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Agression aérienne israélienne
La Syrie dans l’œil du cyclone

La Syrie est un petit pays, dépositaire d’une grande civilisation, dont beaucoup, en Occident, ignorent quasiment tout. Un pays qui mérite d’être mieux connu, visité, compris.

Le sort de son peuple demeure étroitement lié à celui de la Palestine. En effet, depuis le début de la seconde « Intifada » (le soulèvement palestinien contre l’occupant israélien), et de manière plus drastique depuis la guerre des Etats-Unis contre l’Irak, les Syriens payent un lourd tribut : les touristes désertent leur pays riche en sites archéologiques et leur économie périclite à vue d’oeil.

Les faucons pro-israéliens, qui tirent les ficelles au Pentagone, et qui, après l’Irak, programment d’attaquer la Syrie, la Libye, l’Iran, n’ont-ils pas proclamé, dès 1996, que « la voie de Damas passe par Bagdad » ?

Ce qui frappe est que, malgré l’isolement international et les incessantes humiliations qu’Israël leur inflige depuis 1967 - et quoique profondément blessés par l’ostracisme de l’Occident à leur égard – les Syriens n’en ont pas moins gardé intact le sens de l’hospitalité vis-à-vis des étrangers.

Il y a fort à craindre que ce pays attachant, qui n’aspire qu’à vivre en paix, soit à nouveau menacé par Israël et les Etats-Unis. Les Syriens sont très inquiets, depuis que le 5 octobre 2003 l’aviation israélienne a attaqué une cible proche de Damas, la capitale, et déployé le long de la frontière des batteries et des troupes en renfort.

Par ses opérations militaires Israël qui occupe depuis 1967 la partie de la Syrie la plus riche en eau - le Golan - veut signifier de manière brutale et humiliante, qu’il entend jouer pleinement le rôle hégémonique que les Etats-Unis lui ont assigné.

C’est un acte d’une extrême gravité. Une violation du droit international et des règles de souveraineté. Mais, habitué qu’il est à l’impunité Israël a, sans gêne aucune, justifié l’injustifiable en prétextant qu’il s’agissait d’éradiquer les « terroristes ».

Le 8 octobre, un membre du cabinet israélien a fait une déclaration ahurissante : il a affirmé que si les Palestiniens persistaient à s’attaquer à eux l’armée israélienne allait « dévaster la Syrie, le Liban, embraser Beyrouth, Damas… »

Il s’est servi de l’attaque suicide qui, la veille, avait emporté une jeune palestinienne et entraîné dans son sillage la mort de 20 civils à Haïfa.

Les médias se sont contentés de répercuter la version de l’armée israélienne. Or l’attaque israélienne sur sol syrien avait été planifiée avant que cet attentat survienne. La Syrie ne pouvait pas être incriminée pour une action survenue en Palestine. L’attaque suicide qui avait fait 20 morts à Haïfa n’avait rien à voir avec la Syrie. Pourquoi punir la Syrie pour un acte qu’elle n’avait pas commis ?

En clair : Israël impose sa loi de manière faire cesser toute revendication du Golan syrien. La Syrie n’a jamais cessé de demander qu’Israël se retire du plateau du Golan. Israël, n’est pas du genre à rendre aux lésés ce qu’il leur a volé ; il est du genre à tout mettre en œuvre pour déshumaniser et anéantir ses adversaires et de persister dans sa politique de l’escalade.

C’est ainsi que l’Etat d’Israël a toujours procédé avec les Palestiniens depuis 1948. Après les avoir massacrés, chassés, déportés, dépossédés de tous leurs biens, il les a qualifiés « terroristes ».

En attaquant la Syrie, Israël a voulu montrer que, fort de sa supériorité militaire, il peut frapper qui il veut, comme il veut, quand il veut. Sans que cela ne soulève de protestation. Montrer qu’il domine à ce point le Moyen Orient qu’il n’a plus besoin de l’aval de Bush pour mener des guerres « préventives », envahir ses voisins, écraser des peuples, nier leur droit à la dignité.

