. Ce qui fit naître, au-dehors, l’illusion que la paix pouvait trouver une chance dans le refus de tuer de quelques rares individus. Or quand l’on sait que tout homme et femme en Israël est un soldat ou un ex-soldat ou un futur soldat, pour les Arabes qui se font massacrer sur une large échelle cela ne pèse d’aucun poids.

En juillet 2006, l’armée israélienne envahissait à nouveau le Liban. Israël était engagé dans une nouvelle guerre d’agression illégale, entraînant la mort de nombreux civils libanais. Je me trouvais à Israël durant cette guerre. Curieuse de savoir comment les « refuzniks » réagissaient je suis allée à la rencontre de ces anciens soldats célèbres pour avoir signé le manifeste « Courage de refuser ».

En quatre ans, seuls quelques 600 Israéliens l’ont signé. Ce qui est un nombre dérisoire quand l’on sait que l’armée israélienne compte dans ses rangs plus de 150’000 soldats et peut mobiliser plus de 400’000 réservistes...

Je fus très surprise de découvrir que ces «  refuzniks », dont le refus de servir avait été présenté par le mouvement de solidarité international comme un acte héroïque, étaient quasiment tous favorables à la guerre qu’Israël menait à ce moment là contre le Liban.

En témoignent les réponses de l’un de ces refuzniks - Elad, 32 ans, physicien, proche des « Anarchistes contre le mur » - [2] que nous avons recueillies à Tel Aviv. Il attendait de recevoir une bourse européenne, pour partir continuer des études au Centre universitaire européen en Hongrie.

Voici des extraits de notre échange avec lui :

Q. Faites-vous toujours partie du mouvement « refuzniks » ?

R. J’ai signé l’appel “Courage de refuser”, mais je n’en fais plus partie. Leurs membres sont sionistes.

Q. Peut-on être refuznik et sioniste ?

R. Naturellement ! Que veut dire le terme sioniste pour vous ? Vous pouvez être sioniste et être contre l’occupation. Le sionisme a différentes significations. Pour les Palestiniens, cela veut dire que vous brutalisez leurs terres. Donc, pour eux, tout Israélien qui soutient l’occupation est sioniste, une mauvaise personne. Mais, en Israël, le sionisme signifie quelque chose de bien. Ce terme a une signification positive. Aider une vieille dame à traverser la rue, par exemple, est qualifié comme un geste sioniste. Dans l’opinion, plus généralement parlant, le sionisme signifie qu’Israël doit être un Etat juif. Bien des gens appartenant au mouvement « Courage de refuser » se définissent comme sionistes. Je ne suis pas sioniste. Je ne pense pas que le concept d’Etat juif soit un concept juste : je pense qu’il implique le racisme à un niveau très profond.

Q. Que ressentez-vous, en ce moment où votre pays est à nouveau engagé dans une guerre au Liban et où vos soldats rasent villes et villages ?

R. Je pense que le Liban doit décider si c’est un Etat ou pas. Il y a deux armées au Liban. Une armée qui est démocratique, qui est la plus petite et la moins efficace des deux, et qui n’exerce pas sa souveraineté. Et l’armée du Hezbollah qui est, selon tous les critères, une bonne armée, mais qui ne répond pas au peuple libanais ; qui agit au nom de Nasrallah et qui répond à la Syrie et à l’Iran. C’est une armée de guerre. Le Hezbollah veut la guerre ; la guerre est un bon business pour le Hezbollah. Je ne pense pas que c’était au peuple libanais de payer le prix. D’un autre côté, j’ai lu qu’Israël a tué des centaines de personnes en peu de jours. C’est horrible et, moralement, il n’y a pas d’excuse à cela. Et stratégiquement cela ne sert aucun objectif. Ils ont juste détruit le Liban. Je pense que c’est ce que le Hezbollah voulait et que c’est une bonne chose pour lui.

Ici, nous avons été déconcerté de l’entendre faire sienne la propagande militaire israélienne la plus sommaire. Ce refuznik que nous avions souhaité rencontrer en pensant que sa façon de voir trancherait avec celle de l’Etat Major israélien n’était pas si éloigné de ces derniers à bien y regarder.

Q. A Bil’in, vous semblez soutenir les Palestiniens que l’armée israélienne massacre [3], et au Liban, vous soutenez sans l’ombre d’une hésitation l’armée israélienne ? N’est-ce pas contradictoire ?

R. Oui, c’est comme cela. En fait, si je considère les choses en profondeur, quand je m’oppose à ce que fait l’armée, je le fais dans l’espoir d’avoir une vie meilleure ; je ne le fais pas pour les Palestiniens, mais pour moi-même.

