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L’avenir des chrétiens d’Orient menacé

Les chrétiens du Levant sont profondément enracinés dans la longue histoire de leurs pays et les graves menaces qui pèsent sur la région affectent l’identité même de leurs civilisations. Avec une décennie et une génération d’écart deux voix syriennes nous le disent ici avec force.


1er janvier 2014 | - : Syrie Ingérence

Intervention de la députée syrienne
indépendante Maria Saadeh
lors de la rencontre des chrétiens du Levant les 2 et 3 novembre 2013 à Beyrouth

Le devenir des chrétiens du Levant

Honorables prélats, son excellence monsieur le président du conseil, mesdames et messieurs….

Sous des titres allèchants, comme « la protection du peuple syrien », ou « le devoir de protéger le peuple syrien », depuis deux ans et demi, on ne cesse de faire subir au peuple syrien les pires agressions et crimes contre l’humanité, à commencer par la violation de ses droits les plus élémentaires et en premier son droit à la vie.

Sous prétexte de liberté et de démocratie en Syrie on apporte un très large soutien financier, militaire, logistique, médiatique et diplomatique aux organisations et courants terroristes takfiristes de sorte qu’elles puissent exécuter à la perfection le plan diabolique de destruction massive des composants de la société syrienne et de l’État syrien en perpétrant des massacres dont la cruauté dépasse les plus horribles des tueries figurant dans les annales des guerres.

Quelle liberté se construit sur le meurtre et quelle démocratie se base sur l’exclusion de l’Autre ?

La guerre contre la Syrie est de fait une guerre contre toute la région, C’est une guerre culturelle dans le vrai sens du mot ; c’est dans l’absolu l’obscurantisme, dans sa dimension la plus cruelle, qui attaque la civilisation. Cet obscurantisme sanguinaire vise à anéantir le concept même de la citoyenneté et d’appartenance Il menace l’existence de notre identité nous poussant vers l’abîme des conflits interminables de religiosité tribale à caractère médiéval ou « l’Autre », qui pour nous n’est autre que nous-mêmes, n’a pas de droit de cité, n’a pas droit d’exister en tant qu’être humain libre de ses convictions religieuses et de la pratique de sa foi.

Nous sommes donc face à un grand défi.

Hélas, la soi disant « communauté internationale » se trouve gravement responsable de l’évolution dramatique de la situation de par son silence honteusement complice devant les massacres des civils innocents devant les scènes de cannibalisme pratiquées par les takfiristres et devant la destruction systématique et continue des vestiges culturels et cultuels témoins de la grande civilisation syrienne.

Dépositaire de l’exceptionnel vivier spirituel, la Syrie est célèbre par son extraordinaire diversité ethnique, sa traditionnelle tolérance religieuse et son statut de berceau de la civilisation humaine. La coexistence, voire même la complémentarité entre les religions fait partie de sa fierté monothéiste. Ses lieux saints et leurs symboles religieux qui appartiennent certes à la nation, sont davantage partie intégrante du patrimoine mondial de l’humanité sans distinction aucune de race ou de religion.

La Syrie, joyau de la civilisation humaine, est aujourd’hui frappée de plein fouet par l’arbitraire du takfirisme.

Les chrétiens levantins dont les lieux de cultes sont à leur tour pris pour cible privilégiée par la barbarie takfiriste, se trouvent massacrés par centaines, pris en tenailles par les différents escadrons de la mort sans que leur martyr ne soulève une réelle protestation de la part des gouvernements et organisations internationales qui se lamentent sur les droits de l’homme et s’érigent en donneurs de leçons de démocratie et de morale.

Ils se retrouvent d’une manière ou d’une autre comme partie prenante de ce conflit religieux.

Nous faisons face à un grand défi qui se pose à l’existence islamo-chrétienne. Les tentatives visant à vider l’Orient de la présence chrétienne aboutiraient à l’élimination de la chrétienté du monde entier, Car notre Orient est le dépositaire historique, et recèle les racines du monothéisme. Et les chrétiens sont les mieux placés pour comprendre la signification authentique de l’islam et son émancipation dans le contexte oriental sans atteinte aucune aux autres religions ou à leurs adeptes. C’est sur cette terre que sont nées les religions célestes et sur cette terre qu’elles se sont intégrées en toute harmonie créant ainsi une commune culture et accumulant des expériences partagées et fructueuses à travers des siècles. Cette remarquable traversée humaine a contribué à l’émancipation et au progrès de tout le monde arabe dans le cadre du respect mutuel entre ses différentes composantes ethniques et religieuses.

