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Libye : racisme, emprisonnements, tortures et exécutions sommaires

Malgré les changements qui bouleversent la Libye, la violence et le sang n’ont pas cessé. Dans des révélations choquantes, les militaires et les forces de sécurité libyennes sont accusés d’avoir torturé des détenus à mort. Les groupes de défense des Droits de l’Homme disent que les nouveaux dirigeants de la Libye n’ont pas résolu le problème.

1er mars 2012

Tripoli : Une détenue de la tristement célèbre prison Djeida. (AFP Photo / Marco Longari)

Amnesty International a vu ces dernières semaines des détenus à Tripoli, Misrata et Gharyan, qui montraient des signes visibles de torture - plaies ouvertes à la tête, aux membres, au dos et sur d’autres parties du corps.

« Plusieurs détenus ont trouvé la mort après avoir été soumis à la torture en Libye ces derniers mois et ces dernières semaines. Ces supplices et mauvais traitements sont infligés à des présumés combattants loyalistes pro-Kadhafi, » a déclaré Amnesty.

« La torture est conduite par les militaires et des entités de sécurité formellement reconnues, ainsi que par une multitude de milices armées opérant en dehors de tout cadre juridique », poursuit la déclaration.

Médecins Sans Frontières a suspendu ses opérations à Misrata, la troisième plus grande ville libyenne, élevant des protestations similaires.

Le groupe affirme qu’il a rencontré des obstacles insurmontables. Des brûlures causées par des chocs électriques et des cigarettes, de profondes ecchymoses et des échecs rénaux, sont la preuve de la poursuite la torture des prisonniers, dit l’organisation.

Après que deux détenus soient morts sous les coups, le groupe international a stoppé sa mission en signe de protestation.

« Les patients nous ont été amenés pour des soins médicaux au milieu d’un interrogatoire, afin de les rendre aptes à subir de nouvelles séances de tortures. Cette situation est inacceptable. Notre rôle est de fournir des soins médicaux aux blessés de guerre et aux détenus malades, et non de traiter des patients entre des séances de torture, » a déclaré le directeur général Christopher Stokes dans un communiqué.

Ces informations sont divulguées au milieu d’une ambiance de frustration croissante à l’égard du gouvernement intérimaire de la Libye.

Des manifestations à Benghazi la semaine dernière se sont terminées par la démission d’un membre de haut rang du Conseil national de transition (CNT).

Dans l’ancien bastion de Kadhafi, Bani Walid, les habitants ont chassés les forces du CNT, protestant contre des abus systématiques.

« Cela a commencé au début de la rébellion, [...] dès la deuxième journée de la rébellion. Le 18 février, 50 migrants africains ont été arrêtés, enfermés dans le centre de détention et brûlés vifs. Et le CNT a donné son soutien à ce genre de comportement. Cela fait partie de la stratégie de l’Occident. Vous savez, diviser pour mieux régner. Le feu vert a été donné pour la torture et les exécutions - ce à quoi nous assistons maintenant. Il s’agit d’une recette pour la guerre civile », explique Dan Glazebrook, analyste politique pour le Moyen-Orient.

Pendant ce temps, le comportement des forces de l’OTAN qui ont amené le CNT au pouvoir a également soulevé des questions. L’année dernière, une équipe de haut-rang de militants de défense des Droits de l’Homme s’est rendue en Libye pour enquêter sur des violations présumées des lois internationales dans le pays. Le groupe a étudié les actions de l’OTAN, de l’ancien gouvernement et des insurgés.

L’Organisation arabe des droits de l’homme, en collaboration avec deux autres organisations, a publié un rapport de conclusion.

Le document dit que « l’OTAN a classé des sites civils comme des cibles militaires pour des attaques ; on y trouve des habitations, des écoles, des collèges ».

Les insurgés, selon le rapport fourni par l’équipe, « ont également violé le droit international, pratiquant des meurtres de civils et la torture, entre autres abus ».

D’une façon générale, les enquêteurs estiment que « des crimes de guerre et contre l’humanité ont été commis ».

« Certains des représentants de l’OTAN étaient sur le front, guidant les raids, les dirigeant et les coordonnant. Si votre mandat est de protéger les civils - ce n’est pas cela votre mission », explique Raji Sourani de l’Organisation arabe des droits de l’homme.

Raji Sourani (du PCHR palestinien) a pris part à la mission d’enquête en Libye. Il a passé 8 jours à voyager à travers les régions troublées. S’exprimant en exclusivité devant Russia Today, il a raconté son séjour dans les points chauds de la Libye.

« J’ai vu tant de gens tués sous mes yeux ... J’ai vu la mort de 51 personnes. Le plus jeune avait 15 ans », explique Ali Alkasih, un témoin de bombardements de l’OTAN en Libye.

Et tandis que toutes les parties prenantes au conflit libyen sont à blâmer pour la violence et les violations du droit, les militants de défense des Droits de l’Homme disent que tous ne sont pas tenus responsables pour leurs actes répréhensibles.

Un récent rapport des Nations Unies a révélé que jusqu’à 8000 soi-disant partisans pro-Kadhafi sont détenus par des groupes de miliciens en Libye en ce moment.

Avec toutes ces accusations de torture et d’actes de vengeance à travers tout le pays, l’espoir d’un nouveau départ pour la Libye semble encore très éloigné.

Russia Today , 27 janvier 2012.

Traduit de l’anglais par Info-Palestine.net (01.03.2012) :
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11863

Texte original en anglais (27.01.2012) :
http://rt.com/news/libya-torture-death-detainees-817/

Toutes les versions de cet article :
- Tortured freedom: Libya’s new rulers resort to old tactics