écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Poutine : les Occidentaux doivent revoir leur position sur la Syrie

Vladimir Poutine a souligné jeudi 6 septembre dans un entretien télévisé (*) qu’il ne fallait pas compter sur un changement de position de la Russie dans le dossier syrien. Le président russe a également accusé à demi-mot les Occidentaux de s’appuyer sur des groupes islamistes comparables à Al-Qaïda pour tenter de se débarrasser de Bachar al-Assad.

8 septembre 2012 | - : Syrie Russie Terrorisme


Le Président russe Vladimir Poutine a donné sa première interview depuis sa ré-élection à Russia Today

« Pourquoi la Russie devrait-elle réévaluer sa position ? », s’est interrogé Vladimir Poutine dans l’un de ses plus longs entretiens accordés depuis son élection à un troisième mandat à la tête de la Russie en mars dernier. « Nos partenaires dans le processus de négociation devraient peut-être plutôt revoir leur position », a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine répondait à des questions concernant la position de Moscou sur la crise syrienne, qui a fait au moins 20’000 morts depuis mars 2011.

Sans mentionner un seul nom de pays, le maître du Kremlin a laissé entendre que les États-Unis cherchaient des activistes pour renverser Bachar al-Assad mais qu’ils le regretteraient par la suite.

« Aujourd’hui, on utilise des combattants d’Al-Qaïda ou des gens d’autres organisations qui partagent ses visées extrémistes pour atteindre leurs objectifs en Syrie. Il s’agit d’une politique très risquée et inconséquente », a déclaré Poutine. Les États-Unis, a-t-il poursuivi, pourraient aussi bien « ouvrir les portes de Guantanamo et laisser tous les détenus aller combattre en Syrie. C’est la même chose ».

Comme la Chine, la Russie a fait usage de son droit de veto à trois reprises à l’ONU pour s’opposer à des projets de résolutions du Conseil de sécurité condamnant la poursuite de la répression du soulèvement populaire contre le régime de Damas.

Vladimir Poutine a souhaité par ailleurs une résolution du contentieux sur le projet américain de défense antimissile en cas de réélection de Barack Obama, « une personne honnête, qui cherche vraiment à améliorer les choses », selon lui.

Romney se trompe

Le président russe s’en est pris en revanche à son adversaire républicain Mitt Romney, dont il a jugé les propos au sujet de la Russie « erronés ».

Le candidat du Grand Old Party a déclaré que la Russie était « sans nul doute l’ennemi géopolitique numéro un » des États-Unis, promettant que Washington resserrerait les boulons et se montrerait « moins souple et plus ferme » à l’égard de Moscou s’il est élu le 6 novembre prochain.

« Qu’est-ce que “resserrer les boulons” veut dire ? Si cela signifie que tout le monde, y compris les représentants de l’opposition, doivent respecter la loi, alors oui, cette exigence sera appliquée avec constance », a commenté Poutine. « Nous supposons que cela s’inscrit dans la rhétorique de campagne électorale, mais je pense évidemment que c’est une erreur. » « Se conduire ainsi sur la scène internationale équivaut à recourir aux instruments du nationalisme et de la ségrégation sur la scène intérieure », a-t-il poursuivi.

Balayant les critiques concernant la répression des grandes manifestations de décembre dénonçant des fraudes aux législatives, le président russe a également nié avoir pesé sur le récent procès des membres du groupe artistique contestataire Pussy Riot. Trois jeunes femmes du collectif ont été condamnées le mois dernier à deux ans de détention dans une colonie pénitentiaire pour une « prière punk » anti-Poutine en février dernier dans la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou.

« L’État a l’obligation de protéger les convictions des fidèles », a déclaré le président russe.
« Je suis au courant de ce qui se passe avec Pussy Riot, mais je reste totalement en dehors de tout ça », a-t-il affirmé.

Le président russe n’en a pas moins ironisé sur le caractère « indécent » du nom du groupe – « pussy » renvoyant en anglais argotique au sexe féminin –, ajoutant : « Je voudrais attirer votre attention sur le côté moral de cette question. »

Vladimir Poutine a estimé que les actes hostiles à l’Église orthodoxe russe d’autrefois durant la période soviétique accentuaient le caractère offensant de la performance effectuée par les Pussy Riot dans la cathédrale moscovite.

Steve Gutterman, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse
Afrique Asie, 7 septembre 2012.

(*) La vidéo de cet entretien et sa transcription complète en anglais sont accessibles sous le lien :
http://www.silviacattori.net/article3647.html

Source :
http://www.afrique-asie.fr/menu/afrique/3726-poutine-les-occidentaux-doivent-revoir-leur-position-sur-la-syrie.html