écrits politiques

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Un article de Gotthard Frick
Une Suisse indépendante, sûre d’elle, neutre et cosmopolite ne se trouve pas à l’écart !

Le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen, a tenu un discours à l’université de Zurich (cf. la « Neue Zürcher Zeitung » du 23/11/12), disant que la Suisse devrait coopérer avec l’OTAN afin qu’elle ne se trouve pas à l’écart. Cette opinion doit être contestée.

5 février 2013

Le monde est bouleversé. Un nouvel ordre mondial est en train de se développer. On ne sait pas comment cet ordre va se présenter. Dans l’idéal, il sera composé de quelques grandes puissances qui contribueront à un équilibre global des forces, comme c’était le cas en Europe durant quelques siècles. Les USA resteront une des grandes puissances. La Russie va éventuellement s’y joindre à nouveau. Il serait souhaitable que la Chine aussi appartienne à l’illustre cercle. Avant, elle doit encore résoudre ses immenses problèmes intérieurs, autrement elle va s’y briser. Les moyennes puissances existantes ou éventuellement naissantes comme par exemple le Japon, l’Inde, le Brésil, l’Australie, l’Afrique du Sud auront assez de poids pour se faire écouter dans le cercle restreint. Aujourd’hui, on ne sait encore si, dans la politique internationale, l’Europe deviendra une puissance autonome, à prendre au sérieux, ou si la plupart de ses Etats continueront à tourner comme planètes autour du soleil américain.

L’OTAN et ses « valeurs » indéfinies

Tous ces grands Etats et tous les autres, moyens et petits, non mentionnés ici, sont des centres de pouvoir, ce sont des partis qui poursuivent sur la scène mondiale leurs propres intérêts. L’OTAN est l’instrument du pouvoir d’un grand parti, certes, mais justement seulement un de ces partis. Elle doit imposer les intérêts des USA et, dans la mesure où cela est compatible avec leurs exigences, généralement ceux de l’Ouest. Elle le fait, comme nous l’avons vu, aussi en faisant la guerre, dont Monsieur Rasmussen avance des raisons sublimes à titre de justification : défendre et diffuser notre sécurité et nos valeurs – la liberté, la démocratie et le respect pour les droits de l’homme – protéger la population civile en Lybie, libérer l’Afghanistan, donner la main aux peuples libérés du Moyen Orient, soutenir le développement pacifique du Kosovo etc. Selon Rasmussen, l’OTAN doit être prête à s’engager au-delà des frontières du monde occidental.

La gamme définissant ces « valeurs » est énorme. Selon les intérêts des USA et de l’Occident (menace contre les sources de pétrole jaillissantes ou annexion insidieuse d’un pays par son voisin, cela étendu à des décennies) les arguments comme les droits de l’homme, la libre détermination des peuples, la protection de la population civile etc. sont invoqués comme justification de l’intervention, ou alors on ferme les yeux.

Il est évident que cette politique est en conflit avec les intérêts des autres partenaires sur la scène mondiale. Ainsi par exemple la Russie a clairement dit que la politique de sécurité de l’OTAN est ressentie comme une menace et elle a menacé de prendre des mesures militaires. Et dans le journal dirigeant du parti communiste chinois « Global Times », on pouvait lire en novembre 2011, même si ni les USA ni la Chine ne voulaient déclencher une guerre, « qu’un conflit militaire serait inévitable, au cas où les intérêts centraux de la Chine seraient violés » (« if China’s core interests such as its sovereignty, national security and unity are intruded on, a military conflict will be unavoidable »). C’est pourquoi la Chine s’arme si massivement. Quant au pouvoir d’achat, ses dépenses pour la défense dépassent déjà celles des USA.