Quand Israël affirme qu’il « défend sa sécurité », il entend par là s’octroyer le droit de jeter ses « ennemis » dans l’insécurité, le droit d’agresser, le droit de conquérir, le droit d’assassiner, le droit de déporter, le droit de construire des murs et de s’annexer de nouvelles terres. Bref, le droit de priver de tout droit ses voisins. Cela sous prétexte de « lutte contre le terrorisme » et avec, bien sûr, le soutien des Etats-Unis maintenant installés en Irak.

Les gens ont désormais compris que les deux guerres contre l’Irak, qui ont déjà fait couler tant de sang, n’avaient rien à voir avec les armes de destruction massive, rien à voir avec Al Quaida, rien à voir avec l’établissement des droits humains et la démocratie.

Les services secrets israéliens n’en continuent pas moins à fabriquer les mêmes mensonges et à répandre la crainte du « terrorisme » qu’ils ont fabriqué.

Combien de temps Israël pourra-t-il continuer à manipuler l’opinion ?

Passée l’euphorie de la fausse victoire en Irak, Ariel Sharon a dû se rendre à l’évidence : les choses ne vont pas bien pour M. Bush et les conseillers pro-israéliens qui l’ont poussé. Israël, qui avait convaincu M. Bush à prendre la route de Damas, et qui le voit piégé en Irak, est pressé de profiter du temps qui reste pour sauver ce qui peut être sauvé, et consolider ses acquis. Les Etats-Unis sont en train de s’enliser dans un bourbier politique et militaire en Irak. Ils sont loin de réussir à stabiliser un régime favorable à leurs intérêts. Cet enlisement pourrait bien les stopper là. C’est pourquoi, alors que les Etats-Unis cherchent de nouvelles stratégies pour sortir du bourbier irakien, Ariel Sharon cherche à ouvrir d’autres fronts.

Ariel Sharon entend donc engranger les gains stratégiques de l’intervention états-unienne qui a dévasté l’Irak, et régionaliser le conflit avant que le vent ne tourne.

Le moment choisi par Israël est révélateur : en effet, l’attaque contre la Syrie survient au moment où les critiques contre la construction du mur, contre sa politique d’apartheid et les conséquences humanitaires des bouclages, s’amplifient à l’ONU et divisent l’administration américaine.

Comble du cynisme : au lieu de condamner Israël pour avoir frappé la Syrie en violation des les lois internationales, le président Bush a accusé la Syrie « de soutenir le terrorisme » et a décidé de la frapper par des sanctions économiques.

Les Syriens ont de quoi être indignés. L’attitude agressive de Washington contre la Syrie ne sert évidemment pas la paix et la stabilité au Moyen Orient. Elle est d’autant plus scandaleuse et dangereuse qu’elle donne un blanc seing à l’agresseur israélien et qu’elle marque une nouvelle phase dans le durcissement de la politique de Tel Aviv.

Alors que la Syrie, qui venait d’être agressée par l’Etat hébreu, choisissait la voie de la légalité et de la diplomatie en s’adressant au Conseil de Sécurité de l’ONU, elle s’est trouvée violemment prise à partie par l’ambassadeur d’Israël, Dan Gillerman, qui est allé jusqu’à traiter les autorités syriennes de « talibans ».

Cela mérite d’être souligné. Depuis le temps que la Syrie subit les pressions et les menaces d’Israël et des Etats-Unis elle a su faire montre d’une attitude digne et responsable. Une attitude qui lui a valu l’estime des peuples arabes frappés par des guerres humiliantes et injustes. Guerres, rendues possibles par la lâcheté de ces dirigeants arabes asservis qui appuient la politique anti-arabe et pro-israélienne de Washington.

La Syrie est le seul pays arabe qui a dit ce que les peuples arabes attendaient que l’on dise sur l’illégalité et l’immoralité de l’occupation de l’Irak et de la Palestine. En quoi elle est devenue une sorte de repère, pour des millions d’Arabes et de musulmans blessés dans leur chair.

Nos Etats démocratiques vont-ils continuer de se laisser intimider par l’arrogance et la vulgarité d’autorités qui, en Israël et aux Etats-Unis, ne jurent que par la force ? Qu’attendent-ils pour prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation ?

Silvia Cattori