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Un article de Mazin Qumsiyeh
Gaza, ça recommence !

Les forces d’Israël ont attaqué Gaza ; elles détruisent les réseaux d’électricité, détruisent l’infrastructure et massacrent les civils. Elles ont amplifié leur attaque brutale quand deux roquettes artisanales ont été lancées sur Tel Aviv. Les hôpitaux à Gaza essayant d’accueillir les victimes alors que depuis des années ils sont en état de siège, sont au point de rupture.

19 novembre 2012


3 janvier 2009 : bombardement sur Beit Hanoun (photo : P. Baz/AFP/Getty Images)

Les forces de la résistance à Gaza ont signalé qu’un avion israélien a été abattu. Les autorités israéliennes sont prises en flagrant délit de mensonge sur l’ampleur des dégâts causés par la résistance en prétendant, par exemple, que les roquettes étaient interceptées et qu’elles ne retombaient pas alors même que les citoyens israéliens voyaient les roquettes exploser au sol, ils voyaient les incendies se déclarer et les ambulances qui se précipitaient. J’ai entendu moi-même les sirènes hurler dans les colonies de Gush Etzion et j’ai entendu le bruit sourd d’une roquette (probablement du type Fajr, de grande portée).

Mais maintenant, quelques observations analytiques.

Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ? L’attaque israélienne contre Gaza cette semaine a lieu entre les élections présidentielles aux États-Unis et les élections (prochaines) israéliennes. L’attaque contre Gaza il y a quatre ans a eu lieu également après les élections US et avant les élections israéliennes. Certains citoyens israéliens ont ainsi lancé un avertissement dans un journal israélien sous le titre « Non à la guerre des élections ! ».

Netanyahu et compagnie tentent aujourd’hui de refaire ce qu’Olmert et compagnie ont essayé de faire il y a quatre ans : pousser Gaza à la soumission tout en gagnant les voix de droite. Cette attaque pourrait aussi être un test de préparation dans le cas d’une guerre à venir contre l’Iran (Gaza est plus faible que le Liban ou l’Iran). Au vu des premiers résultats, la machine de propagande israélienne n’a pas réussi à faire apparaître l’attaque contre Gaza comme une « légitime défense » et elle ne réussira pas davantage dans ses autres objectifs tout comme en 2006 et 2008.

Lors de la dernière agression contre Gaza il y a quatre ans, les forces israéliennes ont assassiné 1400 palestiniens, dont près de 400 enfants, en à peine trois semaines. C’était, et c’est toujours, une tâche difficile pour la propagande de cacher l’ampleur des atrocités commises contre les natifs de cette terre, spécialement quand des organisations de défense des droits de l’homme et les Nations-Unies qualifient de tels actes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

A Gaza, rien que dans les dernières quarante-huit heures, les martyrs palestiniens comprenaient deux bébés de dix et onze mois. Netanyahu espère que les réseaux sionistes de communication et sa campagne de bombardements vont réussir en 2012 ce qu’ils ont raté en 2008. Israël en tant qu’occupant/colonisateur espère se tirer de ses assassinats en qualifiant la résistance du peuple occupé de « terrorisme ».

A l’âge de la communication en temps réel, c’est devenu difficile. Après plusieurs guerres d’agression (par exemple, en 1948, 1956, 1967, 1982, 2000, 2006, 2008, et aujourd’hui, 2012), le monde se réveille. Les peuples du monde arabe qui se sont engagés dans de véritables révolutions démocratiques exigent désormais un véritable changement. Il est symboliquement important que des officiels de premier plan d’Égypte et Tunisie se soient rendus à Gaza pendant les attaques en cours.

Les peuples savent que les lobbies israéliens, tel l’AIPAC (dont le site a été piraté par Anonymous cette semaine [1]), continuent d’inciter à des guerres y compris à une guerre hors-la-loi contre l’Iran, de la même manière qu’ils ont poussé aux guerres illégales précédentes contre le Liban et l’Irak. La dernière guerre a été imposée à l’opinion publique occidentale grâce à des mensonges (les liens de l’Irak avec les actions terroristes du 11 Septembre 2001 et les armes à destruction massive). La guerre a coûté des milliers de vies états-uniennes, des centaines de milliers de vies irakiennes, et trois mille milliards de dollars en coût direct aux contribuables des États-Unis).

Les peuples savent que Gaza est toujours sous occupation selon le droit international, comme les Nations Unies elles-mêmes l’ont rapporté. Même les porte-parole israéliens et un document rendu public par une décision de tribunal ont montré qu’Israël s’est lancé dans une punition collective de la population de Gaza, un crime contre l’humanité selon le droit international. Les Nations Unies ont mis en garde contre une catastrophe humanitaire si le siège israélien de Gaza se poursuivait. Israël continue aussi de cibler tous les bateaux humanitaires qui tentent de briser le siège.

Les politiciens israéliens trouvent commode toutes les quelques années de lancer une guerre massive pour garder le « front intérieur » dans l’inquiétude et l’unité, et ils espèrent ainsi booster leurs carrières politiques. « Éradiquer le terrorisme » et défendre « la sécurité des citoyens israéliens » sont maintenant considérés, même par les Israéliens, comme de la propagande.

Les rapports des Renseignements israéliens soumis au gouvernement israélien montrent que le Hezbollah est devenu encore plus fort après les attaques israéliennes de 2006 et que le Hamas est lui aussi devenu plus fort après l’attaque israélienne en 2008.

La Gaza appauvrie donne des leçons. Olmert et Livni ont découvert que les crimes de guerre ne se traduisaient pas obligatoirement en bulletins de votes. Une leçon plus importante qui demande peut-être plus de temps pour être creusée est que la sécurité ne vient pas d’une oppression et d’un nettoyage ethnique, les deux piliers du sionisme. La sécurité vient de la justice. Israël est un État apartheid raciste et militarisé qui a créé la plus grande population de réfugiés toujours existant sur la terre (sept millions des douze millions de Palestiniens sont des réfugiés ou des déplacés).

La paix peut venir par la reconnaissance des torts et un engagement pour réparer les justices. Une fois réalisé le retour des réfugiés palestiniens (dont le million de Gaza) dans leurs foyers et sur leurs terres occupées en 1948, nous pouvons tous vivre ici dans un État démocratique laïc, quelle que soient nos origines religieuses ou autres.

Je pense que les attaques immorales et cruelles israéliennes contre Gaza vont hâter cette incontournable issue.

Mazin Qumsiyeh
Popular Resistance, 16 novembre 2012.


Le Professeur Mazin Qumsiyeh enseigne et travaille à des recherches aux universités de Bethléhem et Beir Zeit, en Palestine occupée. Il préside le conseil d’administration du Centre palestinien pour le rapprochement entre les peuples, et coordonne le Comité populaire contre le mur et les colonies à Beit Sahour. Il est l’auteur de « Partager la Terre de Canaan : les droits humains et le combat israélo-palestinien » et de « Résistance populaire en Palestine : une histoire d’espoir et d’autonomisation ».

Site de Mazin Qumsiyeh : http://www.qumsiyeh.org/home/

Traduit de l’anglais par JPP pour Info-Palestine.net :
http://www.info-palestine.net/Palestine/Article006.html

Texte original en anglais :
http://popular-resistance.blogspot.ch/2012/11/gaza-redux.html



[1Anonymous a bloqué le site de l’AIPAC (un site qui détruit l’économie américaine pour le bien du sionisme) : http://www.aipac.org/.


Toutes les versions de cet article :
- Gaza Redux