La Suisse, le pays pacifique, neutre, mais vaillant

Probablement que peu de Suisses sont conscients de l’opinion positive sur notre pays qu’ont la plupart des êtres humains partout dans le monde. Ils devinent les vrais motifs des Etats. Ils savent que derrière chaque intervention militaire se trouvent des intérêts particuliers musclés, et c’est pourquoi ils rendent hommage à la Suisse, un pays pacifique et neutre, dont le peuple est disposé à défendre son indépendance et ses valeurs. Lorsqu’un architecte chinois d’environ 55 ans a demandé à l’auteur, il y a quelque temps, dans le métro de Beijing, d’où il venait, il s’est écrié : « Oh, les Suisses, le pays le plus pacifique au monde, mais où chaque homme et chaque femme sont prêts à défendre l’indépendance et la liberté. » Quasi chaque chauffeur de taxi est enthousiaste quand il entend que le passager est Suisse. Beaucoup d’entre eux sont conscients du fait que la paix mondiale serait acquise si tous les pays suivaient notre politique étrangère exemplaire : Fondamentalement ne jamais participer à des guerres, mais si l’on est soi-même attaqué, lutter résolument.

Quelle politique étrangère notre pays doit-il poursuivre dans cette phase de bouleversement ?

Nous disposons d’un système démocratique unique au monde et d’un pays magnifique qui fonctionne bien. Avec la moitié de la population de Beijing, sans matière première et sans accès à la mer, nous sommes une des puissances économiques de premier plan. La Suisse doit et peut se présenter sur la scène internationale comme un pays indépendant, strictement neutre, sûr de lui (mais pas présomptueux ni arrogant), ouvert à tous les côtés et s’engageant pour la paix.

Comme détenteur des transversales alpines, nous tenons en main un élément d’importance stratégique à l’échelon européen. Avec les Alpes, nous avons en outre une forteresse militairement facile à maintenir. Notre devoir est de maintenir notre pays avec tout ce qu’il représente, aussi son indépendance et son intégrité territoriale, y compris la desserte centrale européenne nord-sud, aussi dans l’intérêt de l’Occident et surtout de l’Europe, avec une défense nationale puissante constituée de notre propre force.

Cette liberté de lien à l’une ou l’autre des parties nous donne un statut très spécial dans le monde. La Suisse peut être active sur la scène globale là ou d’autres ne sont pas admis à cause de leur liens, ou même parce qu’ils pourraient déclencher un conflit.

Si l’on en croit les déclarations du secrétaire général de l’OTAN, il veut pousser la Suisse à intensifier davantage le dialogue et la coopération avec l’OTAN. Nous ne devons pas le permettre ! Cela ne correspond ni à notre image de notre Etat ni au devoir de la Suisse dans le monde.

Gotthard Frick
Horizons et debats - N°4, 28 janvier 2012


Pour mieux connaître la Suisse lire :

« Le Modèle Suisse : pourquoi ils s’en sortent beaucoup mieux que les autres » de François Garçon ; maître de conférences à la Sorbonne et auteur d’une Enquête sur « Le cauchemar de Darwin » qui a fait des vagues, il remet les pendules à l’heure. Sa radiographie exhaustive et documentée aboutit à un constat : malgré de nombreuses polémiques et de fortes disparités régionales, les Suisses ont su créer et entretenir leur prospérité.

Présentation du livre « Le Modèle Suisse » par l’éditeur - Librairie Académique Perrin

La Suisse, c’est environ huit millions d’habitants, une démocratie participative exemplaire, grâce notamment aux référendums d’initiative populaire, et des résultats économiques époustouflants : le salaire médian est double du français (une caissière gagne 2 100 euros par mois...), la balance commerciale est excédentaire avec presque tous les pays, y compris avec la Chine, et 21 % d’immigrés contribuent à ce succès. Et pourtant, dans l’imaginaire français, la Suisse contemporaine se réduit à l’évasion fiscale, au secret bancaire, à une solide xénophobie et au chocolat.

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"Le Modèle Suisse : pourquoi il s’en sortent beaucoup mieux que les autres" de François Garçon :
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