écrits politiques

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Un article d’Alexandre Latsa
Syrie, Algérie, Mali : le multiculturalisme du Djihad et les incohérences de la politique étrangère française

La terrible prise d’otage qui vient de prendre fin en Algérie aura révélé que le multiculturalisme qui se porte le mieux est définitivement celui qui se forme en dehors de, et surtout contre l’Occident. Les dernières nouvelles concernant l’équipe de Djihadistes qui a attaqué le site gazier d’In Azemas en Algérie montre que ces derniers étaient de nationalité libyenne, néerlandaise, tunisienne, syrienne, égyptienne, malienne, nigérienne, canadienne et il y avait même vraisemblablement un « Français », information plus tard démentie par Manuel Valls.

23 janvier 2013


Photo : EPA

Les 30 a 40 assaillant ont été éliminés, pendant que 683 employés algériens et 107 étrangers ont eux été libérés. Le bilan est lourd et pourrait être revu a la hausse, puisque si le premier bilan faisait état de 23 otages tués, 25 nouveaux corps viennent d’être retrouvés sur le site.

En Syrie la situation semble beaucoup plus grave. Le pays fait face depuis près de deux ans à une insurrection armée qui tente de renverser l’État syrien. Les contras qui opèrent en Syrie sont vraisemblablement piochés (recrutés pourrions-nous dire) pour assurer la victoire stratégique d’un bloc uni pour l’occasion : les puissances sunnites dominantes (pétromonarchies du golfe d’un côté et Turquie de l’autre), et la coalition occidentale.

Cette double alliance souhaite la destruction de l’axe Chiite pour des raisons différentes. Pour les puissances sunnites, il s’agit vraisemblablement d’assurer la domination sunnite du monde musulman, pendant que les Occidentaux veulent faire sauter le verrou syrien, pour affaiblir un axe chiite jugé comme seule menace réelle pour Israël.

La Syrie goûte malheureusement aux joies de ce multiculturalisme du Djihad, puisque l’État syrien remet régulièrement à l’ONU les nationalités des combattants étrangers qui sont sur son sol. Les listes contiennent des Irakiens, Egyptiens, Libanais, Jordaniens, Tunisiens, Libyens, Palestiniens, Qataris, Saoudiens, Soudanais, Afghans, Jordaniens, Turques, Irakiens, Koweïtis, Tchadiens, Pakistanais, Algériens, Tchétchènes et Azerbaïdjanais (voir ici et ), et il y « aurait » même désormais des Djihadistes américains. Cette augmentation du nombre de Djihadistes étrangers en Syrie (on parle même de 65 000 volontaires étrangers et 25 000 rebelles syriens) est d’ailleurs proportionnelle à la baisse numérique permanente du nombre de rebelles syriens.

Et puis il y a maintenant le Mali, ce pays d’Afrique noire ou dès l’automne dernier des centaines de volontaires étrangers, majoritairement de nationalité soudanaise ainsi que des Tunisiens, des Égyptiens et des combattants indépendantistes en provenance du Sahara occidental, étaient déjà venus renforcer les combattants rebelles. Aujourd’hui, alors que les troupes françaises se battent au sol, elles font elles aussi face à cette internationale multiculturelle djihadiste, composée selon les témoins au sol tant « d’Arabes » que de « Noirs ». Les armes utilisées provenant selon les spécialistes, tant de la Libye, que des zones de conflit en cours, par exemple la Syrie.

Il y a d’ailleurs là une merveilleuse contradiction de politique étrangère pour la France, qui soutient au nord du continent ceux qui combattent ses soldats plus au sud de ce même continent.

Selon l’ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, Alain Chouet, la France « soutient en Syrie les Djihadistes qu’elle combat au Mali ».

Même son de cloche pour Eric Denécé le Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), pour qui : « Les positions de Paris sont totalement contradictoires. Nous luttons contre les djihadistes au Mali et en Somalie, mais nous les avons aidés à prendre le pouvoir en Libye et continuons de les soutenir en Syrie, en dépit du bon sens (…) Paradoxalement nous continuons d’être les alliés de l’Arabie saoudite et du Qatar, deux États ouvertement wahhabites, qui, après avoir engendré et appuyé Ben Laden, soutiennent les groupes salafistes partout dans le monde, y compris dans nos banlieues. En conséquence, une remise à plat de notre politique étrangère s’impose et il nous faut balayer devant notre porte ».

Toujours dans le même sens, il y a quelques jours, les autorités syriennes ont-elles aussi raillé les autorités françaises, les accusant de se dire prêts à combattre le terrorisme quand il s’agit du Mali mais de le soutenir quand il s’agit de la Syrie.

Et si finalement, de la Libye à la Syrie : la France faisait totalement fausse route ?

Alexandre Latsa
La Voix de la Russie, 22 janvier 2013.


Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l’Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l’institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.