Fort malheureusement nous assistons aujourd’hui à un amalgame de concepts et d’idées. Nous assistons à une grave incompréhension quant à la nature même de la relation entre les religions dans un pays où le principe de la citoyenneté est profondément ancré dans la conscience collective de la société.

Nous assistons à un détournement, une défiguration de l’islam en le faisant apparaitre comme une religion violente extrémiste et cruelle, antichrétienne de nature, et ce, pour pousser les chrétiens à se détacher de leurs racines, par la tentation ou par la terreur, portant en eux ces notions défigurées à quitter définitivement leur terre ancestrale, à prendre le chemin de l’exil à destination de l’inconnu, la mort dans l’âme, portant en eux les blessures profondes d’une déception irréversible. Ce qu’il faut à tout prix éviter.

Voila pourquoi nous chrétiens et musulmans sommes appelés à agir en personnes responsables, à rétablir et à consolider la confiance profonde islamo-chrétienne, dans une époque ou nous aspirons à un État de droit et non à un émirat religieux. C’est la responsabilité de tous en Orient, musulmans et chrétiens, la religion étant une conduite, et aucune religion au monde ne reposant sur l’exclusion de l’autre.

C’est dans cette perspective que nous tenons notre rassemblement. Loin de nous toute idée de participation à un conflit d’ordre religieux. Notre action émane de la culture de l’amour et de la paix qui est la nôtre, celle d’établir des ponts de paix entre les citoyens et non des barrières de séparation.

Nous lançons un appel à tous nos concitoyens, à toutes les composantes religieuses de la société syrienne pour qu’ensemble nous agissions en personnes responsables dignes de notre sainte patrie, dignes de notre Machrek, afin de construire ensemble l’État Moderne basé sur le principe de la citoyenneté, doté de structures constitutionnelles adaptées aux besoins des gens, répondant à leur aspiration de progrès, de prospérité et de paix, bannissant toutes sortes de discrimination, religieuses, confessionnelles, ethniques ou sociales. Notre appel s’adresse aussi aux dignitaires religieux, aux ulémas éclairés, pour restaurer l’image réelle de la religion source d’amour et de justice et la diffuser sans distorsion.

Quant à notre survie, elle dépend de la survie de l’État, dans tous les sens, du terme. L’État est le seul garant de la sécurité, le seul protecteur des citoyens surtout dans cette période délicate de notre histoire.

Il est du devoir et de la responsabilité de l’organisation des Nations Unies, en tant qu’incarnation de la légitimité internationale de veiller au respect de la souveraineté de notre État, de se prononcer contre toute ingérence étrangère dans nos affaires intérieures. Le respect par l’ONU de sa propre charte ne peut qu’être bénéfique pour nous. Cela nous aiderait à consolider notre présence dans ce Levant et à exiger de certains États de cesser l’exploitation de la détresse des chrétiens en leur offrant des facilités et les appâter en leur offrant la nationalité pour qu’ils quittent définitivement leur pays.

Cette exploitation hypocrite vise à liquider la présence chrétienne au Levant.

L’ONU, de par les exigences de sa propre charte, doit exercer les pressions adaptées pour que cessent les politiques de soutien au terrorisme et le financement des mouvements takfiristes qui menacent en même temps l’Orient et l’Occident.

Nous, Chrétiens du Levant, refusons d’être considérés comme minorité dans notre propre pays ; nos racines sont profondes dans cette terre du Levant, nous refusons également d’être des victimes collatérales. Sans nous l’Orient n’existera plus.

Traduit de l’Arabe par Hassan Hamadé

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Les chrétiens d’Orient
par Dr Nadia Khost, écrivaine syrienne
(article publié en 2003 lors de l’invasion étasunienne en Irak)

Si le mort pouvait choisir son oraison funèbre, en cet instant mon cœur irait vers la sourate de Marie. Celle que nous appelons Notre-Dame Marie la fille de notre pays que les livres d’Histoire Arabe se disputent, la faisant apparaître une fois à Rabweh de Damas, la gardant d’autres fois à Bethléem ou à Nazareth.

