écrits politiques

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La "cinquième colonne" d’Israël en France ?
Les propagandistes

Etre humain c’est être présent à l’instant même où l’on sait que des humains, quels qu’ils soient, sont sauvagement violentés par plus forts qu’eux. Or tout le monde ne l’entend pas de cette oreille.


En haut Alain Finkielkraut, en bas Bernard Henri Lévy, et au milieu leur "bête noire" le cinéaste Emir Kusturica

Il y a, dans toutes sortes d’arènes médiatico-politiques - en France surtout - une « intelligentsia » fondamentalement anti-arabe et antimusulmane, qui a toute latitude de monopoliser la parole et dont les prises de positions imposent une lecture biaisée de l’horrifiante réalité au Moyen-Orient et en Afghanistan.

Son influence - qui s’étend par cercles concentriques, parfois bien au-delà de l’Hexagone - pèse d’un poids décisif dans l’orientation de l’opinion publique et les décisions politiques.

Ainsi, quelques propagandistes, sans problèmes de conscience ni considération humaine, quand il s’agit de déformer les faits dans le sens de leurs objectifs atlantistes, peuvent -au détriment d’une réflexion équilibrée- donner une vision tronquée et mensongère, dicter une manière de voir et d’exclure à « l’israélienne », instruire des procès contre ceux qui défendent des thèses qui ne vont pas dans le sens des intérêts d’Israël.

Ces propagandistes sont bien connus du public.

Bernard Henri Lévy

En France, ils sont de toutes les tribunes culturelles et politiques. Ils s’appellent, notamment, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann [1] Ils ne sont, a priori, ni de droite ni de gauche. Même s’ils ne dévoilent pas toutes leurs cartes, ils sont centrés sur une unique cause : la défense d’Israël et l’éradication de ceux qu’ils qualifient à tort « d’antisémites ».

Ils s’émeuvent quand il y a des victimes en Israël mais se refusent à toute compassion quand les victimes sont Arabes [2]

Et, lorsque leur parti pris communautariste est mis en question, ils se prévalent du poids de la "Shoah", invoquent la « judéophobie », ce qui met automatiquement leurs contradicteurs dans la position de coupables.

Or, il n’y a pas dans nos sociétés, de « haine du juif » comme ils l’affirment à cor et à cris. Il y a par contre une haine antimusulmane bien entretenue.

« Il est plus que temps de le dire, à haute et intelligible voix : de toute l’histoire juive (…) il n’y a jamais eu d’époque aussi dénuée d’antisémitisme que la nôtre. Jamais les juifs n’ont connu période plus favorable que la période actuelle. » Ran Ha Cohen ne pouvait mieux dire ! [3]

Par contre, ce qui est palpable, réel et difficile à tolérer, c’est la haine et la méfiance à l’égard des Arabes et des musulmans. Haine et méfiance qui s’expriment à toute occasion. Comme lors de la visite à Paris du Premier ministre Ariel Sharon, où celui-ci a pu déclarer publiquement sans susciter de réaction : "Ma mère m’a donné un conseil, qui fut un phare tout au long de ma vie. Ma mère me disait (…) ne crois absolument pas les Arabes" Et d’ajouter : "Effectivement, j’ai suivi ce conseil tout au long de ma vie active. » [4]

Propos raciste s’il en est, de surcroit prononcé dans un pays qui proclame lutter contre le racisme et les discriminations raciales. Imaginez quelle tempête aurait provoqué un chef d’État arabe, et a fortiori européen, qui se serait permis de déclarer que sa mère « lui avait toujours conseillé de ne jamais croire les juifs » !

N’y a-t-il pas dans une démocratie – du moins telle qu’on nous la chante - un code moral, une éthique, des exigences de probité et d’intégrité auxquels aucune situation politique, n’autorise à déroger ?

La guerre coloniale menée par les gouvernements d’Israël contre les Palestiniens dure depuis plus d’un demi-siècle. Si Israël respectait la légalité, se retirait des territoires qu’il colonise, se soumettait aux résolutions de l’ONU, il serait possible d’instaurer la paix rapidement. Or, Israël veut gagner du temps et du terrain, par la continuation de sa politique d’épuration ethnique et d’annexion.

Dès 2000 – moment où Israël a considérablement durci les mesures de coercition et d’apartheid - il y a eu une large prise de conscience de l’opinion publique sur le caractère brutal de sa politique. Ici, nos propagandistes inféodés à Israël ont immédiatement senti le danger, organisé la contre-attaque. Sorti plus méchamment que de coutume l’arme de l’antisémitisme.

Aussi, ne pouvant argumenter sur le plan du droit en défense d’Israël, ils ont cherché à sauver les meubles, et à masquer des décennies de crimes et de tromperies historiques et politiques, en pointant du doigt le port du voile, l’Islam, le « fanatisme arabe », donnant ainsi corps et vie à la théorie du prétendu « choc de civilisations », chère à Tel Aviv et Washington. Théorie, qui ne sert qu’à justifier des guerres impitoyables contre les Arabes et les musulmans dont l’État d’Israël est le premier bénéficiaire.

