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Hébron la mort dans l’âme

Ici, à Hébron, c’est l’asphyxie. Les soldats ont chassé tous les marchands palestiniens du centre historique, le poumon de la ville, pour laisser le champ libre aux quelques quatre cents colons juifs haineux et violents.

10 avril 2003 | - : Israël Palestine


Colons juifs de toutes nationalités dans les rues d’Hébron

On aime tout de suite cette petite ville austère entourée d’un splendide paysage collinaire. On l’aime dans sa grande et touchante solitude. On voudrait pouvoir soulager sa peine, faire intervenir, avant que le viol ne soit consommé, des architectes capables de protéger et préserver ce patrimoine de l’humanité.

Depuis l’arrivée des colons et des bataillons militaires, les habitants d’Hébron - une ville autrefois paisible - vivent sous leur menace. Tout, ils leur ont tout confisqué. Tout est terrifiant.

Israël a divisé Hébron en deux secteurs en 1997. 160’000 Palestiniens ont été placés dans le secteur H 1, sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. 40’000 Palestiniens ont été placés dans le secteur H 2, sous le contrôle de l’occupant israélien. Depuis 2001, la zone H 1 s’est trouvée progressivement assiégée. Il n’y a donc plus aujourd’hui, de facto, aucune distinction entre les secteurs H1 et H2.

Concrètement ici à Hébron, quatre cent colons juifs, protégés par des milliers de soldats israéliens, rendent la vie impossible aux 200’000 natifs palestiniens.

Si cette cruelle situation a pu se perpétuer jusqu’à ce jour, la passivité de l’Occident y est pour quelque chose.

On ne vient donc pas ici sans appréhension. La peur est toujours là, bien chevillée au corps.

Côté palestinien, l’accueil est des plus émouvant. L’armée israélienne occupante est terrifiante. Elle ne devrait pas être là, mais elle est là et, chaque jour qui passe, elle resserre un peu plus l’étau.

En octobre, lors de mon précédent passage, Hébron était déjà une bourgade à l’agonie ; mais il restait encore quelques ruelles ouvertes. Il y a maintenant des « check points » fortifiés tous les 100 mètres. Se déplacer d’une ruelle à l’autre de la ville est un calvaire pour ces Palestiniens que les colons harcèlent. L’occupant les soumet à mille contraintes, pour ruiner leur économie, leur rendre la vie invivable.

Le marché ouvert, que l’armée a détruit à l’aide de bulldozers, il y a trois semaines, pour éloigner les Palestiniens du centre historique, n’est plus qu’un amas de ferrailles. Ainsi les quelques mille cinq cent commerçants qui tenaient boutique sous les arcades depuis des siècles, ont été forcés de fermer et de laisser le champ libre aux colons qui occupent maintenant l’ensemble du quartier.

Dans ce contexte de peur et de violence organisée les enfants font peine à voir. Ils n’ont pas droit à une vie d’enfant. Ils sont fouillés, humiliés, épouvantés, tout autant que les adultes, par les soldats qui patrouillent. Comme ce bambin blessé, saignant, que le père tenait contre son cœur et qui, en nous voyant, s’est approché de nous pour nous prendre à témoin des mauvais traitements que les soldats israéliens leur infligent, qu’ils ne le laissaient même pas se rendre à l’hôpital.

À chaque coin de rue, on rencontre des jeunes qui viennent spontanément vous parler des violences subies, des camarades tués. Ils vous racontent leur malheur à voix basse, avec détachement. « They kill Palestinian children », ou encore : « They destroy. We rebuild.”

Deux générations de Palestiniens n’ont connu que la violence de l’occupant.

L’armée israélienne a fermé récemment trois établissements scolaires pour s’y installer. Ainsi 1700 écoliers ne peuvent plus aller en classe.

C’est l’asphyxie. ASPHYXIE est le mot que les jeunes ont inscrit en arabe et en hébreu, sur une banderole, pour protester contre la mise en place de nouveaux « check points ». Ce mot exprime parfaitement ce que l’on ressent à Hébron.

Silvia Cattori