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Un témoin international pris pour cible
J’accuse l’armée israélienne

Brian Avery, un jeune Américain, âgé de 24 ans, a été très grièvement blessé, hier, dans la petite ville martyre de Jénine, par les tirs d’un soldat israélien. Arrivé en Palestine il y a deux mois, il était sur le point de rentrer chez lui, aux Etats-Unis.

6 avril 2003 | - : Israël Palestine


Brian Avery

Durant son séjour il avait accompagné les médecins palestiniens que l’armée israélienne brutalisait et empêchait d’aller secourir les blessés et les malades ; il avait rendu visite aux familles enfermées dans une pièce de leur maison pendant que les soldats occupaient les pièces restantes ; il avait reconstruit une route rendue impraticable par les bulldozers ; il s’était installé dans des maisons que les soldats israéliens s’apprêtaient à détruire.

Bref, Brian Avery avait accompli des actions à même d’apporter un peu d’humanité aux Palestiniens assiégés, sous couvre feu, qu’Israël déshumanise.

Au moment où il a été la cible des soldats, il était en train de mettre à l’abri les enfants que l’arrivée des véhicules militaires israéliens survoltait et qui risquaient de se faire tuer.

Le soldat, depuis un véhicule situé à 50 mètres de distance, a délibérément visé Brian en pleine tête. Une balle a traversé son visage de part en part.

Tobias, le camarade suédois, qui se trouvait à côté de Brian au moment où celui-ci s’effondrait, nous a rapporté que la rue était déserte et que, à l’arrivée des soldats, lui et ses camarades avaient ostensiblement levé les bras, haut au-dessus de leur tête, que chacun d’eux portait une veste orange fluorescente et qu’ils étaient donc clairement identifiés par les soldats comme des volontaires de l’International Solidarity Movement (ISM). Tobias a encore précisé qu’il n’y avait pas eu « d’échange de tirs », comme cela a été rapporté aux médias par l’armée israélienne. Il n’y avait absolument rien qui « menaçait la sécurité » des soldats retranchés dans des véhicules de guerre, absolument aucune raison qui pouvait justifier leurs tirs.

Les camarades de Brian, présents sur les lieux du drame, sont catégoriques : le soldat qui a fracassé la figure de Brian avait reçu l’ordre de le tuer.

La « junte », des cinq généraux, qui tient véritablement le pouvoir en Israël, n’aime pas la présence de témoins en des lieux où elle envoie quotidiennement ses troupes pour entretenir un état de terreur et provoquer les enfants, inconscients des risques qu’ils prennent, à sortir dans les rues.

Les gens pensent que décision a été prise, au plus haut niveau, de se débarrasser- en les terrorisant eux aussi - de ces internationaux qui observent et dressent des réquisitoires qui contredisent les versions de l’armée.

Les soldats, cela est évident, ont reçu l’ordre de leurs officiers de tirer, viser en pleine tête, ces internationaux qui interviennent pour protéger les enfants.

C’est dans les mêmes conditions que la jeune Irlandaise Caoimhe Butterly, a été blessée, en novembre 2002, à Jénine, quand les soldats ont délibérément visé ses jambes alors qu’elle tentait de couvrir des enfants.

Constatant que leur tirer dans les jambes ne suffisait pas pour les faire partir, l’Etat Major israélien a ordonné de viser quelques internationaux en pleine tête. Les volontaires de l’ISM devaient se tenir pour dit que leur statut d’internationaux n’était plus une protection.

L’assassinat de la jeune Américaine Rachel Corrie , dans des conditions particulièrement atroces le 16 mars 2003, n’a toutefois pas réussi à dissuader ces volontaires animés par leur foi, de maintenir leur présence en ces lieux qu’Israël veut fermer à tout regard en les déclarant « Closed military zones » (ce sont des villages et des villes Palestiniens).

Les volontaires devraient s’en aller ? Céder à la peur, laisser ces enfants livrés aux provocations des soldats ? Ce n’est tout simplement pas concevable ! Ils ne sont déjà pas assez nombreux. Sans leur présence humaine le sort des Palestiniens, isolés dans ces zones particulièrement martyrisées depuis 2000, ne serait-il pas été encore plus précaire ?

Au moment où Brian est tombé, où ils l’ont vu baignant dans son sang, le visage déchiqueté, ses jeunes camarades ont eu la lourde tâche de lui prodiguer les premiers soins.

Brian et son avocat,
le 28 février 2005

(Lisa Nessan)
Brian gît maintenant dans un hôpital. Il est hors de danger. Son beau visage est affreusement mutilé. Il ne parle pas, ne voit pas, mais il entend. A son réveil, après huit heures d’interventions chirurgicales lourdes, il a réalisé que son visage n’était plus son visage.

Son calvaire ne fait que commencer. Il devra subir de nombreuses opérations de chirurgie reconstructive. Il suscite l’admiration de ceux qui l’entourent avec angoisse.

Brian dès son arrivée, a pu constater avec effroi dans quel enfer Israël maintient le peuple palestinien. Il s’est investi avec courage et détermination. Il a voulu se rendre réellement utile.

On parle tous les jours, dans nos médias, du « conflit » israélo-palestinien. Mais mal. Ce que l’on nous en montre et dit fait toujours la part belle à Israël.

Il n’y a ni journalistes, ni fonctionnaires de l’ONU, ni ONG internationales, physiquement présents dans ces « Closed military areas ». Ils sont basés à Tel Aviv, Jérusalem, Ramallah.

Emprisonnés dans leurs villes et villages, les Palestiniens sont coupés du monde. Sortir dans la rue, marcher, se rendre au travail ou à l’école, des activités humaines banales n’importe où ailleurs, sont ici mortelles.

Dans cet univers invivable où les Palestiniens sont contraints de vivre, des êtres comme Brian, capables de s’indigner et de s’engager pour appeler à plus de justice, sont une véritable consolation.

Des êtres comme Brian ont pris sur eux d’accomplir ce que ni l’ONU ni aucune agence humanitaire internationale n’ont fait ! Ils ont brisé le couvre-feu, passé outre les ordres qui interdisaient, y compris à la Croix-Rouge, d’aller secourir les blessés et aller ramasser les cadavres.

Des gens comme Brian, ne font que leur devoir humain. N’est-ce pas là, la plus noble et la plus précieuse des solidarités ?

Silvia Cattori

Voir aussi :
The Brian Avery shooting : When will we realise that there can’t be this many "accidents" ?
Nigel Parry, The Electronic Intifada, 5 April 2003
http://electronicintifada.net/v2/article1336.shtml