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Par Mazin Qumsiyeh
Israël a volé une grande partie de la Palestine

.

9 octobre 2013

Les Palestiniens ont les moyens du changement et de la résistance

Le 28 novembre 1947, la CIA a correctement prévu les conséquences de lʼappui de
Truman à la partition de la Palestine : « Des hostilités armées éclateront entre les
Juifs et les Arabes si lʼAssemblée Générale de lʼONU accepte le plan de partition de
la Palestine... Le conflit qui en résultera perturbera gravement la stabilité sociale,
économique et politique du monde arabe, et les intérêts commerciaux et stratégiques
des USA seront dangereusement menacés… La pauvreté, lʼagitation et le désespoir,
qui constituent le terreau de la propagande communiste, augmenteront partout dans
le monde arabe. »

20 ans ont passé depuis le début du processus dʼOslo et nous pouvons dégager une
analyse posthume de lʼéchec des douzaines dʼinitiatives et de plans pour « la paix »
ou la pacification. Certains nous diront que nous nʼavons ou nʼavions guère le choix.

Il y a dix ans, notre ami disparu, le professeur Edward Said, a écrit : « Qui,
maintenant, pose les questions existentielles relatives à notre futur en tant que
peuple ? La tâche ne peut être laissée à un mélange de religieux fanatiques et de
moutons soumis et fatalistes… Nous sommes à deux doigts dʼune espèce de
soulèvement qui ne laissera presque rien dʼintact, peut-être même presquʼaucune
déclaration exceptée lʼinjonction finale implorant lʼextinction. Le temps nʼest-il pas
venu pour nous, collectivement, dʼexiger et formuler une alternative purement arabe
au cataclysme qui est sur le point dʼengloutir notre monde ? »

Aujourdʼhui, sept des douze millions de Palestiniens du globe sont des réfugiés ou
des personnes déplacées. Il y a quelques 5,8 millions dʼisraéliens et presque 6
millions de Palestiniens qui vivent sous lʼapartheid de lʼétat israélien. La moitié des
juifs qui vivent en Palestine sont des immigrants. Israel a volé la plus grande partie
du pays et contrôle maintenant quelques 93% de la terre de Palestine (avant
lʼinvasion britannique et la déclaration Balfour, les juifs indigènes ou sionistes ne
possédaient, collectivement, que 2% de la Palestine).

Il est tentant, pour certains, de perdre la foi dans la possibilité de libération et de
justice, 132 ans après la première colonie sioniste et 65 ans après la Nakba de 1948.

Voici une phrase célèbre du mouvement pour les droits civiques dans les années
soixante, aux Etats unis, « libère ton esprit et ton cul suivra ». En effet, si nous
libérons notre esprit, nous voyons quʼil y a encore de nombreuses possibilités,
malgré la tentative de nos oppresseurs de nous convaincre que tout espoir est perdu,
quʼil nʼy a plus rien à faire, excepté se rendre ou inventer des slogans vides de sens.

En effet, en tant que peuple, nous pouvons et devons continuer à avancer. Quelles
sont nos possibilités, en dehors de la rhétorique et du défaitisme ? Cʼest-à-dire en
dehors des politiques actuelles de discuter sans fin, de négocier sans fin, à partir
dʼune position faible. Les autres options ne sont ni magiques ni nouvelles ; nombreux
sont ceux qui les ont articulées en visions claires dans des études innombrables.

Pourquoi ne pas raviver la charte originale de lʼOLP pour libérer toute la Palestine ?
Pourquoi ne pas démocratiser lʼOLP pour représenter réellement les 12 millions de
Palestiniens de la planète ? Pourquoi ne pas refuser dʼéliminer la résistance et au
contraire sʼengager dans une résistance populaire massive dans toute la Palestine
historique ?
Pourquoi ne pas entrer en résistance dans des zones extérieures à la Palestine ?
Pourquoi ne pas cibler les compagnies et intérêts sionistes de par le monde par du
boycott économique et même du sabotage ? Pourquoi ne pas dénoncer et sʼopposer
au réseau de lobbyistes sionistes qui soutiennent les crimes de guerre et défendent
le contrôle sioniste ? Pourquoi ne pas sʼengager dans des campagnes éducatives,
des campagnes médiatiques, ainsi que du lobbying dans le monde entier ?
Pourquoi ne pas construire des alliances avec des états puissants qui pourraient
offrir protection et soutien, comme la Chine, la Russie ou le Brésil ? Pourquoi ne pas
promouvoir le boycott, le désinvestissement et les sanctions ? Pourquoi ne pas
travailler à travers les agences internationales, y compris la Cour Internationale de
Justice, pour traduire en justice les criminels de guerre israéliens et contester le droit
de cet état à être membre de lʼONU et de toutes ses agences ? Pourquoi ne pas faire
tout ce qui vient dʼêtre énuméré et même plus encore ?