Q. Avez-vous tué des Libanais quand vous étiez au Liban dans les années 90 ?

R. J’avais 18 ans quand j’ai commencé l’armée. Après une année d’entraînement en Israël, entre 1995 et 1996 je suis allé au Sud Liban et j’en suis revenu à l’âge de 21 ans. J’ai reçu plus de coups que je n’en ai donnés. Des amis ont été tués. C’était comme à la guerre.

Q. Avez-vous combattu les armes à la main à Cana en 1996 ?

R. Oui je me trouvais à Cana lors de l’opération appelée « Raisins de la colère ». Ce qu’ils ont fait alors était très violent mais moins violent que ce qu’ils font aujourd’hui. L’objectif de cette opération était le même que celui que poursuit l’armée israélienne aujourd’hui : en finir avec le Hezbollah et faire pression sur le gouvernement libanais pour faire taire les armes du Hezbollah.

Q. Votre bataillon a tiré tout en sachant qu’il y avait là des civils non armés ?

R. Nos soldats ont tiré sur le mortier. La bombe n’a pas été tirée dans le but de tuer des gens. Après une semaine de combat, le Hezbollah a installé ses mortiers près du camp de réfugiés pour tirer contre les positions israéliennes, pensant que l’armée israélienne ne tirerait pas là. Les forces israéliennes ont été touchées par le Hezbollah et elles ont demandé de pouvoir tirer contre cette position. C’est alors qu’une des bombes est tombée sur le camp des réfugiés sous protection des Nations-Unies.

Q. Comment pouvez-vous dire que les soldats « ont tiré sur le mortier » alors qu’il y a eu au moins 130 réfugiés palestiniens tués et des centaines de blessés. Un bain de sang énorme ! C’étaient pourtant des femmes et des enfants et pas des combattants du Hezbollah ?

R. La cible était le mortier.

Q. Comment peut-on tirer pour faire taire un mortier quand on sait que l’on peut tuer des femmes et des enfants ?

R. L’objectif était le mortier.

Aucune émotion, aucune inflexion dans la voix. Aucune confidence. Des réponses brèves, désincarnées, apprises par cœur. S’agit-il, pour tous ces soldats qui ont été envoyés sur le front massacrer des civils, de ne jamais avouer un meurtre, de ne jamais assumer le fait que toute action militaire criminelle contre des civils est une responsabilité collective, de ne jamais incriminer ses camarades ?

Q. Vous ne semblez pas condamner cette action ?

R- Non je ne blâme pas le soldat qui a tiré sur le mortier. Il a reçu une liste de numéros, il les a mis sur l’ordinateur et il a tiré. Je blâme le gouvernement israélien qui ne devait pas entrer au Liban, ni lancer cette opération, et ne devait pas se servir des populations civiles pour obtenir des buts politiques.

Q. C’est à ce moment là que vous avez quitté l’armée ?

R. Je n’avais plus que quatre mois avant le terme quand j’ai dit que je ne voulais plus continuer.

Q. Et, aujourd’hui, vous êtes en parfait accord avec votre armée qui massacre des femmes et des enfants ?

R. En ce temps là, le Hezbollah se battait contre l’occupation de nos troupes. Aujourd’hui c’est différent ; ce que fait le Hezbollah n’est pas légitime.

Q. Au moment où nous parlons, l’armée israélienne occupe et bombarde ces mêmes lieux où vous avez combattu...

R. Oui, je connais très bien les lieux où ils se trouvent en ce moment. J’étais là dans le village de Marjaron où il y a eu une grande bataille hier. Et à Benjel où ils sont en train de se battre.

Q. Vous avez signé le manifeste « Courage de refuser ». Et là vous soutenez l’armée israélienne qui aujourd’hui envahi et bombarde le Liban ?

R. Je ne voudrais pas être envoyé au Liban. Cela dit, la guerre n’aurait pas commencé si le Hezbollah n’avait pas kidnappé des soldats. Je pense que le Hezbollah voulait la guerre. Leur but est de tuer des civils. Israël n’aurait pas commencé si le Hezbollah n’avait pas kidnappé…

Q. Selon nos informations les soldats israéliens enlevés par les forces du Hezbollah se trouvaient à l’intérieur du Liban ?

R. Ce n’est pas mon avis. Ce qui est sûr est que nos soldats ont été kidnappés en Israël.

Q. Israël a envahi le Liban, rasé des villages pour trois soldats captifs. Cela n’indique-t-il pas qu’Israël avait un plan, qu’il voulait partir en guerre et qu’il a sauté sur l’occasion ?