Dans ce contexte, l’éducation spirituelle islamique traditionnelle s’est édifiée sur le respect du Christ, interdisant de s’attaquer aux cloîtrés dans les couvents, en vertu de la recommandation du calife Omar bin el Khattab. En Palestine, les musulmans adressaient leurs offrandes à l’église de l’Annonciation.

Le Christ est apparu au monde de chez nous, et sa version occidentale n’est que sa réverbération ! Il est difficile de citer le Jourdain, Bethléem, Jérusalem ou Nazareth sans lui, pas plus qu’il n’est possible d’imaginer notre société sans que les chrétiens n’en soient au cœur. C’est pourquoi, les envahisseurs Francs ont tué de la même manière les musulmans et les chrétiens de Jérusalem. Et la libération de la ville l’a rendue à tous.

De quelles ténèbres ont donc surgi les dynamiteurs des églises d’Orient ?

Le chaos est revenu en 1860 [1] pour faciliter l’intervention extérieure. La manipulation du destin du monde et la définition de ses nouvelles frontières nécessitent de verser du sang jusque dans les églises et les mosquées, pour assurer aux gens qu’ils n’ont plus aucun refuge sacré quand les temps sont durs, le giron de l’Occident étant le seul refuge !

C’est ainsi que le chaos et ses apôtres dépècent le monde, là où l’âme implore Dieu de sauver un monde qui brûle dans les flammes et se noie sous les eaux, que ses riches oppriment et que ses corrompus dévorent. Un monde où les producteurs de vaccins sont les chefs des guerres en Irak et en Afghanistan, où les entreprises prospèrent en armant les soldats puis en les soignants, prospèrent sur la destruction et dans la reconstruction des villes !

Au nouvel An, les gens ont scruté le ciel, et envoyé dans l’espace cosmique leurs suppliques, mais c’était comme si la relation avec le Créateur était devenue interdite si elle n’était pas armée et féroce ! Pas de trêve de fête si les conditions sont mûres pour réaliser les plans et déchiqueter le pays sur des critères ethniques et confessionnels !

La rage et l’injustice ont ouvert une voie sûre pour un démantèlement au moment propice.

La flagellation d’une jeune femme n’est il pas un encouragement à la partition ? Au 21eme siècle, où l’on démasque les espions et les documents, au temps des ordinateurs, de la communication, des drones, des énergies renouvelables solaire et éolienne, une femme est fouettée à la veille d’un référendum sur l’avenir du pays, et les non musulmans sont bafoués, contraints d’accepter ce que les musulmans rejettent.

« Un fou a lancé une pierre, mille sages ne l’ont pas ramassée »

Dans le monde Arabe, beaucoup de fous ont processionné, nous donnant l’illusion que nous tenions les rênes du temps et que nous le bridions là où nous le souhaitions. Mais désormais les sages ne doivent plus permettre aux fous, aux criminels et aux imbéciles de lancer leurs explosifs sur le destin arabe, et de laminer la texture humaine que l’Histoire a forgée.

Pour que la question reste posée : qui est l’ennemi ?

Pour que nous nous rappelions qu’Israël n’abolit jamais son projet de détruire la structure géographique, humaine, sociale et économique arabe, quels que soient les accords signés !

Pour se souvenir qu’Israël mord chaque force arabe, comme une proie, qu’il plante ses griffes dedans.

C’est pourquoi celui qui répond à la question « qui est l’ennemi » sait qu’il doit l’affronter avec une sécurité nationale.

C’est pourquoi les églises et leurs fidèles ne sont pas les seuls visés, c’est un travail politique qui vise l’Irak en entier, et l’Egypte entière, qui essaie de nous faire accroire que les drames sont religieux, et non politiques, qui masque l’agression des racistes sionistes sur les lieux de culte chrétiens et musulmans en terre occupée, et qui enfouit la lutte essentielle arabo-sioniste sous les décombres des églises et des mosquées explosées, et des restes des victimes.

Il semble aujourd’hui qu’après le Soudan, l’Egypte soit le prochain pays arabe qu’Israël viserait à détruire, et que des slogans du genre comme « le Liban d’abord », « l’Egypte d’abord », « la Jordanie d’abord » devraient nous mettre en garde.