Les politiciens ne tiennent pas à envisager le changement parce quʼils se croient importants. Pour justifier leur inaction et leur manque de principe, ils vont jusquʼà
mentir. Mais le peuple peut et doit forcer les politiciens à changer. Quelles que soient
la façon dont ils sont arrivés au pouvoir ou la nature de leur gouvernement, les
dirigeants ne peuvent pas se permettre dʼignorer les fortes exigences du peuple.
Mais si le peuple est complaisant et ignorant, cʼest alors le meilleur scénario pour les
politiciens du statu quo.
Nous avons vu la politique de lʼEmpire Ottoman changer et passer du soutien au
sionisme à son rejet. Nous avons vu des changements dans la politique britannique
suite à la révolution palestinienne de 1936 et aux pressions continues, y compris
récemment, quand le parlement britannique a voté contre lʼattaque de la Syrie pour le
compte dʼIsrael. Et nous avons vu la force de la résistance dans les années 1987-
1991, qui défiait la complaisance des leaders aussi bien de Tel aviv que de Tunis.

Nous pouvons sans doute aussi tirer les leçons de la limitation de la supériorité
militaire, que ce soit au Vietnam dans les années 60 ou en Irak en 2003, au Liban en
2006 ou Gaza en 2008. Plus récemment, nous voyons des changements et des
reculs dramatiques dans lʼaffrontement à propos de la Syrie et de lʼIran. Lʼ Histoire
est dynamique, elle nʼest pas statique. Elle nʼest donc pas au goût des politiciens du
statu quo.

Le projet sioniste original était le contrôle de toute la zone entre lʼEuphrate et le Nil.
Nous voici 130 ans plus tard et même la zone entre le Jourdain et la Méditerranée
est à parts grossièrement égales entre les juifs israéliens et les Palestiniens. Quand
la déclaration Balfour est sortie en 1917, il y avait 650 000 Palestiniens en Palestine ;

Aujourdʼhui ils sont presque 6 millions.
Ceci nʼest certainement pas un scénario désespérant. Après que notre existence ait
été niée si longtemps, le drapeau palestinien flotte maintenant partout en Palestine,
même à lʼintérieur de la ligne verte. Ceci ne devrait certainement pas être au prix de
lʼaffichage de ce même drapeau sur les uniformes de services de sécurité qui
empêchent les Palestiniens dʼentrer en résistance ou comme toile de fond, avec
drapeaux israéliens et étazuniens, dans dʼinterminables négociations.

Un jour Martin Luther King Jr. a dit : « le lâche pose la question – est-ce sûr ?
Lʼopportuniste pose la question – est-ce politique ? Le vaniteux pose la question –
est-ce populaire ? Mais le conscient pose la question – est-ce juste ? Et voici venir
une époque où lʼon doit prendre une position qui nʼest ni sûre, ni politique, ni
populaire ; mais on doit prendre cette position parce quʼelle est juste. »

Mazin Qumsiyeh - 6 octobre 2013


Lʼauteur est professeur à lʼUniversité de Bethléhem. Il a déjà travaillé pour les
facultés de lʼUniversité du Tennessee, Duke et Yale.

Traduit de l’anglais par Chris (09.10.2013) :
http://www.ism-france.org/analyses/Les-Palestiniens-ont-les-moyens-du-changement-et-de-la-resistance-article-18468

Texte original en anglais (06.10.2013) :
http://popular-resistance.blogspot.com/2013/10/options.html
http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=636397

Post scriptum : des agents payés par Israël ont déjà mis sur MaanNews des commentaires pour discréditer l’article de Qumsiyeh. Voir :
http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=636397

Toutes les versions de cet article :
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