R. Bien évidemment Israël a des plans prêts. C’est ce qu’une armée fait. De toute évidence, ce qui se passe va au-delà du kidnapping de deux soldats. La décision d’aller au Liban a été basée sur le fait que, si le Hezbollah fournissait un prétexte, Israël s’en servirait comme élément déclencheur pour changer les règles du jeu au Liban. La dureté de la réaction d’Israël tient à diverses raisons. L’une d’elles est qu’Israël a compris que, s’il intervient au Liban, son action doit être très dure, très efficace. On ne peut pas laisser les choses comme cela, dans une situation où il y a deux armées au Liban. Qui est le souverain ? Le Hezbollah ou le gouvernement libanais ? Par son intervention, Israël signifie au Liban qu’il n’est pas tolérable pour lui de se soumettre à une situation où le Liban n’est pas un Etat souverain. Il y a deux armées au Liban et l’une d’elles fait ce qu’elle veut alors qu’il n’y a plus d’occupation israélienne au Liban.

Q. J’étais récemment au Liban. Israël viole l’espace aérien jour et nuit ; et les fermes de Sebha sont considérées par les Libanais comme occupées ?

R. Sebha c’est quelques centaines de kilomètres carrés. Le Hezbollah s’en sert comme prétexte pour continuer de se battre. La guerre est un bon business pour le Hezbollah.

Q. Mais ne croyez-vous pas que la branche armée du Hezbollah qui défend le Liban contre l’agression israélienne mène une lutte de résistance ? N’y a-t-il pas là tout un peuple qui résiste contre son envahisseur ?

R. Quelle résistance ?

Q. Le peuple Libanais soutien les forces qui mènent une lutte de résistance contre l’armée israélienne ?

R. Résistance contre quoi ?

Q. Les Libanais qui se font massacrer par votre armée n’ont-ils pas le droit de se défendre et de résister ? Vous soutenez bien le mouvement des « Anarchistes contre le mur » qui vont manifester chaque vendredi à Bil’in contre votre armée. Le Hezbollah au Liban résiste comme les Palestiniens résistent à Bil’in. N’est-ce pas le même combat ?

R. Soutenir Bil’in c’est ce qu’il faut faire. Ce qui se passe au Liban et dans les « territoires » n’a rien en commun.

Fin

*****

Ce qui nous a frappé dans sa rhétorique d’Israélien vivant bel et bien égoïstement sur une terre volée, est le fait que la Palestine, les natifs Palestiniens il ne les a jamais désignés par leur nom. Il est resté dans l’abstraction. Il n’a jamais parlé de « nous », de reconnaissance des responsabilités...

Les réponses d’Elad soulèvent d’autres questions. Les refuzniks n’ont-ils pas été un facteur de diversion utile à Israël durant ces années où les atrocités de Tsahal risquaient par trop de retourner l’opinion ? N’ont-ils pas été un effet de marketing, de mode ? Présentés comme une « lumière d’espoir et de courage » par ceux qui, dans le camp de la paix biaisée véhiculent des illusions ; n’ont-ils pas volé la place et la parole de ces résistants palestiniens qu’Israël appelle « terroristes », et que ses avions de combat F 15 exterminent en larguant des missiles en violation de toutes les lois internationales ? Un militant pour la justice en Palestine nous donne ici sa réponse.

« Les refuzniks sont restés un mouvement très marginal en Israël. On leur a accordé une place sans commune mesure avec leur réalité. Composé de divers groupes qui, en gros, sont d’accord sur le refus d’aller faire leur service, et leurs temps de réserve, dans les "territoires palestiniens occupés". Leurs motivations sont morales et politiques. La première phrase du manifeste fondateur du mouvement « Courage de Refuser » dit : "Nous, officiers et soldats combattants de réserve de Tsahal, qui avons grandi dans le berceau du sionisme et du sacrifice pour l’état d’Israël..." Ce n’est donc pas étonnant que des refuzniks aient résolument approuvé la guerre menée contre le Liban. Car là, ils "défendent et renforcent l’état d’Israël !" C’est leur positionnement exclusif sur « les territoires de 67 » qui explique pourquoi les refuzniks ont bénéficié d’une grande promotion de la part des mouvements de solidarité en Europe ; ces derniers s’en sont servis pour défendre leur ligne politique et celle du camp de paix en général qui se borne à dire que " le problème est l’occupation depuis 1967 ", qu’il suffit de se retirer derrière la ligne verte ».

Faire l’impasse sur ce qui s’est passé avant 1967, revient à pérenniser l’existence d’Israël comme Etat exclusivement juif sur 82 % du sol historique de la Palestine, donc à évacuer la question du droit au retour des réfugiés.

Dans une situation où tout est illégal, la tentation de l’ambiguïté et du déni de l’épuration ethnique est une échappatoire compréhensible si on se place du côté du "camp de la paix israélienne". Néanmoins, tout Israélien ne peut jamais perdre de vue qu’il foule chaque jour le sang des Palestiniens, et qu’Israël ne peut s’imposer, comme « Etat juif exclusif », que par la brutalité ; et qu’en vivant sur cette terre volée -qui le contraint à mener des guerres sans fin pour la garder- l’on ne peut que prolonger l’injustice et les souffrances des Palestiniens.

