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Par Pierre Khalaf
Les masques tombent : Israël et les terroristes combattent dans la même tranchée

Les masques sont tombés en Syrie. L’armée israélienne est directement entrée dans la bataille aux côtés des groupes terroristes après que ces derniers eurent échoué dans la mission qui leur a été impartie par l’alliance composée de l’Otan, les pétromonarchies du Golfe et Israël, sous la direction des Etats-Unis.

7 mai 2013

L’aviation israélienne a violemment bombardé, dans la nuit de samedi à dimanche, plusieurs objectifs militaires et civils syriens, faisant des dizaines de morts. La télévision russe Russia Today évoque un bilan de 300 morts, dont de nombreux militaires, dans ces attaques qui ont visé des dépôts d’armes et de munitions, des casernes et des positions de la défense anti-aérienne dans la périphérie de Damas. Selon des informations sûres, près de 40 avions ont participé à ces raids qui constituent une violation flagrante de la souveraineté d’un pays indépendant.

Les raids israéliens interviennent donc après les revers stratégiques infligés aux groupes terroristes dans les régions de Damas et de Homs, où leurs structures de commandements, bâties ces 15 derniers mois à grands renforts de milliards de dollars provenant du Golfe et des milliers de tonnes d’armes venant des entrepôts de l’Otan, de Libye et de Croatie, se sont effondrés en quelques semaines. Et avec eux se sont envolés les espoirs de l’Otan de renverser le régime syrien.

Devant la débandade de ses auxiliaires, Israël n’avait plus le choix que de se jeter directement dans la bataille, sous de futiles prétextes : empêcher les armes chimiques de tomber entre des "mains peu sûres", lutter contre l’approvisionnement du Hezbollah en armes... tous ces arguments ont été avancés dimanche pour justifier l’agression israélienne. Mais la véritable explication est ailleurs : depuis des semaines, les responsables israéliens multiplient les déclarations, appelant l’Occident à prendre des mesures urgentes pour renverser le régime du président Bachar al-Assad, surtout depuis que son armée a repris l’initiative militaire.

La coordination entre les Israéliens et les groupes terroristes s’est clairement manifestée lors des raids de samedi-dimanche. A peine les avions israéliens avaient-ils largué leurs missiles et leurs bombes que des centaines de terroristes ont tenté de prendre d’assaut les check-points de l’armée pour entrer dans Damas. Ils se sont cependant heurtés à l’armée syrienne qui les a repoussé facilement. L’apparition publique du président syrien, samedi, pour la deuxième fois en trois jours, illustre ce changement stratégique sur le terrain. Le leader syrien a eu droit a un véritable bain de foule à l’université de Damas, où il a été accueilli en héros par des milliers d’étudiants lors de l’inauguration d’une stèle érigée à la mémoire des dizaines d’étudiants tués par les terroristes à Alep, Damas et ailleurs.

Malgré les pressions exercées par le lobby pro-israélien à Washington, Barak Obama n’est pas enthousiaste à l’idée de se lancer dans une nouvelle guerre pour le compte d’Israël, alors qu’il vient juste de quitter le marécage irakien et s’apprête à évacuer le bourbier afghan. Il a d’ailleurs clairement déclaré, samedi au Costa Rica, ne pas prévoir d’envoyer des soldats américains sur le territoire syrien s’il était prouvé que le régime de Bachar al-Assad avait eu recours à son stock d’armes chimiques. "Je n’envisage pas de scénario dans lequel des soldats américains sur le sol syrien seraient une bonne chose pour les Etats-Unis, et même une bonne chose pour la Syrie", a déclaré M. Obama.

D’autant plus que les sondages montrent que les Américains sont majoritairement hostiles à une intervention des Etats-Unis en Syrie. Dix pour cent seulement des personnes interrogées dans ce sondage réalisé en ligne entre le 16 avril et le 1er mai estiment que Washington devrait intervenir dans les combats. Soixante-et-un pour cent sont hostiles à toute intervention. Mais Obama a donné son feu vert à Tel-Aviv en ressassant l’éternel refrain sur "le droit d’Israël à se défendre".

Devant la gravité de l’agression israélienne, le commandement politique et militaire syrien s’est réuni d’urgence dimanche pour examiner les moyens de riposter, alors que la Ligue et les pays arabes se muraient dans un silence de mort, après avoir remué ciel et terre pendant plus de deux ans pour soi-disant "défendre le peuple syrien et son droit à la liberté". Seul l’Iran a réagi en condamnant vigoureusement l’agression israélienne, affirmant que la Syrie "n’est pas et ne sera pas seule face aux agressions israéliennes".

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal al-Moqdad, a qualifié les raids de "déclaration de guerre", affirmant que la Syrie se réserve le droit de riposter "à l’endroit et au moment qu’elle juge opportun".

Malgré l’aide israélienne venue du ciel, les terroristes ont poursuivi leur recul face à l’armée syrienne sur tous les fronts. Au sud d’ Alep, les troupes régulières ont pris la localité de Hreibil, dans la province de Homs, elles sont entrées dans les quartiers Sud et Est de la ville de Qoussair, dernière position où les terroristes sont encore présents après avoir été chassés de l’ensemble de la région. Selon les premières informations, de nombreux terroristes de diverses nationalités ont été tués ou arrêtés.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 133, 6 mai 2013.


(*) Chercheur au Centre d’Études Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.