écrits politiques

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Silvia Cattori

"Ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d’agir." Albert Einstein

2008

Tout citoyen doit savoir surmonter les obstacles qui l’empêchent d’aller voir de l’autre côté du miroir pour sortir de l’ignorance dans laquelle les pouvoirs étatiques et médiatiques cherchent à l’enfermer. Rechercher la vérité avec honnêteté, avec courage, et qu’elles qu’en soient les conséquences pour soi-même, est le devoir de tout être humain et, particulièrement, de tout journaliste.

"Il y a un mur entre nous et la réalité... Ce mur s’appelle les médias. Ce mur est un outil qui sert à nous détourner de vérités dérangeantes," dit justement le grand musicien Roger Waters.

Tout journaliste devrait savoir aller avec empathie vers ces peuples battus, humiliés qui aspirent à être reconnus en leur besoin de liberté, en leur simple humanité. C’est de ce côté-là que la vérité nous attend. 0ffrir une information indépendante et honnête, mettre à nu les diverses formes d’oppression, peut contribuer à sauver des vies, à alléger des souffrances, à promouvoir la justice.

Brève biographie

Silvia Cattori, journaliste indépendante, de nationalité suisse et de langue maternelle italienne (née au Tessin) dont la spécialité était l’Asie du Sud-est et l’Océan Indien. Elle s’est toujours rangée du côté de ceux qui souffrent.

Choquée par la gravité des exactions commises par Israël en Palestine, dont elle a été témoin entre 2002 et 2006, ainsi que par la séquestration du matériel qu’elle portait sur elle [Nagra, Machintosh, Leica] à l’aéroport de Tel Aviv, elle se consacre depuis 2002 à la recherche de la vérité sur la gravité des crimes commis par l’armée occupante en Palestine et ses conséquences désastreuses pour les peuples du Moyen Orient. On peut lire ses articles en plusieurs langues sur de nombreux médias.

Au cours de sa trajectoire, Silvia Cattori a eu l’occasion de côtoyer des personnalités politiques et des diplomates de premier plan, en Asie comme en Afrique.

Marquée par la brutalité du coup d’État militaire contre le président du Chili, Salvador Allende, choquée par la présentation biaisée de la presse en faveur des putschistes, c’est en étudiant la façon dont celle-ci a traité cet évènement qu’elle mesure, pour la première fois, le rôle des médias dans la mise en place de régimes dictatoriaux et l’acceptation de leurs crimes par nos démocraties. Elle consacre un ouvrage à ce sujet : « Septembre 1973 au Chili – Qualité de l’information et droit à l’information ».

Les années fascinantes qu’elle passe outre-mer, notamment en Asie du Sud-est et dans l’Océan indien, en lien étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui donnent une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. Elle se trouve confrontée aux guerres et leurs atrocités, à l’extrême pauvreté de ces pays du sud, aux limites et aux paradoxes de l’assistance bilatérale et internationale. Elle assiste aux bouleversements consécutifs à la guerre menée par les États-Unis contre le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Elle se rend notamment au Vietnam du Nord, alors fermé, où elle témoigne de la gravité des dévastations causées par les bombardements de l’armée US et de la résistance héroïque du peuple vietnamien.

Témoin du coup d’État militaire sanglant du 6 octobre 1976, où en quelques heures plusieurs centaines d’étudiants sont tués, lynchés, à l’Université Thammasat, en plein Bangkok, elle ouvre sa maison à des intellectuels et étudiants mis sur la liste des gens recherchés, traqués par la répression, qui se sont vus obligés d’entrer en clandestinité. Elle est, en 1978, la première journaliste occidentale à pouvoir se rendre dans les maquis du parti communiste thaïlandais, au sud de la Thaïlande, où se sont réfugiés des milliers d’étudiants. Sur cette période troublée, elle publie en 1979, aux Editions L’Harmattan, « Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais ».

Revenue en Europe, après l’Asie, et de longues années passées sur l’île de Madagascar, et à voyager dans l’Océan indien et sur divers continents, elle se tourne principalement vers l’écriture de textes littéraires.