Tandis que, lavés du sang arabe qu’ils ont sur les mains, MM. Barak, Peres, Sharon, ont été successivement présentés comme « des hommes de paix », les jeunes Arabes qui brûlent le drapeau israélien pour protester contre les tueries de leurs frères Palestiniens, et parce qu’ils croient au droit de leurs peuples à décider de leur destin, sont eux, stigmatisés, désignés à la vindicte.

Il n’est bien sûr pas question pour cette intelligentsia d’établir un lien entre les actes de protestation ou de vengeance de ces Arabes qu’Israël violente, déshumanise, pousse à se révolter et qualifie ensuite de « terroristes ».

En novembre 1967, lors d’une conférence de presse, le Général de Gaulle prenait acte de l’occupation armée israélienne de territoires arabes et prévoyait en substance : « Cette occupation provoquera une réaction de résistance naturelle que les forces d’occupation ne parviendront pas à juguler et qu’ils qualifieront de terrorisme ». C’était il y a 38 ans.

Faut-il vraiment s’étonner que des jeunes gens, jetés au désespoir par l’enfer et les souffrances générées par l’occupation coloniale, finissent par exploser ? N’est-ce pas ce que les propagandistes, payés pour jeter de l’huile sur le feu, ont insidieusement cherché ?

George W. Bush à un meeting
de l’American Israel Public
Affairs Committee (AIPAC)

Ce ne sont ni les « antisémites » imaginaires, ni les prétendus « terroristes » musulmans, qui « menacent les juifs » ou quoi que ce soit d’autre. Ce sont les armées de Sharon, Bush, Blair, qui terrorisent et ensanglantent la région.

Le jour où, partout dans le monde, des journalistes et des politiciens inféodés à Israël ne pourront plus dénaturer la vérité et qualifier de « terrorisme » toute forme de résistance à l’oppression coloniale, le jour où Israël ne disposera plus ni du soutien de Washington, ni de la bienveillance des états et des médias occidentaux, et qu’il aura l’humilité de reconnaître ses torts vis-à-vis des Palestiniens, ce jour là, il n’y aura plus de raisons pour les Arabes, les musulmans, ni pour quiconque, de se dresser contre les occupants. Mais jusque là, hélas, le monde va continuer de vivre dans la violence et la peine.

Jusqu’à quel point ces jusqu’au-boutistes en parfait accord avec la politique sioniste n’ont-ils pas contribué, par leurs thèses partisanes, à manipuler l’opinion en faveur d’une idéologie contraire aux lois internationales, et à favoriser des guerres illégales qui ont conduit au cauchemar auquel nous sommes présentement confrontés ?

Pourtant, le fait qu’Israël se soit défini comme « État juif » ne devrait pas conduire automatiquement les Français nés dans des familles de confession juive, à se sentir solidaires de sa politique.

Pas plus que les Français nés dans des familles chrétiennes ne se sont crus obligés hier de soutenir des dictateurs catholiques en Argentine, au Chili, etc.

« Juif » n’est pas une race, n’est pas une ethnie, n’est pas une nationalité (en dehors d’Israël). Cela se rapporte à une religion. À la sphère privée. Un citoyen suisse ou français de confession juive n’est en rien différent, aux yeux des non-juifs, d’un citoyen suisse ou français, de confession catholique, protestante ou musulmane.

Qui a intérêt à orchestrer des campagnes de mise au ban de la société de tel ou tel contradicteur, sous prétexte « d’outrance anti-juive », de « négationnisme », de « révisionnisme ? »

Mais d’abord, qui sont les négationnistes par excellence ? Ceux qui défendent le droit des Palestiniens à exister sur leur terre ou ceux qui leur nient un droit de retour [5], qui nient la politique meurtrière d’apartheid et d’épuration ethnique d’Israël, et qui font l’impasse sur les persécutions et les assassinats qui endeuillent chaque jour des familles en Palestine, en Afghanistan, en Irak ? [6]

Ce n’est un secret pour personne. L’épouvantail de « l’antisémitisme » et le rappel incessant des crimes nazis, servent à jeter le voile sur les crimes perpétrés par un Etat qui s’est construit sur des biens volés et l’épuration ethnique des Palestiniens, commencée en 1948, toujours en cours.

Innocenter un État qui pratique la discrimination raciale, qui ne connaît que la force des armes et la brutalité, qui contrevient à toutes les lois humanitaires, qui refuse de se conformer aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ce n’est pas une posture acceptable.

Les médias qui ont fait le renom et les succès de ces soit disant « philosophes » ont joué avec le feu. On est en droit de leur demander des comptes !

