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Palestine occupée
Naplouse : « It is our life »

Pendant que le monde assiste à la destruction du Liban par les soldats d’Israël, l’occupation de la Palestine continue. Pendant que les yeux sont tournés vers Beyrouth, l’armée occupante s’active pour écraser les Palestiniens, les terroriser, les contraindre à fuir.

18 juillet 2006 | - : Israël Palestine

Chaque nuit, la ville de Naplouse est secouée par des bruits de guerre qui empêchent le sommeil.

On se réveille en sursaut, on ne se sait plus si on a dormi, pas dormi, si on est dans un cauchemar éveillé. Il y a des tirs, des explosions que l’on perçoit comme proches ; qui s’éloignent, puis reviennent en écho. On ne sait pas ce qui se passe et où cela se passe. On se sent d’abord très inquiet, puis on ne pense plus. On se résigne et on attend le jour.

Les gens vous disent que c’est comme ça chaque jour de l’année, ici dans le district de Naplouse ; que ce n’est rien de nouveau, que c’est comme cela depuis 2000.

Les soldats entrent la nuit à l’intérieur des petites ruelles de Naplouse et des villages environnants. Ils enfoncent les portes, lancent des grenades. Vont de maison à maison, cherchent des hommes qu’ils qualifient de « wanted », de « suspects ».

Ils forcent les familles à sortir, fouillent, cassent tout et, s’ils ne trouvent rien, ils forcent des mères à appeler, par hauts parleurs, leurs fils à se rendre. Si le « suspect » ne se rend pas, ils arrêtent parfois le père, des frères, ou font sauter leur maison. Ils s’en vont généralement avant le jour.

Des tirs ont retentit après minuit. Mais les plus grands combats ont commencé à 4 heures du matin quand une forte explosion a fait trembler toute la cité. Puis des tirs se sont intensifiés. On respire quand les bruits effrayants sont couverts par la voix humaine du muezzin. Voix qui s’en va au loin, revient en écho. On écoute en retenant son souffle.

Ce qui s’est passé cette nuit, n’est pas usuel. Les troupes israéliennes sont entrées dans divers quartiers sans faire de bruit, prenant les gens par surprise. Généralement, les soldats ne trouvent pas de combattants en face d’eux, car les hommes qui se savent recherchés se terrent. Armés de vieux fusils ils se savent perdants. Mais, ce matin, les hommes étaient aux aguets prêts à résister. Les combats ont duré plusieurs heures. Il y a eu, du côté de l’armée israélienne, un soldat tué et six blessés.

Quatre jeunes palestiniens ont été capturés et embarqués par les soldats. Interrogés par les agents du Shen Bet, les renseignements qu’ils réussiront à leur extorquer sous la torture, serviront à procéder à d’autres arrestations.

Naplouse s’attend à ce que l’armée apparaisse d’un instant à l’autre et à ce que la répression soit d’autant plus impitoyable que le soldat tué est le fils du commandant en charge de cette région.

Les gens sont à bout. Israël les humilie, affame, prive de tout droit. Ils sont emprisonnés. Quand les gens se présentent aux check-points - qui sont des zones militaires où les soldats israéliens font régner la terreur - ils se font insulter, arrêter, passer à tabac. Les jeunes - entre 14 et 30 ans – ne passent pas. Ils doivent emprunter, à leurs risques et périls, des sentiers de montagne.

Après les années de privations et de massacres, on sent les gens à cran et d’autant plus révoltés qu’ils subissent maintenant également l’étranglement de l’Union européenne ; ils sont punis parce qu’ils ont voté en faveur du Hamas. On comprend que cette nouvelle punition ne fait que de renforcer leur esprit de résistance. Se rebeller est la seule chose qui leur reste. On les sent déterminés, prêts à tenir tête à leurs bourreaux, jusqu’au moment où ces derniers finiront par comprendre que, revendiquer le respect de leurs droits violés, est chose légitime.

Reste que ce qui s’est passé cette nuit ne sera pas sans conséquences pour eux. L’armée israélienne va revenir pour les écraser encore plus méchamment. Pendant ce répit ils vaquent à leurs occupations, font comme si de rien n’était. Ils sont dans leur bon droit ; ils vous regardent avec la tranquillité de ceux qui savent qu’ils ont l’humanité de leur côté. C’est leur force.

« It is our life », lâchent-ils calmement quand vous vous inquiétez pour leur sort.

Silvia Cattori