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Par Gilad Atzmon
Réponse à Daniel Barenboim

Ayant lu le commentaire outrageant de Daniel Barenboim sur la mort d’Arafat (ci-dessus), j’affirme que plusieurs points, dans son approche raciste et sioniste doivent être explicités. Il doit être bien clair qu’avec des « militants de la paix » tels que Barenboim, le sionisme finira toujours par prévaloir.

19 décembre 2007 | - : Israël Lobbies Palestine Solidarité

Barenboim dit, je le cite : « Les membres de ce groupe - Mubadara (sous l’égide de Mustafa Barghouthi) sont en faveur d’une solution qui reconnaît le droit des juifs à retourner sur leur terre et qui croient, aussi, dans une lutte non-violente pour l’obtention des droits du peuple palestinien. »

M. Barenboim sait sans doute que le point le plus crucial, dans ce conflit, c’est justement le droit au retour des Palestiniens, et certainement pas le droit au retour des juifs. A l’évidence, les juifs ont d’ores et déjà « retourné » (colonisé) une terre qui ne leur appartenait pas, pour commencer. En insistant sur la notion archaïque du « droit des juifs au retour », Barenboim adopte l’idéologie la plus fondamentaliste du sionisme de droite.

Ensuite, Barenboim dit : « Il ne saurait y avoir de paix tant que les Palestiniens dénieront l’Holocauste. Mais il ne saurait y avoir de paix, également, tant que les Israéliens ne reconnaîtront pas au moins une responsabilité partielle dans le conflit ». Je lui pose la question : depuis quand les Palestiniens dénient-ils l’Holocauste ? S’il y a une chose dont les Palestiniens ont bien une entière conscience, c’est le fait évident que c’est l’Holocauste des juifs qui a abouti à la création de l’Etat juif, que c’est l’Holocauste juif qui a conduit à l’épuration ethnique dont ils ont été les victimes (en 1948).

Comme si cela ne suffisait encore pas, Barenboim en rajoute une louche, suggérant que les Israéliens - les auteurs de l’holocauste palestinien - devraient assumer « au moins une responsabilité partielle dans le conflit ». C’est aussi absurde que suggérer que les nazis devraient assumer « une responsabilité partielle » dans l’Holocauste des juifs. Apparemment, M. Barenboim appartient à la pire espèce des négationnistes de l’Holocauste : il nie catégoriquement et systématiquement l’Holocauste du peuple palestinien.

Mais Barenboim ne s’en tient pas là. Se souvenant soudain qu’il est un musicien génial, il nous gratifie de sa profondeur de vues musicologique : « La mort d’Arafat est comme une transition musicale - un phrasé s’éteint, et avec la dernière note, un nouveau phrasé commence. » C’est chié, non ?
Eh bien, non, pas vraiment ! Malheureusement (pour Barenboim), la cause palestinienne reste rigoureusement inchangée, même dans l’après-Arafat ! Il s’agit toujours et encore du Droit au Retour du peuple palestinien. Il y a environ quatre millions de Palestiniens victimes de l’épuration ethnique, qui vivent dans des conditions épouvantables dans des camps de réfugiés, un peu partout au Moyen-Orient ; et il y a encore deux millions de Palestiniens qui sont victimes de l¹ épuration de tous leurs droits civiques en Palestine même. Permettez-moi de vous dire, Maestro, que cette situation n’est pas à la veille de se transmuer en une élégante modulation !

Barenboim aime le peuple palestinien. C’est du moins lui qui le dit. Et je veux bien le croire sur parole. Il lui fait même confiance, au peuple palestinien, et il conseille aux Américains de lui « faire confiance ». « Je suis convaincu », dit-il, « que le Hamas ne remportera jamais une élection libre »...
Puis-je demander à Daniel Barenboim pourquoi, puisqu’il fait vraiment confiance au peuple palestinien, il n’aime pas le Hamas ? Le Hamas est un mouvement populaire qui apporte au peuple palestinien une aide sociale et un soutien spirituel.

