écrits politiques

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L’attentat "suicide"
Le combat de David contre Goliath

J’apprends à l’instant qu’un autre enfant du camp de réfugiés de Balata a fait le sacrifice de sa jeune vie. Il avait à peine 17 ans. Cela me bouleverse. Car je ne puis dissocier son geste du contexte de violence dans lequel cet enfant a grandi.

3 mai 2003 | - : Palestine

Ses frères se sont rebellés avec des pierres. On leur a envoyé des bataillons de chars. On leur a brisé les os ! On a saccagé leur avenir. On les a forcés à rester enfermés par l’imposition du couvre-feu et les bouclages. On a assassinés leur père, embarqué leur frère, humilié leur mère.

Leurs yeux blessés, nous interrogent tristement. On le voit, on le sent, qu’ils n’ont pas peur de mourir pour la Palestine les enfants, pour cette mère nourricière qui saigne.

Combien d’enfants les soldats d’Israël ont-ils tués, mutilés, durant toutes ces années de si cruelle dépossession ? Il a vu le sang de ses petits camarades couler. Il n’a pas supporté. Il s’est juré de les venger. C’est dire tout le poids qu’il portait en lui, comme un cri. Le poids d’être Palestinien.

S’il s’est vengé contre des civils c’est parce qu’il ne pouvait pas se retourner contre les soldats et soldates qui martyrisent la Palestine. Abrités à l’intérieur de leurs monstrueuses machines ils ne sont pas prêts à risquer leur vie. Mais ils sont prêts à tirer sur ces enfants arabes qu’ils haïssent.

Pourquoi, au lieu de stigmatiser les violences et l’insécurité que les soldats d’Israël leur infligent, le monde stigmatise-t-il l’enfant kamikaze ? Les crimes d’un Etat ne sont-ils pas quelque chose de bien plus grave que l’acte désespéré d’un innocent poussé à la folie ?

Il n’y a pas, d’un côté des Palestiniens coupables de meurtre, et de l’autre des Israéliens qui se défendent légitimement. Il y a un occupant, un agresseur, qui après avoir privé les natifs arabes de leur droits, il s’accorde le droit de bâtir son Etat exclusif sur la terre qu’il leur a volée. Or, nos sociétés s’émeuvent quant il y a des tués par l’acte désespéré du kamikaze, mais ne s’émeuvent pas des actes tout aussi épouvantables des pilotes israéliens qui pilonnent les foyers Palestiniens.

Les autorités israéliennes et ses armées agissent de manière à déshumaniser, à les provoquer, à les pousser à bout. Ces actes horribles des kamikazes qui choquent l’Occident, ils s’en servent ensuite pour justifier de nouvelles escalades mortelles. Après quoi nos autorités aveugles ou complaisantes, vont répétant le sempiternel refrain : qu’Israël est la « victime de la barbarie palestinienne...qu’il a le droit de se défendre »

Il est important de prendre en compte le message des enfants kamikazes qui expriment par cette violence leur refus de l’injustice. Et avoir la délicatesse de donner son vrai sens à leur sacrifice. Ces enfants n’arrivent plus à savoir, ni comment vivre, ni comment mourir. Ils ont déjà assez payé de leur vie. Pourquoi faut-il les blâmer ?

L’enfant qui portait sur sa frêle poitrine la bombe qui allait le précipiter dans l’au-delà et entraîner autrui dans son terrible sillage que pouvait-il bien penser dans le secret de son cœur à la minute où il allait accomplir cet acte inouï ?

Il pensait surement que de son vivant il n’avait connu que peines et humiliations. Qu’il ne possédait rien sauf la mort...Qu’il s’était senti, dès le plus jeune âge, injustement et cruellement piétiné. Qu’il avait grandi avec les siens à l’ombre angoissante des chars et des soldats qui dévastaient tout sur leur passage. Qu’il n’avait pas supporté les assassinats de ses frères et sœurs. Qu’il devait aller jusqu’à cette extrémité vertigineuse, non pas pour faire le mal, mais pour donner un signal.

C’est un cri de protestation le sien qui nous parle d’un passé douloureux et du présent atroce qui leur est imposé avec la complicité de nos sociétés, ce qui met directement en cause notre entière responsabilité.

Pourquoi Israël va-t-il jusqu’à refuser à ses parents les restes de sa dépouille ? Ne pas pouvoir inhumer leur enfant est une chose terrible pour des parents. Et comme si cette punition ne suffisait pas, dans les jours qui suivront, Israël enverra les soldats raser leur demeure à cette malheureuse famille qui a déjà perdu un enfant dans cette tragédie.

L’enfant de Balata, lui, a fini de souffrir. Mais d’autres qui, comme lui, sont dévastés par ce qu’ils ont enduré, et comme lui taraudés par la pensée obsédante de devoir venger leurs morts, sont dans le besoin pressant d’un soutien fraternel.

Pourquoi les enfants d’Israël n’éprouvent-ils pas de sympathie humaine pour ces jeunes victimes de l’occupation qui ne se voient plus aucun avenir ?
Parce que, en leur immense majorité, ils sont totalement insensibles aux souffrances de l’occupé arabe. Ils l’ont déshumanisé, ils ne le considèrent pas comme humain à part entière. C’est aussi ce que nos journalistes nourris de préjugés nous ont insensiblement inculqué : que les Israéliens ont toute légitimité à les massacrer.

Toute mort préméditée est troublante. Toutefois, la mort de ces enfants [1] qui en viennent à se servir de leur corps contre autrui pour obtenir, par l’anéantissement, la liberté, le droit de leur chers à exister, est plus culpabilisante qu’aucune autre.

Silvia Cattori



[1Ces adolescents qui en arrivent à de pareilles extrémités sont, au dire des parents, des êtres doux et délicats qui ont subi, plus violemment que d’autres enfants des traumatismes, des dommages psychiques irréparables. Selon leurs maîtres, ce sont généralement des écoliers brillants, hyper sensibles, réfléchis, disciplinés, studieux, que la souffrance a fini par dévaster et... anesthésier. Et qui, parvenus à l’adolescence se sentent investis par le besoin impérieux de venger la dignité de leurs pères, mères, frères assassinés, humiliés, emprisonnés