La résolution 194 de l’ONU reconnaît aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur leurs terres, même si, de facto, Israël ne l’a jamais reconnu.

Ce sont les colons israéliens qui ont jeté les Palestiniens à la mer

Les réfugiés palestiniens qu’Israël a chassé hors de chez eux, exclus, ghettoïsés, n’attendent qu’une chose : qu’on leur rende ce qu’on leur a pris. Pour eux, tout Israélien, vivant dans cet Etat qui s’est construit sur leur nation, est un colon, un voleur qui viole les principes de justice et les droits humains.

Il n’y a qu’une chose à faire : laisser les Palestiniens -et les Syriens expulsés hors du plateau du Golan- revenir là d’où ils ont été délogés, tout de suite. Et enfin, cesser d’accuser « d’antisémitisme » (pour faire diversion en créant des faux débats) ceux qui voient, à juste titre, dans la création de l’Etat d’Israël le coupable, l’origine de tous les maux qui font souffrir des millions de gens au Proche Orient et dans le monde.

Transformer Israël en un Etat qui reconnaîtrait aux réfugiés palestiniens leur droit à retourner chez eux, et qui accepterait de les traiter sur un pied d’égalité, dans un seul Etat, quelle que soit leur religion, ne signifierait nullement « l’anéantissement d’Israël » ni le rejet « des juifs à la mer » mais la fin d’un régime colonial abominable pratiquant l’exclusion, la discrimination religieuse et ethnique.

Le camp de la paix [4] et le camp de la guerre ne sont pas si éloignés que cela. « Le problème en Israël est qu’entre Peace Now (La Paix maintenant) et Avigdor Lieberman, il n’y a pas, contrairement à ce qu’on dit, une si grande distance idéologique. C’est une question de tactique pour savoir comment assurer au mieux un Etat juif avec une forte majorité démographique, sinon exclusive » se désole l’historien israélien Ilan Pappe. [5]

Refuser de servir dans les « territoires palestiniens occupés » - ce terme « territoires » est inacceptable- tout en s’attribuant le droit de rester sur cette terre volée, qui incitera Israël à faire la guerre aux Arabes pour des siècles, n’est pas une position humainement et moralement acceptable.

Etre autorisé à aller s’établir à Tel Aviv, à Jérusalem ou à Haïfa -et être de facto éligible à la nationalité "juive" (c’est ainsi que la nationalité est inscrite sur le passeport des Israéliens de confession juive) - s’installer à demeure dans des maisons où les propriétaires Arabes, qui en ont été brutalement dépossédés, n’ont pas le droit de revenir et doivent rester à croupir dans des ghettos misérables en Cisjordanie, en Syrie, au Liban, à Gaza, est-ce normal ? Certes non. Mais rien n’est normal en Israël.

Silvia Cattori

(*) Les citoyens en Israël sont classés comme nationaux "juifs" ou nationaux "arabes". Israël ne reconnait que la nationalité "juive" ; et non pas la nationalité "israélienne" comme on le croit à l’extérieur. En effet, l’Etat d’Israël ne peut reconnaître une nation "israélienne" dès lors que c’est l’Etat de la nation auto proclamée "juive".



[1Organisations armées qui dès 1920 ont commis de nombreuses actions terroristes contre la population arabe

[2« Anarchistes contre le mur » est un mouvement israélien qui compte quelques douzaines de jeunes militants. Tous les vendredis les "Anarchistes contre le mur" participent -en association avec l’International Solidarity Movement palestinien (ISM)et des internationaux de passage- à la manifestation contre la construction du mur, notamment à Bil’in, aux côtés de villageois palestiniens pour mener des actions de résistance non violente et se font brutaliser par les soldats israéliens. Tout comme le petit groupe de militants de Tayoush.

[3D’après ce que nous avons pu observer il y a des espions parmi les « anarchistes » israéliens qui vont manifester chaque vendredi avec les Palestiniens à Bil’in

[4Il comprend notamment : Gush Shalom (fondé en 1993 par le sioniste Uri Avnery), Femmes en Noir, Bat Shalom, (Comité contre la démolition des maisons), Physicians for Human Rights. Ce camp de paix ne compte que quelques centaines de membres actifs mais il dispose dehors d’un large soutien politique et financier, de la part d’organisations juives et associations pro-palestiniennes. En France, notamment, (au moment où j’écris ceci) l’Association française Palestine Solidarité (AFPS) et l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), s’inspirent de sa ligne politique biaisée : deux Etats (« chacun chez soi »), la reconnaissance que si le retour des refugiés est un droit, il « ne peut plus être applicable ».