De quel magistère moral peuvent bien se prévaloir MM. Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, André Glucksmann, pour décider de ce qui peut être dit et pas dit et, plus grave, ostraciser tous ceux qui refusent de voir le monde à travers leurs lunettes partisanes ? Quelle qualification ont-ils pour s’attribuer le pouvoir de juger et de condamner ? La liberté d’expression ne peut-elle donc s’exercer qu’en Israël ou des intellectuels, tel Ilan Pappe, Gilad Atzmon et Israël Shamir, peuvent, sans se brider, dénoncer sévèrement la politique inique de leurs autorités ?

Quand vous demandez à ceux qui, ces vingt-cinq dernières années, ont été victimes de cabales : « Qui était à l’origine des calomnies qui vous ont détruit, mis au ban de la société ? », les personnages constamment cités comme s’étant particulièrement acharnés à les diffamer publiquement et à les détruire, sont : André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut.

Comment lutter contre leurs manipulations, rétablir un semblant de vérité ? Ceux qui - comme l’humoriste Dieudonné ont osé le tenter, l’ont chèrement payé.

Néanmoins, même si leur emprise sur l’opinion a pu retarder une indispensable prise de conscience, ils n’ont pas pu totalement empêcher les gens de s’émanciper, de penser par eux-mêmes, de se tourner vers les médias alternatifs [7].

Le récent sondage, qui a révélé qu’une majorité d’Européens
considéraient Israël et les Etats-Unis comme les principaux dangers pour la paix du monde, l’a bien montré. Le mythe de « l’unique démocratie du Moyen-Orient » et du bon soldat de Tsahal, se noie aujourd’hui dans le sang. C’est précisément, cette prise de conscience qui inquiète les thuriféraires d’Israël et les pousse à hausser encore le ton !

C’est pourquoi, il ne faut pas avoir peur de dire que les sketches de l’humoriste Dieudonné, la pensée complexe de sociologues comme Edgar Morin, l’information de Charles Enderlin [8], toutes ces voix que l’on veut faire taire, sont des voix irremplaçables ! Des voix qu’ils convient de protéger vigoureusement, car elles peuvent contribuer à contrebalancer quelque peu le discours partisan d’intellectuels au service d’une idéologie raciste et à rétablir un certain équilibre des points de vues exprimés.

Nous devons avoir présent à l’esprit que la bataille pour rendre justice aux opprimés en Palestine et en Irak se joue d’abord ici, chez nous : sans une forte pression de l’opinion internationale sur Israël et les États-Unis, il n’y a pas d’espoir que ces peuples puissent jamais obtenir réparation et reconnaissance de leurs droits.

Soutenir ces guerres porteuses de malheurs revient à étouffer le cri de tous les peuples qui en sont les victimes. Cela nous ne pouvons pas humainement et moralement l’accepter.

Ceux qui sont engagés dans ce combat, avec bonté, avec compassion, avec amour, doivent savoir qu’ils ne sont pas nombreux. Et que, s’élever contre les propagandistes qui brandissent l’anathème de « l’antisémitisme » et du « négationnisme », pour prendre publiquement la défense de ceux qui sont injustement vilipendés, est une urgence.

Silvia Cattori



[1Désignés « nouveaux philosophes » par Laure Adler : « Ce qui a permis de vendre des livres, qui était le but de l’opération » avouait cyniquement Françoise Verny ; qualifiés par la suite plus justement « nouveaux chiens de garde » (Serge Halimi), de « philosophes à la pensée nulle » (Gilles Deleuze), de « nouveaux imposteurs », de « nouveaux réactionnaires », etc, ils n’en ont pas moins abusé de la bonne foi de générations de lecteurs.

[2Ils ne se sont jamais exprimés quant au sort terrifiant infligés aux Arabes et aux Musulmans victimes de sévices barbares, à Abu Graib, à Guantanamo et en Israël.

[4Ces propos ont été tenus le 28 juillet 20005 à Paris en présence de membres appartenant à la « communauté juive ».

[5La population de réfugiés palestiniens est la plus grande du monde. En 2005, d’après les statistiques de l’UNRWA, ils se répartissaient ainsi : 4, 2 millions. Dont 1,7 en Jordanie ; 861 645 dans la bande de Gaza ; 687 542 en Cisjordanie ; 424 650 en Syrie ; 400 582 au Liban.

[6Quand G.W.Bush menaçait d’intervenir en Afghanistan, on a entendu sur Arte B-H. Lévy et A. Adler, proclamer leur entier soutien à la guerre qui allait « libérer les femmes musulmanes de la burka ».

[7Internet est devenu le canal d’information le plus prisé des lecteurs qui veulent avoir accès à une information indépendante, à l’abri de toute censure ou autocensure.

[8Charles Enderlin est depuis 2001 diffamé - notamment par Alain Finkielkraut et le mensuel du judaïsme français L’Arche, - pour avoir attribué à l’armée israélienne l’assassinat de l’enfant Mohammed Al Dura.