écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Bombardements israéliens intensifs sur Jabaliya
Les Palestiniens sous les bombes accusent Kofi Annan

Khaled habite dans le camp de réfugiés de Jabaliya. Un camp bombardé par des roquettes et des missiles israéliens. L’armée israélienne, est basée dans l’immense camp militaire, qui longe la frontière d’Erez toute proche, et maintien Jabaliya dans un état d’insécurité permanent.


Kofi Annan

S.C. : Comment la population vit-elle sous les bombes ?

Khaled : Comment dire ce que l’on ressent quand on vous envoie 200 tanks ; quand il y a des obus qui tombent à côté, avec des enfants enfermés jour et nuit à l’intérieur des maisons et qui crient terrorisés ; quand qu’il y a eu des cadavres qu’il faut aller ramasser et que vous avez déjà vu des centaines de blessés ; quand on voit des mères devenir folles de chagrin, des enfants qui vous font peur tant ils ont des regards étranges et qu’il y a eu du sang, du sang et encore du sang ?

J’accuse Kofi Annan. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour faire savoir à Kofi Annan que je l’accuse au nom de mon peuple. Que nous l’accusons pour complicité de crimes avec Sharon.

Ici il ne faut plus parler ni des Nations Unies ni du Conseil de Sécurité.

J’insiste. J’accuse Kofi Annan qui devrait condamner les crimes d’Israël et il ne le fait pas.

Notre quartier est encerclé, frappé par les tirs de missiles. Les soldats sont postés à 200 mètres. Ils sont protégés par les chars. On ne les voit pas. Ils sont en train de raser et détruire tout ce qu’ils voient : les maisons, les arbres, les animaux, les gens. Ils contrôlent toute la rue. On ne peut plus ni entrer ni sortir des maisons.

Les ambulances qui doivent transporter les blessés à l’hôpital se font tirer dessus. Ils tirent sur les enfants. Des enfants qui dès qu’ils voient des chars se précipitent dehors. Les enfants sont curieux. Et ils ne mesurent pas le danger.

S.C. : C’est la réponse d’Israël aux tirs Palestiniens qui ont tué récemment deux enfants israéliens ?

Khaled : C’est ce qu’ils disent. Ils ont mené des opérations militaires lourdes, en cinq joursils ont tués et blessés gravement des enfants et des femmes par centaines ! Pour quelle victoire militaire ? Ils n’arriveront jamais à faire cesser les tirs. Aussi longtemps qu’ils enferment et menacent notre peuple les tirs vont continuer.

S.C : Avez-vous peur ?

Khaled : Oui nous avons très peur. Les enfants pleurent. C’est l’horreur. Nous ne dormons plus depuis quatre nuits.

S.C. : Que disent les habitants ? Qu’il faut cesser de riposter pour éviter les agressions israéliennes ?

Khaled : Bien sûr il y a des personnes qui veulent aller travailler chaque jour en Israël. Ici c’est la faim. Donc une partie de la population est fatiguée et affamée et elle ne veut pas que les missiles Qassam les empêchent d’aller gagner leur pain. Mais la majorité de la population est en faveur de la résistance. Même si c’est une résistance dérisoire en comparaison des moyens militaires que possède Israël. Il y a très peu de résistance. Les missiles Qassam ne sont pas la raison du massacre en cours. Pour preuve. A Khan Younes, à Rafah, il n’y a jamais eu de lancement de missiles Qassam. Ils ont tout détruit. Ils ont perpétré massacres sur massacres sans discontinuer durant ces années.

Tout cela était prévu. Dans une guerre on s’attaque à des combattants. Ici il n’y a pas de combattants. Israël s’attaque à des civils. Ils tuent des innocents. Des gens qui s’enfuient, des gens qui courent pour aller chercher une miche de pain. 90 % des tués et blessés sont des enfants, des femmes, des vieillards. Ce sont des civils qu’ils massacrent non pas des hommes armés. Dites-le à vos médias qui disent qu’Israël tire sur des « terroristes », des « activistes ». Nous sommes des civils sans défense. Il n’y a qu’un faible pourcent de résistants parmi les tués. Même pas 10 %.

