Tout citoyen doit savoir surmonter les obstacles qui l’empêchent d’aller voir de l’autre côté du miroir pour sortir de l’ignorance dans laquelle les pouvoirs étatiques et médiatiques cherchent à l’enfermer. Rechercher la vérité avec honnêteté, avec courage, et qu’elles qu’en soient les conséquences pour soi-même, est le devoir de tout être humain et, particulièrement, de tout journaliste. 0ffrir une information indépendante et honnête, mettre à nu les diverses formes d’oppression contre des peuples laissés sans défense, peut contribuer à sauver des vies, à alléger des souffrances, à promouvoir la justice. Il faut savoir aller vers ces peuples humiliés, qui, comme en Palestine, sont martyrisés par des gouvernements brutaux, alors qu’ils aspirent à être reconnus en leur simple humanité et leur besoin de liberté. Car c’est de ce côté-là, que la vérité nous attend. S.C.
Brève biographie
Silvia Cattori, journaliste indépendante, de nationalité suisse et de langue maternelle italienne. Marquée par la brutalité du coup d’État militaire contre le président du Chili, Salvador Allende, choquée par la présentation biaisée de la presse en faveur des putschistes, c’est en étudiant la façon dont celle-ci a traité cet évènement qu’elle mesure, pour la première fois, le rôle des médias dans la mise en place de régimes dictatoriaux et l’acceptation de leurs crimes. Elle consacre un ouvrage à ce sujet : « Septembre 1973 au Chili vu au travers de quatre quotidiens – Qualité de l’information et droit à l’information ».
Les années fascinantes qu’elle passe outre-mer, notamment en Asie du sud-est et dans l’Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui donnent une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. Elle se trouve confrontée aux guerres et leurs atrocités, à l’extrême pauvreté de ces pays du sud, aux limites et aux paradoxes de l’assistance bilatérale et internationale. Elle assiste aux bouleversements consécutifs à la fin de la guerre menée par les États-Unis contre le Vietnam, le Laos et le Cambodge.
Témoin du coup d’État militaire sanglant du 6 octobre 1976, où en quelques heures plusieurs centaines d’étudiants sont tués, lynchés, à l’Université Thammasat, en plein Bangkok, elle ouvre sa maison à des intellectuels et étudiants mis sur la liste des gens recherchés, traqués par la répression, qui se sont vus obligés d’entrer en clandestinité. Elle est, en 1978, la première journaliste occidentale à pouvoir se rendre dans les maquis du parti communiste thaïlandais, au sud de la Thaïlande, où se sont réfugiés des milliers d’étudiants. Sur cette période troublée, elle publie en 1979, aux Editions L’Harmattan, « Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais ».
Revenue en Europe, après l’Asie et de longues années passées à Madagascar, à voyager dans l’Océan indien et sur divers continents, elle se tourne principalement vers la rédaction de textes littéraires.
Lorsque, en 1989, éclate en Suisse le « scandale des fiches », établies par la police politique, sans base légale, sur 900’000 personnes et organisations (sur une population de 6.5 millions d’habitants), elle a la surprise de découvrir qu’elle figure sur la base des données des gens surveillés par le Service de renseignement intérieur, à la suite des contacts de travail qu’elle a eus, dès les années 70, avec le responsable de la revue Inprecor, Pierre Rousset, fils de David Rousset, résistant, déporté, et auteur de « L’Univers concentrationnaire » ; ouvrage fondamental sur les camps nazis. Ses espions de pacotille avaient tout noté : toute rencontre, l’heure, ses déplacements, les versements d’abonnements à des revues, les courriers qu’elle recevait. Tout cela ressemblait étrangement à ce que nos sociétés reprochaient aux régimes communistes. Pareil ! Mais tout cela se passait en Suisse à l’insu de ses pacifiques citoyens (et tout cela continue aujourd’hui, à l’insu de nombreuses personnes qui sont étroitement surveillées par des moyens humains, à l’israélienne, et non seulement électroniques).
En 2002, elle est rattrapée par la politique dont elle avait cherché à s’évader dans l’écriture littéraire. Elle se trouve en Israël au moment où Ariel Sharon lance, en Cisjordanie, une vaste et sauvage offensive militaire appelée « Bouclier de protection ». Préoccupée par l’impact que peuvent avoir les violences de l’armée israélienne sur les enfants, elle se rend en Palestine occupée pour voir, de ses propres yeux, ce qui s’y passe. Horrifiée par ce qu’elle y découvre, elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur la gravité des exactions entraînées par les interventions agressives de l’État d’Israël contre ses voisins arabes et le désarroi dans lequel sont laissées les populations palestiniennes victimes d’une véritable politique d’apartheid et d’épuration ethnique. On peut lire ses articles en plusieurs langues sur de nombreux médias.
Au cours de sa trajectoire, Silvia Cattori a eu l’occasion de côtoyer des personnalités politiques et des diplomates de premier plan, en Asie comme en Afrique. En 2005, elle participe au colloque « Axis for Peace ».
En 2007, elle ouvre son propre site (http://www.silviacattori.net/), où elle rassemble une partie des articles qu’elle a consacrés à dénoncer le calvaire vécu par les Palestiniens, notamment à Gaza.
Ses investigations l’amènent également à mettre en lumière les très graves injustices subies par de nombreuses personnes suspectées, poursuivies et persécutées - parce que de confession musulmane - dans le cadre de la prétendue « guerre contre le terrorisme », ainsi que l’érosion des libertés fondamentales que cette guerre mensongère entraîne un peu partout dans le monde.
Elle résume ainsi son parcours : « Trois chocs majeurs ont successivement déterminé ma trajectoire : le coup d’État militaire sanglant contre Allende au Chili en 1973 ; le coup d’État militaire sanglant en octobre 1976 à Bangkok ; enfin la guerre criminelle déclenchée par l’armée israélienne en mars 2002 contre un peuple occupé, spolié, sans défense. Guerre qui n’a jamais cessé depuis. Ce troisième choc a été très traumatisant. Il a brutalement changé le cours de ma vie. Je suis revenue à la politique à ce moment là - aussi dur que cela ait pu être pour moi - pour faire mon devoir qui est d’informer de la gravité des actes de barbarie commis par une armée qui se proclame la plus morale du monde, dont j’ai été un témoin atterré. Je suis revenue à l’écriture politique pour faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas, de ces gens humbles dont les vies ont été dévastées, meurtries, et qui m’ont si généreusement accueillie en Cisjordanie et à Gaza notamment. Je suis revenue au journalisme pour dire que le peuple palestinien a des droits comme chaque peuple, des coutumes attachantes et des valeurs culturelles et religieuses qui valent les nôtres, et sont aussi importantes que les nôtres. Mon devoir est simplement de dire la vérité. Je suis très reconnaissante à ceux et celles qui accueillent mon message et le portent plus loin ».