écrits politiques

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Pas de bombardements de la Syrie
NON à une intervention militaire. OUI à une solution politique

Cette lettre, adressée à François Hollande, exprime le sentiment de Français consternés par l’attitude belliciste du gouvernement de François Hollande à l’égard de la Syrie, le rôle actif de la France dans sa déstabilisation en soutien aux groupes rebelles intégristes et sa persistance à pousser, tout au long des différentes étapes du conflit, les Etats-Unis à intervenir militairement, et à incriminer le gouvernement de Damas alors qu’il n’y a eu à ce jour aucune preuve que la responsabilité lui incombe. [Silvia Cattori]


11 septembre 2013

Lettre adressée à François Hollande, à on gouvernement et au Parti socialiste

Pas de bombardements de la Syrie

Monsieur François Hollande, représentant du Parti socialiste, a été élu président de la république française avec 51,64% des suffrages exprimés car il se prévalait de valeurs différentes de celles du président sortant. Or, non seulement il marche sur les pas de ce dernier, mais en plus il s’efforce de le devancer. Il pousse la France et l’Europe à la guerre contre le gouvernement syrien sans avancer la moindre preuve de l’usage par ce dernier de substances chimiques et ceci aux dépens des intérêts de la France et au mépris de l’opinion de la majorité des Français. Quels intérêts défend-il dans cette histoire ?

Nous n’avons pas oublié les mensonges qui ont justifié les guerres précédentes (l’incident du Golfe du Tonkin, Kosovo, Irak, Libye, le prétendu génocide du Darfour pour envahir le Soudan…) et nous n’éprouvons que répulsion à l’égard du matraquage belliciste de la majorité des politiques, des média et des clercs à leur service. Nous voyons tous les jours les résultats désastreux de ces aventures militaires ayant entraîné mort et désolation pour des centaines de milliers d’êtres humains. C’est pourquoi nous ne voulons pas d’intervention armée en Syrie.

Messieurs Hollande et Fabius accusent le président syrien Monsieur Bachar Al-Assad d’avoir fait usage d’armes chimiques contre leur population. En dépit de l’activisme fébrile de Monsieur Fabius depuis des mois, ils n’en ont à ce jour pas apporté la moindre preuve. Ils disent en détenir, veulent que nous les croyions sur parole et fondent leur bellicisme sur des sables mouvants. Alors qu’il y a des indications que, si des armes chimiques ont été employées, elles l’ont été par les amis de Messieurs Hollande et Fabius, opposants armés syriens et étrangers, mercenaires et autres véritables terroristes coupeurs de gorge fanatiques.

Messieurs Hollande et Fabius se prétendent amis de la Syrie. S’ils veulent la paix comme ils le prétendent, qu’ils définissent une politique étrangère indépendante, guidée par la recherche de la paix en Syrie, qu’ils cessent de soutenir et d’armer les combattants armés contre le régime syrien et prennent langue sans parti pris avec tous les protagonistes. La France ne peut proposer de solution tant qu’elle fait partie du problème.

Si la France, ancienne puissance coloniale, a un rôle à jouer en Syrie et ailleurs, c’est de contribuer à construire la paix et de faire entendre la voix de la raison et de la justice, face aux assourdissants bruits de bottes et de canons. Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit. Les Syriens et les autres peuples de la région ont besoin de paix, de notre solidarité dans la paix et non dans davantage de guerre. La vaste majorité des Syriens soutiennent leur président et ne cessent de réclamer qu’on les écoute. Cent mille morts, nous dit-on, cela ne suffit-il pas ? Nous ne voulons pas qu’il s’y ajoute de nouveaux crimes français.

La politique de la France sur une question aussi grave que celle de l’engagement de notre pays à agresser un pays qui ne nous a jamais menacés, et à y tuer des gens en notre nom ne se décide pas seul à l’Elysée ou au Quai d’Orsay. Encore moins à Washington, Londres ou Tel-Aviv. Elle se décide en dialogue avec la société française en fonction des intérêts de la Syrie et de ceux de notre pays, qui sont de rayonner par la force de l’intelligence, de la raison, de la générosité et non celle, brute, de la violence.

Si la Constitution autorise le président, en tant que chef des armées, à engager le pays dans une guerre française sans feu vert du Parlement (même si sa majorité lui est soumise), cela ne lui donne pas la liberté d’user de ce droit selon ses caprices ou les priorités plus que douteuses de son Ministre des affaires étrangères : la démocratie meurt du mépris de l’opinion et des institutions qui l’organisent.

Sa décision, que ce soit d’aller en guerre sans preuve, sans débat national, sans légalité internationale, sans légitimité morale ou de contribuer à la paix, décidera de notre vote pour les dix années à venir.

Si le gouvernement socialiste de Monsieur François Hollande part en guerre au nom de la France malgré l’opposition de près de 60% des Français, nous sommes nombreux à faire le serment de ne pas voter "socialiste". Même si, comme par le passé, on viendra agiter la menace de l’arrivée au pouvoir d’un parti ostracisé.

Chantal Mercier-Peschoux
Genève, le 10 septembre 2013