Alors que l’essence de l’amour, c’est l’acceptation inconditionnelle, Barenboim est un adepte de la conception que les néocons ont de l’amour : il aime les Palestiniens à condition que ceux-ci aiment Israël. En cela, il est un clone parfait de Donald Rumsfeld, qui aime le peuple irakien, à condition que le peuple irakien aime l’Amérique.

Tout le reste est connu, et abondamment rabâché. Nous n’avons pas besoin que Barenboim vienne nous seriner Camp David et les « propositions généreuses » de Barak. Nous ne sommes pas des demeurés, et nous savons tous très bien, aujourd’hui, ce qui s’est réellement passé à Camp David.

Tant pis : je redirai quand même que le message est on ne peut plus limpide : ce ne sont des militants pacifistes juifs, aussi « justes » soient-ils, qui libéreront le peuple palestinien. Ce ne sont même pas des sionistes fervents comme Daniel Barenboim.
C’est le peuple palestinien qui se libérera par lui-même.
C’est le peuple palestinien, qui croit en une « Palestine Unique et Libre ».
C’est ce peuple, qui croit en l’humanisme universel et en l’égalité.

Gilad Atzmon
16 novembre 2004.
Traduit de l’anglais par M. Charbonnier


Le contenu de la paix, dans une nouvelle tonalité
par Daniel Barenboim, Haaretz, 16 novembre 2004.
Traduit de l’anglais par M.C.

Si je n’ai jamais rencontré Arafat, c’est parce que je n’ai jamais souhaité le rencontrer. En dépit de nombre d’invitations, j’ai toujours préféré passer mon temps dans des endroits où les gens échangeaient des idées dépassant l’idéologie, où la paix respirait déjà, entre Palestiniens et juifs - dans les hôpitaux de Ramallah, dans des universités, à des concerts.

C’est dans de tels lieux que se trouvent les racines de la solution au conflit du Moyen-Orient. C’est là où les Palestiniens et les Israéliens vont de l’avant, bien plus que leurs politiciens, car ils agissent avec logique et avec intelligence émotionnelles - qualités que Yasser Arafat avait manifestement, hélas, perdues de vue.

La tradition exige de nous que nous ne disions pas du mal d’un mort. Arafat a donné aux Palestiniens une certaine confiance en eux ; il est devenu l’icône d’un peuple opprimé. Mais comment pourrions-nous oublier cette autre vérité : il était peut-être un génie, il était certainement un mythe ambulant, mais il était sans aucun doute possible un terroriste. Et, en tous les cas, c’était un autocrate. A partir de ce jour, le cri de ralliement de la paix au Moyen-Orient doit] être : « L’autocrate est mort ! Vive le peuple ! » [Le maestro ne précise pas lequel, NdT]

Arafat a aussi nourri un mythe parallèle à son mythe personnel : le mythe du Hamas. Très longtemps, les diplomates internationaux (sic) ont cru, erronément, qu’ils devaient (absolument) négocier avec Arafat parce qu’il aurait représenté la seule alternative aux Palestiniens radicaux. C’est totalement faux. Je sais qu’il y a beaucoup de Palestiniens qui soutiennent une troisième voie : la Mubadara démocratique, l’Initiative Nationale Palestinienne, avec à sa tête Mustafa Barghouti [ne pas confondre avec Marwan ! NdT]. Les membres de ce groupe sont en faveur d’une solution qui reconnaît le droit des juifs à retourner sur leur (sic !) terre et qui croient, aussi, dans une lutte non-violente pour l’obtention des droits du peuple palestinien.

Toute analyse logique de la situation au Moyen-Orient conduit à la conclusion que les colonies doivent être démantelées et un Etat palestinien indépendant créé aussi rapidement que possible. Pour le moment, nous avons une politique d’apartheid. La solution est un Etat palestinien indépendant, et Jérusalem devrait être la capitale des deux peuples (re-sic !).

