écrits politiques

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Un article de Mazin Qumsiyeh
Palestine : « Christ au Check-point »

Israël a des réactions complètement paranoïaques à l’égard des personnes qui découvrent la vérité sur ce qu’il fait. Un bel exemple en est l’expulsion de 55 étudiants de l’université de Harvard en visite à Al-Walaja en début de semaine (*).

20 mars 2012

À plusieurs occasions déjà, en recevant des délégations pour les emmener à Al-Walaja, nous avions été harcelés. Notamment les fois où j’ai emmené un groupe de juifs israéliens, un de chrétiens évangéliques et un même de personnel diplomatique à Al-Walaja. Certains qui venaient en sympathisants d’Israël changèrent de point de vue et commencèrent à considérer cela comme un système d’apartheid (tel que défini par le droit international). Justement aujourd’hui, je prends quelques-uns de mes élèves palestiniens pour les conduire à Al-Walaja, pour qu’ils parlent avec les villageois, et même lancent des projets de recherche sur le village. Il faut que plus de Palestiniens, plus d’Israéliens et plus d’internationaux viennent dans ces villages en lutte et qu’ils voient la réalité. Nous sommes heureux de leur montrer et/ou les mettre en contact avec les personnes de bonne foi, pas avec celles qui se font valoir en prétendant qu’elles représentent la résistance populaire.

Je leur fais voir qu’il y a des signes d’espoir ici, chaque jour. Par exemple, la semaine dernière, plus de 600 personnes (la plupart des chrétiens évangéliques, dont des personnalités de renom) ont accompagné le Christ à la Conférence du Check-point, à Bethléhem. « Le Christ au Check-point » s’interroge sur comment peut-on trouver un espoir en plein cœur de conflit et, en un mot, « que ferait Jésus ? ». La conférence a dépassé toutes les espérances [1]. J’ai eu l’honneur de communiquer avec des amis, mais plus encore, le fait de rencontrer toujours plus de nouveaux « convertis » m’a encouragé, ceux qui comprennent maintenant que « sionisme chrétien » est un oxymore, car on ne peut être un vrai chrétien (ou juif d’ailleurs) et être sioniste [2]. Des chrétiens palestiniens de différentes tendances ne s’entendent généralement pas sur des choses comme, qui doit nettoyer quelle partie de l’Église de la Nativité. Mais dans une démonstration inédite de notre unité, tous, nous nous sommes retrouvés d’accord sur un document appelé Kairos Palestine [3]. Cela a généré un énorme élan de soutien de la part des églises à travers le monde, et aujourd’hui il y a aussi une réaction islamique à cela [4].

Nous sentons aussi l’espoir dans cet esprit déterminé qui est celui de la plupart de mes étudiants (de trois universités) qui veulent aller au-delà des questions de misère et de difficultés résultant de l’occupation et de la colonisation. Ils remettent en question leurs propres points de vue et commencent à réaliser qu’il leur revient uniquement à eux de façonner leur propre avenir en dépit d’incroyables difficultés. Nous l’avons vu dans la pièce jouée par le groupe de théâtre d’Al-Rowwad, dans le camp de réfugiés d’Aïda, à Bethléhem, une pièce qui s’appelle Handala, du nom de ce personnage charismatique dessiné par Naji Al-Ali [5].

En attendant, la vie continue ici, parfois banale, et parfois dramatique.

Dans le banal, par exemple, on peut inclure les deux heures et demie passées au check-point pour revenir des cours à l’université Al-Quds. Comptons aussi cet incident où un photographe indépendant, Mati Milstein, a filmé la police des frontières israélienne lançant des grenades lacrymogènes sur des Palestiniennes qui n’avaient fait que sortir de chez elles pour discuter entre elles en fin d’après-midi. Mati a déclaré : « Il n’y avait alors aucune violence, pas une pierre de lancée ni rien d’organisé par des manifestants. Des policiers des frontières avaient été envoyés dans le secteur et tout à coup, le chef de l’une de leurs patrouilles a décidé de jeter une grenade lacrymogène sur les femmes, sans raison apparemment, du moins d’après ce que j’ai vu. » [6]

Entre banal et dramatique, nous avons les manifestations dans le secteur de Beit Dajan, où les villageois tentent de rouvrir la route qui conduit au village et qui est fermée par l’armée d’occupation israélienne depuis 10 ans [7]. Et nous voyons aussi la lutte que mène notre population pour pouvoir conserver les panneaux solaires utilisées pour leur électricité. [8]

Et à l’autre bout du spectre, nous avons vu massacrer 26 Palestiniens, en quatre jours, par des frappes israéliennes illégales, sur la bande de Gaza. Nous avons aussi la prisonnière politique palestinienne, Hana Shalabi, dont la vie est en danger, alors qu’elle est dans son 29e jour de grève de la faim, et qui proteste contre la politique israélienne de détention administrative.

Dernière citation des sionistes qui ont poussé à une guerre de trois milliards de dollars contre l’Irak, et alors qu’ils tentent aujourd’hui de recommencer contre l’Iran : « Un problème crucial dans cette option politique est que, en absence d’un acte manifeste d’agression de la part de l’Iran, des frappes aériennes américaines contre l’Iran seraient impopulaires dans la région, et partout dans le monde » [9].

Nous devons conserver notre espoir et notre énergie, et avancer vers la justice, la liberté, et l’égalité, et cette rédemption si brillamment évoquée par le jeune Sud-Africain, Mbuyiseni Ndlozi, dans son intervention sur la Palestine [10].

Mazin Qumsiyeh
Popular Resistance, 15 mars 2012.


Mazin Qumsiyeh est un militant infatigable pour les droits de l’homme des Palestiniens, qui est retourné dans sa ville natale de Beit Sahour en Cisjordanie occupée et qui enseigne maintenant dans les Universités de Bethléem et de Birzeit. Il a précédemment travaillé dans les facultés des Universités du Tennessee, de Duke et de Yale. Il est maintenant président du « Palestinian Center for Rapprochement Between People » [« Centre palestinien pour le rapprochement entre les gens »] à Beit Sahour, un faubourg de Bethléem. Auteur de « Sharing the Land of Canaan : Human Rights and the Israeli-Palestinian Struggle » [« Partager le Pays de Canaan : Les droits de l’homme et le conflit israélo-palestinien »] (2004), Qumsiyeh est à la fois un militant des droits de l’homme et un scientifique qui a une longue liste de publications sur la génétique à son actif.
Voir son site web : http://qumsiyeh.org/



[1« Christ au Check-point » défie le sionisme chrétien :
http://www.christatthecheckpoint.org/
et http://www.amin.org/articles.php?t=ENews&id=3840

[5Pour une première version de la pièce, voir la partie 1 et la partie 2

[9Kenneth Pollack, « Quel chemin vers la Perse ? » - Options pour une nouvelle stratégie américaine à l’égard de l’Iran, pp. 84-85. Saban Center à l’institution Brookings, juin 2009.


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