écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Armes et combattants irakiens pénètrent en Syrie

Des armes et des combattants sunnites en provenance d’Irak pénètrent en Syrie, alimentant les violences dans un pays qui jadis approvisionnait en armes les opposants au régime installé par les Américains à Bagdad, affirment responsables et marchands d’armes irakiens.

14 février 2012

L’insurrection en cours contre le clan alaouite du président Bachar al Assad touche une corde sensible dans les tribus sunnites des provinces irakiennes d’Anbar et de Ninive, limitrophes de la Syrie.

De fortes solidarités familiales et tribales existent de part et d’autre d’une frontière de 1.115 km de long très faiblement gardée où la contrebande et les trafics sont florissants.

Aujourd’hui, les responsables irakiens de la sécurité font état d’indices du passage de rebelles sunnites en territoire syrien pour rejoindre les rangs du soulèvement contre Bachar al Assad. Les trafiquants d’armes profiteraient de cette situation en multipliant par deux le coût des envois d’armes dissimulées au milieu de chargements purement civils.

Evaluer le flux de rebelles et d’armes illégales passant d’Irak en Syrie est difficile, mais la frontière était jadis un lieu de transit florissant dans l’autre sens, des volontaires étrangers s’infiltrant en Irak pour se battre contre les forces américaines venues renverser Saddam Hussein.

"Nous pensons que des combattants liés à Al Qaïda et à certains groupes armés sunnites envoient des hommes en armes en Syrie pour s’y battre au titre d’une espèce de soutien moral", a expliqué un haut responsable de la sécurité à Bagdad sous le sceau de l’anonymat.

RISQUE DE CONTAGION

"Des responsables corrompus sont en poste aux confins des provinces de Mossoul et d’Anbar, ce qui, pensons-nous, autoriserait certains à infiltrer des armes et des combattants. Mais nous ne croyons pas qu’il s’agisse d’un trafic important".

"Les trafiquants d’armes sont plus actifs ces derniers temps, notamment depuis l’intensification des accrochages entre le régime syrien et ses adversaires", confirme Hamid al Hayes, président du Conseil d’Anbar, une institution tribale dont la milice Sahoua a permis jadis de combattre avec succès la rébellion des alliés d’Al Qaïda en Irak.

La crise syrienne est embarrassante à divers titres pour les chiites au pouvoir à Bagdad, avec ses accents communautaires - opposants sunnites face à un pouvoir alaouite, une branche dissidente du chiisme.

L’Irak entretient par ailleurs des liens étroits avec les chiites au pouvoir en Iran, unique allié majeur du régime de Bachar al Assad dans le monde arabo-musulman.

Les responsables irakiens redoutent un effet de contagion du conflit syrien chez eux, où règne un équilibre des plus instables entre la majorité chiite, la minorité sunnite jadis au pouvoir sous Saddam Hussein et les Kurdes.

Pour Bagdad, le pire des scénarios serait l’arrivée au pouvoir à Damas d’un régime sunnite de tendance salafiste.

Le général Ahmed al Khafadji, en poste au ministère irakien de l’Intérieur, a annoncé cette semaine à la chaîne de télévision Al Hourra que les patrouilles avaient été renforcées à la frontière pour empêcher tout passage de combattants en Syrie.

Khalid al-Ansary | Reuters
14 févr. 2012