Arafat a raté l’occasion de lutter contre la méfiance mutuelle entre juifs et Palestiniens. Il ne saurait y avoir de paix tant que les Palestiniens dénieront l’Holocauste. Mais il ne saurait y avoir de paix, non plus, tant que les Israéliens ne reconnaîtront pas au moins une responsabilité partielle dans le conflit. La disparition d’Arafat est en quelque sorte une transition musicale : un phrasé prend fin, et avec les échos de la dernière note, c’est un nouveau phrasé qui commence, sans qu’il y ait la moindre interruption. A présent, la question est celle de savoir comment le nouveau phrasé va-t-il résonner ? Et le temps presse. L’après-Arafat doit appartenir au peuple palestinien, et cette période exige beaucoup de courage : de la part des Palestiniens, de la part des Israéliens et, tout particulièrement, de la part de l’Europe.

Israël et les Etats-Unis ne peuvent plus longtemps s’opposer à des élections libres dans les zones palestiniennes, de crainte d’une possible victoire du Hamas. Ils doivent faire confiance au peuple palestinien. Je suis convaincu que le Hamas ne remportera jamais une élection libre.

Sachant que les Etats-Unis seront toujours perçus par le monde musulman comme de parti pris, c’est en Europe que se trouve la clé de la paix. Plus de la moitié des exportations israéliennes vont vers l’Europe, et l’Europe a une responsabilité stratégique et morale - également, en raison de ses liens anciens avec le peuple juif. Et l’Europe n’a pas le choix. Si elle n’apporte pas la paix au Moyen-Orient au plus vite, le Moyen-Orient ne tardera pas à apporter la violence en Europe. L’Europe doit garantir le déroulement des élections dans l’Autorité palestinienne (sic), afin d’en assurer la légitimité.

Je ne sais pas à quel moment, précisément, Arafat a commencé à s’éloigner de son peuple. Peut-être fut-ce à la Conférence de Madrid, avant Oslo. Ces négociations étaient menées par des Palestiniens qui vivaient dans les territoires occupés, et elles soulevèrent de grands espoirs. Parallèlement, Israël et Arafat décidèrent d’entamer des pourparlers entre eux à un autre niveau, et ils allèrent à Camp David. C’est alors (en 2001) qu’Arafat fit la plus grosse bourde de sa vie. Non pas en refusant les propositions d’Ehud Barak. Non. Pire encore : en militarisant la seconde intifada, au tout au moins en tolérant sa militarisation.

Si Arafat avait organisé une résistance pacifique, la cause palestinienne aurait remporté une victoire morale. En cet instant historique, Arafat a perdu de vue l’essence du peuple palestinien. En cet instant, il devint un personnage tragique : la majorité de son peuple ne croyait plus en lui ; les Israéliens, n’en parlons pas.

Aujourd’hui, la question de savoir qui est responsable de l’échec des négociations de paix n’a plus aucune importance. Quiconque croit en une solution pacifique au Moyen-Orient est toujours parvenu aux mêmes conclusions, en ce qui concerne les frontières. La question des termes de la paix a toujours été la même, comme (le leitmotiv de) la symphonie « Héroïque » de Beethoven. Ce n’est qu’un simple arpège, mais, avec lui, un miracle se produit : ce sont les mêmes notes qui sont jouées, mais sur une gamme différente.

C’est exactement ce que nous devons faire : nous devons entonner le motif de la paix sur une gamme différente, dans une tonalité nouvelle.

La disparition de Yasser Arafat a ouvert une nouvelle porte. Il est temps de faire le premier pas vers la démocratie. Ce pas est risqué, il requiert la confiance, de tous les partenaires. Nous ne savons pas où il nous conduira.
Mais si nous restons immobiles, nous n’avons aucune chance d’échapper à la violence.

Daniel Barenboim