S.C. : Les blessés sont-ils gravement touchés ?

Khaled : Dans chaque famille on pleure ses morts et ses blessés par les missiles lancés depuis des Drones. Ils sont parfois dans un état pénible à supporter.

S.C. : C’est un genre d’avion nouveau ?

Khaled : Ce sont des avions sans pilotes munis de cameras qu’Israël utilise depuis longtemps pour filmer, mais qui jusqu’ici n’étaient pas chargés de missiles. La nuit surtout. Ils éteignent toutes les lumières du quartier. Et avec leurs camera à rayons infrarouges ils voient comme en plein jour. Notre vie est surveillée par les airs, par les postes militaires au sol. C’est une vie ça ? Comment voulez-vous que les jeunes ne rêvent pas de se venger de toutes ces humiliations ?

S.C. : Que ressentez-vous à l’égard du monde ?

Khaled : On se sent très isolé. Il n’y a pas de monde. Le monde est rempli de déchets vus d’ici. De lâches. A commencer par ces régimes arabes qui se plient aux volontés de Bush.

Nous considérons les Nations Unies, toutes les nations réunies dans cette instance, comme étant complices des massacres. J’accuse Kofi Annan personnellement. Pour nous Sharon et Kofi Annan cela ne fait plus aucune différence. Kofi Annan devrait demander que l’on frappe Israël qui nous frappe.

Israël n’a jamais respecté aucune résolution de l’ONU ; il est coupable d’extermination.

Ils ont lancé une roquette l’autre jour contre une école. Il y avait là 20 jeunes âgés de 15 à 20 ans. Treize ont été tués sur le coup. Cinq d’entre eux sont entre la vie et la mort. S’ils survivent ils vont souffrir jusqu’à la fin de leurs jours, qui sait. Ils ont tué six personnes qui revenaient d’un enterrement. Ici on enterre chaque jour des enfants. Ils sont en train de faire un vrai massacre. Ils tuent des innocents. C’est cela qu’il faut dire au monde. Qu’Israël ne combat pas des combattants mais s’attaque à des enfants. Il y a quelques jours ils ont bombardé et détruit l’école enfantine ici à côté de ma maison.

S.C. : Que voulez-vous dire au monde ?

Khaled : Je n’ai plus rien à dire au monde. Nous cessons de lancer des SOS. Le monde est sourd. Le monde n’entend pas les appels des Palestiniens qui se font massacrer dans leurs maison et rues par les avions et les chars d’Israël. Nous n’allons plus jamais appeler au secours. On a trop longtemps fait des appels dans le vide. Je vous prie de faire savoir à Kofi Annan que nous le considérons complice avec les crimes d’Israël.

Jamais l’ONU n’a fait en sorte que les droits des Palestiniens soient respectés par les colons juifs qui nous martyrisent. J’insiste.

J’accuse Kofi Annan.

S.C. : Que pouvons-nous faire ?

Khaled : Pouvoir parler avec vous de la souffrance ici, nous fait beaucoup de bien.

Nous savons qu’il y a des gens, au-dehors, même s’ils sont peu nombreux, qui ne sont pas indifférents à notre malheur.

Nous savons ce qu’à fait le Mouvement de solidarité internationale pour Gaza, pour Rafah. Nous savons que Rachel Corrie est morte pour nous défendre.

Nous savons que Tom Hurndall est mort pour défendre nos enfants.

Nous savons que le reporter James Miller est mort pour filmer les enfants persécutés de Rafah.

Nous sommes très tristes pour eux et leurs familles. Même si tous ces êtres n’ont pas pu changer Israël, ce qu’ils ont fait comme geste, nous a profondément touchés : ils sont venu de loin pour dire aux Palestiniens d’ici, qu’ils sont encore des hommes.

Silvia Cattori

Traduit de l’anglais par JPH
Le prénom est un pseudonyme.

Toutes les versions de cet article :
- Los palestinos bajo las bombas acusan a Kofi Annan