écrits politiques

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Un des grands crimes de notre temps
Gaza meurt dans l’indifférence, au su et au vu du monde

Nous continuons d’écrire, et de dire notre refus des horreurs perpétrées par les soldats israéliens, tout en sachant que nos responsables politiques, qui ont le pouvoir de les faire cesser, ne veulent pas nous entendre. Des personnalités de renommée internationale se sont récemment exprimées, sans plus de succès.


Gaza : des enfants condamnés avant leur naissance

L’ancien président Jimmy Carter vient de déclarer que le blocus total instauré par Israël en 2006, après la victoire électorale du mouvement Hamas, et qui étrangle la population de Gaza, est « l’un des plus grands crimes contre l’humanité au monde » ; qu’il « emprisonne 1,6 millions de personnes, dont 1 million sont des réfugiés (…) pour la plupart des familles qui ne mangent qu’un repas par jour » ; et que c’est « déconcertant de voir les européens s’accommoder de cela ».

Quant aux possibilités réelles, pour les pays européens et les Etats-Unis, de rompre avec la politique d’allégeance à Israël, Jimmy Carter a répondu : « Pourquoi pas ? Ils ne sont pas nos vassaux ». [1].

L’archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix, qui a visité récemment Gaza à la demande du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, a exprimé son indignation en ces termes : « La situation entière est abominable (...) La communauté internationale est également fautive pour son silence et sa complicité » [2].

Ces voix humaines, aussi fortes soient-elles, sont malheureusement trop rares. Et démeurent ignorées des médias traditionnels.

Le temps passe, rien ne change. Pire, le quotidien de la population de Gaza s’aggrave. Pendant ce temps Israël peut, lui, continuer de tirer profit de l’indifférence qui entoure sa politique inique. Il peut continuer de maintenir Gaza perpétuellement bouclée, en manque d’eau, d’aliments, de médicaments.

Pendant ce temps les gens de Gaza s’affaiblissent, dépérissent, les malades meurent faute de soins adéquats.

Au moment où nous écrivons ces lignes il y a des femmes, sous-alimentées, qui mettent au monde des enfants d’avance condamnés. Tandis que le nombre d’enfants qui meurent à peine nés, s’accroît, parmi les nouveaux nés qui survivent, un grand nombre sont anémiques. Ces nouveaux nés vont devoir supporter le restant de leur vie des séquelles, leurs cellules cérébrales ayant subi des dommages irréparables.

Tout cela est cyniquement calculé, planifié, par de sinistres stratèges, dans les universités israéliennes. Il s’agit d’affamer délibérément une population dont Israël ne supporte pas l’esprit de résistance. Et d’attendre qu’elle finisse par capituler.

C’est de cette abominable façon que, avec la complicité de nos autorités, à Gaza, tout particulièrement les enfants palestiniens en dessous de l’âge de cinq ans, sont d’avance condamnés, parce que privés de suffisamment de nourriture par les autorités israéliennes. Ce sont des hommes et des femmes, au service d’une armée occupante, qui savent parfaitement ce qu’ils font. Des hommes et des femmes qui n’ont aucun scrupule à contribuer -par les privations auxquelles ils soumettent la population de Gaza- à compromettre, de manière irréversible la vie de générations de Palestiniens.

Imaginez l’inquiétude des parents, l’angoisse des mères palestiniennes à l’approche de l’enfantement ! Il y a environ 4’000 nouveaux nés à Gaza chaque mois [3].

C’est un crime abominable !

Quand il s’agit de la survie des Palestiniens, qu’Israël emprisonne, affame, assassine sur une grande échelle, les responsables politiques européens laissent faire, inexplicablement !

L’autre jour, un habitant de Beit Hanoun observait avec amertume : "On est arrivé au-delà du supportable. Pas d’électricité, pas de mazout, pas de gaz, pas de nourriture, pas d’eau potable, pas de salaire ; on n’a rien ; cela est indescriptible. Ni l’Europe, ni les Etats arabes ne réagissent, comme si Gaza était déjà rayée de la carte !"

Tout ce dont nous parlons ici, et que l’on veut ignorer au-dehors, est pourtant parfaitement documenté par de nombreux caméramans et journalistes palestiniens. Il est navrant de constater que les journalistes « occidentaux », appartenant à une soit disant « presse libre », ne transmettent pas une information qui permette à l’opinion publique de connaître des faits aussi graves ; de se rendre compte de l’ampleur des mesures génocidaires mises en place par l’occupant colonial, et de s’y opposer.

Israël commet quotidiennement des crimes odieux, quelque chose d’inimaginable, contre une population faible qu’il a préalablement cadenassée, sans qu’aucun pays européen ne réagisse jamais.

Dès lors, ces gens qui s’indignent rétrospectivement, du silence et de la passivité de leurs aînés, devant les pratiques concentrationnaires des nazis, mais qui ne s’indignent pas aujourd’hui des horreurs perpétrées par les colons juifs contre les Arabes, ni obligent Israël à changer de politique et à reconnaitre ses crimes, devraient commencer par balayer devant leur porte. Car, contrairement à leurs aînés, ils disposent, notamment par le biais des nouveaux médias, de toutes les informations en temps réel.

Leur silence et leur passivité ne sont rien d’autre qu’une complicité tacite dans le crime.

Silvia Cattori



[1Voir :

- « Hay Ride : Jimmy Carter Crosses the Line », by Chris Floyd, chris-floyd.com, 26 mai 2008.

- voir également : « Jimmy Carter dénonce le blocus de Gaza », Le Devoir, 26 mai 2008.

[2Voir :

- « Tutu calls for end to blockade of Gaza », by Rory McCarthy, The Guardian, 30 mai 2008.

- traduction française

[3Il y a 1,7 millions d’habitants environ dont plus de la moitié sont des enfants