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Par Albert A. Stahel
Le rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran : développement d’une nouvelle situation géopolitique ?

Il y a quelques semaines, peu avant le vol de retour à Téhéran du président iranien, Rouhani et Obama se sont entretenus par téléphone. Presque simultanément, une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères américain et iranien a eu lieu.

10 novembre 2013

Pour la première fois depuis l’occupation de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, une nouvelle rencontre directe s’est déroulée entre les deux pays. Bien que la réunion ainsi que l’appel téléphonique ne puissent être qu’une première étape vers la normalisation des relations entre les Etats-Unis et l’Iran, une nouvelle situation géopolitique pourrait se développer au Moyen-Orient.

Actuellement, ce rapprochement est nécessaire et utile pour les deux pays. Alors que l’économie iranienne souffre des sanctions imposées, les Etats-Unis veulent réduire leur présence au Moyen-Orient pour deux raisons. Premièrement, ils veulent – avec leurs moyens de pouvoir et leurs forces navales dans le Pacifique occidental – renforcer l’aide à leurs alliés pour le contrôle de la Chine et ainsi tenir en respect leur nouveau rival.

Deuxièmement, en raison de leur faiblesse économique et financière ils doivent de toute urgence réduire leurs moyens militaires. Les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre la présence simultanée dans deux régions. Le rapprochement avec l’Iran se passe donc au bon moment et a, ces derniers temps, également été favorisé par l’administration Obama. De même, les ayatollahs de Téhéran soutiennent les prises de contacts de Rouhani. Si l’ayatollah Khamenei, meneur de la révolution iranienne, met publiquement en garde contre un rapprochement trop hâtif avec les Etats-Unis, c’est pour calmer les cercles conservateurs de Téhéran. Rouhani et Khamenei se sont certainement concertés.

Quelles pourraient être les conséquences et l’impact d’un rapprochement entre l’Iran et les Etats-Unis ?

Tout d’abord, les Etats-Unis devront réduire progressivement les sanctions et l’embargo à l’égard de l’économie iranienne. Avec cette réduction, le début des relations diplomatiques directes devraient aller de pair. A moyen terme, Téhéran devra soumettre son programme nucléaire à la surveillance étroite de l’Agence internationale de l’énergie. En échange, les Etats-Unis accepteront l’utilisation civile de l’énergie nucléaire par l’Iran. A long terme, les Etats-Unis accepteront également l’hégémonie de l’Iran dans le golfe Persique, ne serait-ce qu’en raison de la diminution de leurs engagements au Moyen-Orient. Cela signifie que les Etats-Unis reconnaîtront la nouvelle sphère d’influence géopolitique de Téhéran en Irak qui se développe à cause de l’intervention erronée de l’administration Bush dans ce pays. A la suite du retrait américain d’Afghanistan en 2014, cette sphère d’influence pourrait s’étendre de l’Afghanistan jusqu’au Liban. Pour les Etats-Unis, le partenariat avec l’Iran serait aussi un rempart et une lutte bienvenus contre les salafistes sunnites en Afghanistan, au Pakistan et en Syrie. En Syrie, les Iraniens devront accepter en échange le remplacement d’Assad par un autre alaouite.

La vraie victime de cette réorientation géopolitique sera l’Arabie saoudite. L’avenir du royaume, qui a jusqu’à présent très activement soutenu les extrémistes sunnites dans le monde entier, pourrait être remis en cause. Quant à Israël, les Etats-Unis continueront à garantir la sécurité de l’Etat juif, mais sans vouloir se soumettre aux caprices des gouvernements respectifs à Jérusalem. Le temps, où les Etats-Unis étaient géo politiquement des otages d’Israël au Moyen-Orient semble être terminé.

Les premières étapes du rapprochement de l’administration Obama vers l’Iran méritent d’être saluées. Elles se sont imposées d’urgence. Les Persans sont, en raison même de la position géostratégique de leur pays, les alliés naturels des Etats-Unis dans la région.

Albert A. Stahel - Institut für Strategische Studien, Wädenswil
Horizons et debats - 2013 - N°33, 4 novembre 2013

Traduction et source :
Horizons et débats
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4101