Chaque pays arabe qui se sépare de la lutte arabo-israélienne s’isole, s’affaiblit, perd son prestige et devient vulnérable, alors que celui qui reste au cœur de la lutte, devient plus alerte et aiguise sa force.

Les événements de l’Atlantique à l’Euphrate nous amènent à conclure :

1 : que la sécurité nationale est au cœur de la sécurité économique et sociale, et du droit des citoyens arabes aux bénéfices des ressources de leurs pays.

2 : que la justice renforce la diversité comme fruit des cultures hébergées par la terre arabe, et consolide la structure sociale dans son identité culturelle sous le toit de l’Histoire Commune.

3 : que le politicien qui ne se distingue pas par une vision patriotique et humaniste très large, facilite l’étiolement de son pays.

4 : que la sécurité de la nation arabe est liée, qu’il n’est pas possible de détruire une société d’un pays arabe, et que l’autre pays arabe reste intact.

Il n’est pas possible d’étouffer Gaza sans que l’Egypte soit touchée.

Traduit de l’Arabe par Anis el Abed



[1Émeutes de 1860 : note de l’auteur :
http://www.silviacattori.net/article4545.html

Parmi les événements qui ont préparé l’intervention étrangère soi-disant pour la protection des chrétiens, des massacres qui ont eu lieu en juillet 1860, simultanément en Syrie et au Liban :

Dans le livre d’Elias Boulad, descendant de la famille Boulad, réputée dans la production des soieries de Damas « livre des arts et métiers damascènes » page 173 : « la famille Boulad a utilisé des procédés perfectionnés pour la confection du Jacquard »

L’effondrement de la sériculture en France, à cause de la maladie du ver a soie en 1860, ils se sont tournés vers la production de soie syrienne et libanaise, qui concurrençait la production lyonnaise. Les massacres des chrétiens qui travaillaient la soie ont été motivés par la mainmise sur la production de la soie, leurs hbitations et leurs ateliers furent également détruits.

Le wali ottoman de Damas Ahmed Pacha fut complice de ces massacres en n’envoyant pas ses soldats pas pour protéger les chrétiens.

Le but donc était : 1) d’anéantir les producteurs et les plus habiles artisans de la soie.
2) de déporter ce qui restait des chrétiens vers la France et Beyrouth, chaque caravane comportait 3000 personnes. (pages267- à 276)

Ainsi la France mit fin à la concurrence économique et s’appropria la production de soie brute syrienne et libanaise, et la chambre de commerce de Lyon était libre de fixer les prix mondiaux de la soie. Et ainsi fut détruite la renaissance industrielle damascène menée par les chrétiens.

Les chrétiens de Midane qui travaillent les céréales n’ont pas été concernés par ces massacres. alors que les chrétiens de Quemariye qui travaillaient la soie ont été visés.

Plus tard, la chambre de commerce de Lyon a accueilli Gouraud qui allait en Syrie et au Liban pour les mettre sous protectorat, elle lui a mis comme condition d’interdire de couper les muriers, car les paysans les coupaient pour planter des arbres fruitiers.les producteurs et artisans damascènes ont résisté à l’occupation française car ils tissaient à l’orientale et exportaient vers l’Egypte, le Soudan, l’Irak et autres, et la France a mis la main sur la matière brute. En 1915, la Chambre Lyonnaise de Commerce a envoyé une lettre au Ministère français des Affaires étrangères, encourageant l’État français à dominer la Syrie (Syrie – Liban – Palestine…). Car la Syrie est un pays producteur de la soie et doit rester dépendante du marché de Lyon, qui importait chaque année (500 Tonnes) de soie syrienne.

Lire sur le même sujet :
- Syrie, mon amour. 1860, au cœur d’une guerre oubliée », roman historique de Christine Malgorn, paru chez l’Harmattan
http://www.francesyrie.org/fr/parution-de-syrie-mon-amour-au-coeur-d-une-guerre-oubliee,article-151.html
- La société du Mont Liban à l’époque de la Révolution industrielle. chapitre XIV, " La soie devant les techniques et les besoins de l’Europe". pages 210 à 242
- lettre d’Abdel Kader :
http://www.memoireetactualite.org/presse/01JOURNALAIN/PDF/1860/01JOURNALAIN-18600806-P-0002.pdf