Lorsque, en 1989, éclate en Suisse le « scandale des fiches », établies par la police politique, sans base légale, sur 900’000 personnes et organisations (sur une population de 6.5 millions d’habitants), elle a la surprise de découvrir qu’elle figure sur la base des données du Service du renseignement intérieur ; qu’elle était étroitement surveillée par des agents secrets. Ceci à la suite des contacts de travail qu’elle avait eus, dès les années 70, avec le responsable de la revue Inprecor, Pierre Rousset [fils de David Rousset, résistant, déporté, et auteur de « L’Univers concentrationnaire » ; ouvrage fondamental sur les camps nazis].

Les espions de pacotille, chargés de la poursuivre en permanence, avaient tout noté : ses rencontres, l’heure, ses déplacements, les versements d’abonnements à des revues, les courriers qu’elle recevait... Tout cela ressemblait étrangement aux méthodes policières que nos sociétés reprochaient aux régimes communistes. Pareil ! Mais tout cela se passait dans un pays démocratique, la Suisse, à l’insu de ses pacifiques citoyens (et tout cela continue aujourd’hui sur une très grande échelle).

En 2002, elle est rattrapée par la politique dont elle avait cherché à s’évader dans l’écriture littéraire. Elle se trouve en Israël au moment où Ariel Sharon lance, en Cisjordanie, une vaste et sauvage offensive militaire appelée « Opération rempart ». Horrifiée par la découverte des atrocités commises contre les Palestiniens par les soldats de l’armée israélienne, elle se consacre depuis à témoigner de ces graves violations que les médias occidentaux, malheureusement, minimisent. Cela l’a conduite à se rendre, non seulement en Palestine occupée, mais également dans les pays du Moyen Orient, soumis à une incessante déstabilisation depuis la création de l’Etat juif d’Israël sur une terre musulmane qui s’appelait Palestine.

En 2007, elle ouvre son propre site (http://www.silviacattori.net/), où elle rassemble une partie des articles qu’elle a consacrés, depuis 2002, à cette partie du monde arabe essentiellement. De 2006 à 2008 elle s’associe à Greta Berlin et Mary Hughes-Thompson - et une poignée de Californiens et de Britanniques - pour réaliser le projet d’atteindre Gaza par mer ; voyage qui paraissait alors un objectif impossible. Programmée pour l’été 2007, cette traversée, défi lancé à la marine militaire de l’État d’Israël, se concrétise finalement avec succès en août 2008, et sans qu’elle puisse y participer pour des raisons de santé.

Par ailleurs, ses investigations l’ont amenée à mettre en lumière les très graves injustices subies par de nombreuses personnes suspectées et poursuivies parce que de confession musulmane, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Elle est intervenue à maintes reprises auprès des autorités fédérales suisses pour dénoncer leur gestion peu glorieuse des listes noires illégales par la Conseillère Micheline Calmy Rey, qui punissaient et persécutaient des citoyens comme Youssef Nada, alors qu’ils étaient innocents.

Elle résume ainsi son parcours : « Trois chocs majeurs ont successivement déterminé ma trajectoire : le coup d’État militaire contre Allende au Chili en 1973 ; le coup d’État militaire en octobre 1976 à Bangkok ; enfin la sanglante et cruelle opération par l’armée israélienne, débutée en mars 2002, contre le peuple palestinien militairement occupé. Ce troisième choc a été un moment très traumatisant. Il a brutalement changé le cours de ma vie. Je suis revenue à la politique à ce moment là - aussi dur que cela ait pu être pour moi - pour accomplir mon devoir d’informer de la gravité des actes de barbarie - commis par une armée qui occupe illégalement la Palestine, opprime ses natifs et qui ose se proclamer “la plus morale du monde” - dont j’ai été un témoin atterré.

Je suis revenue à l’écriture politique pour faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Je suis revenue au journalisme pour dire que les peuples que l’Occident agresse ont des droits, des coutumes attachantes, des valeurs culturelles et religieuses qui valent les nôtres, qui sont aussi importantes que les nôtres, et qui demandent le respect.

Mon devoir est simplement de dire ce que je crois juste. Je suis très reconnaissante à ceux et celles qui accueillent mon message d’amour et le portent plus loin ».