Quand Mme Calmy-Rey déclare : « La Suisse déplore la reprise de la violence dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, elle invite les parties à poursuivre dans la voie du dialogue et à s’abstenir de toute action fragilisant le cessez-le-feu à Gaza », ne met-elle pas volontairement le bourreau et la victime sur le même plan, comme s’il s’agissait-là d’une guerre entre deux Etats, alors qu’il s’agit d’une guerre menée par un Etat colonial, militairement et économiquement fort, Israël, contre un peuple -les Palestiniens- totalement démuni, qui n’a ni Etat ni aucun moyen de se défendre ?
Pourquoi cette manière symétrique de présenter des situations qui sont asymétriques ? Pourquoi ce déni d’une situation terriblement injuste et déséquilibrée pour les Palestiniens ?
En écoutant Mme Calmy Rey, je me suis souvenue des réflexions du professeur Bertrand Badie [1], au sujet de "ce discours qui l’étonnait beacoup" quand les politiques se réfèrent au conflit israélo-palestinien.
Discours qui consiste à dire : "Il faut que chacun fasse preuve de bonne volonté. Il faut que chacun y mette du sien. Il faut que chacun fasse un pas vers l’autre. Il faut, d’une part qu’Israël soit plus modéré, mais il faut aussi que les Palestiniens renoncent à la violence (…)"
Et M. Badie d’ajouter : "On ne peut pas demander la même chose, en grammaire des relations internationales, si vous me permettez l’expression, à un Etat, et à un non-Etat. On ne peut pas demander la même chose à quelqu’un qui a tout et à quelqu’un qui n’a rien. Et ceci est extraordinairement dangereux. Car c’est une source de violence, de radicalisation de la violence, qui est fort préoccupante »
Le rôle de la Suisse, détentrice des Conventions de Genève, ne serait-il pas de dire le vrai, d’éviter d’accréditer cette fausse symétrie, d’exiger avant toutes choses le respect de ces Conventions par la puissance occupante, d’appeler au respect des nombreuses résolutions de l’ONU exigeant, notamment, le retrait d’Israël des "Territoires occupés" ?
Mme Calmy Rey a déclaré avoir discuté avec M. Abbas "de la manière d’intégrer "l’Initiative de Genève" dans le cadre du plan de paix de la Ligue arabe".
En réalité cette Initiative de Genève, baptisée également au moment de sa signature "Accord de Genève", présentée en 2003 comme un "tournant historique", est calquée ni plus ni moins sur la structure des "Accords d’OSLO" qui ont prouvé qu’aucune initiative de paix ne peut amener à aucune paix effective tant que l’occupation se maintient. Et que l’on ne peut décemment continuer de demander à des gens soumis aux volontés d’un l’Etat qui les domine et les occupe militairement, de faire des concessions et négocier d’égal à égal.
L’"Initiative de Genève", est -tout comme la Feuille de route et les innombrables mascarades de paix qui l’ont précédée- basée sur un rapport de force qui vise à faire accepter aux victimes palestiniennes ce qu’Israël n’est jamais parvenu à leur imposer par la brutalité.
Au surplus, "l’Initiative de Genève" contredit les principes du droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnus par la Résolution 194 de l’ONU, et n’est donc pas conforme aux principes d’équité et aux règles du Droit international.
Quatre années d’opérations militaires israéliennes terrifiantes se sont écoulées depuis la signature de "l’Accord de Genève". Rien de bon ne s’est produit pour les Palestiniens. Si la Confédération helvétique voulait vraiment faire un signe de bonne volonté et ne pas ajouter plus de frustrations et d’humiliations aux victimes elle aurait du avoir la décence de ne plus parler de cette "Initiative de Genève" comme d’une solution possible.
Au moment où de larges secteurs de la population palestinienne, sont sans revenus et souffrent de malnutrition ; au moment où Israël multiplie les opérations militaires qui génèrent tant de souffrances, on pouvait s’attendre à ce que Mme Calmy Rey, appelle Israël à respecter le droit international, et cesse de bercer les Palestiniens d’illusions avec cette"Initiative de Genève" inappropriée, qu’elle a bien imprudemment patronnée ?
Silvia Cattori
[1] Conférence donnée à l’Institut d’Etudes Politiques par M. Badie, professeur à Sciences PO-Paris, le 19 janvier 2004.