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Une arme politique
L’antisémitisme tel un épouvantail

Les propos tenus par M. Cukierman, le président du "Conseil représentatif des institutions juives de France", sur les ondes de France Culture le 25 janvier 2003, m’ont profondément révoltée. Ce monsieur accuse ni plus ni moins ces « gens de gauche », ces "gauchistes" -c’est-à-dire de simples citoyens qui se sont rendu en Palestine mus par le devoir moral de protéger un peuple menacé dans son intégrité- d’incarner le nouveau visage de "l’antisémitisme". Cela confine à l’absurde.


Manifestation contre l’Apartheid israélien, le 10 avril 2003 à Hébron

Comme tout le monde ne le sait pas, "l’antisémitisme" est un délit punissable par la loi. Comprenez que, par ce genre d’amalgame, M. Cukierman entend bien évidemment véhiculer l’idée que les amis de la Palestine sont coupables, donc qu’attention, le tribunal n’est pas loin.

Vivant en Suisse, je ne connais pas ce Monsieur. Mais ses propos - qui ont pour dessein d’incriminer ceux qui dénoncent les crimes de l’armée Israélienne - sont écœurants. En cherchant à disqualifier par l’accusation "d’antisémitisme" toute personne qui ne considère pas les Palestiniens comme des criminels, mais des êtres dignes de protection, ce Monsieur se disqualifie lui-même.

Le Président du "Conseil représentatif des institutions juives de France" (CRIF) n’a pas peur des mots qui tuent, mais il a peur des vérités qui risquent d’éclabousser Israël.

En effet, ce recenseur méthodique des faits et gestes qui pourraient être supposés illicites à ses yeux, une menace pour la « communauté juive », se garde bien de considérer ce qui est objectif : qu’il y a, dans toute manifestation contre ce qui peut symboliser l’Etat d’Israël, un lien de cause à effet. L’occupation israélienne.

L’antisémitisme n’a rien à voir là dedans !

Ce Monsieur est un responsable communautaire ! Il fait mine d’ignorer que les protestations contre Israël, les graffitis contre les synagogues, surviennent et se multiplient durant les périodes où les offensives de l’armée israélienne, culminent en intensité et en violence. Violence étatique qui comporte une grande part de responsabilité dans l’enchaînement des réactions hostiles en Palestine et hors de Palestine.

L’intimidation intellectuelle, que l’accusation "d’antisémitisme" est censée produire, ne profite, cela va de soi, qu’à ceux qui ont intérêt au statu quo ; c’est-à-dire à ceux qui, en Israël, ont l’avantage des armes. Je parle bien sûr des colons fanatiques et des militaires qui persécutent les Palestiniens pour les déposséder de leur terre.

Tous les moyens sont bons pour permettre aux occupants israéliens de continuer à régner en maîtres sur la Palestine.

Israël est-il un Etat au dessus des lois dans la société des Nations ?
Peut-on blâmer les gens qui disent qu’une fois passé l’uniforme, tout Israélien peut être capable des pires atrocités ?

lsraël est un Etat qui doit pouvoir être critiqué comme n’importe quel autre Etat. Pourquoi s’en prendre à des honnêtes gens qui veulent témoigner de ses crimes ?

Je sais ce que peuvent éprouver de sentiments d’impuissance, de culpabilité et d’étouffement, ceux qui sont forcés à se taire, à cause de cette chape qui pèse sur eux, l’accusation d’antisémitisme, et de cette confusion entretenue auprès de l’opinion, par ces défenseurs d’une politique criminelle.

"L’antisémitisme", brandi tel un épouvantail, sert à museler les gens qui parlent trop fort. "Antisémite" José Bové ? Et ceux, qui comme lui, ont dénoncé les crimes dont ils ont été témoins ?

Exprimer sa colère contre l’arrogance d’un Etat, qui écrase un peuple sans défense, est chose légitime.

Nul ne peut plus ignorer où est l’ "antisémitisme". Il est en Israël ! Et ce sont les Palestiniens qui en font les frais.

Tout un chacun peut voir en Israël/Palestine, les colons juifs afficher leur supériorité sur tout ce qui n’est pas "juif", cultiver la haine de l’Arabe, tirer profit de la logique d’apartheid très sophistiquée qu’ils ont inventé.

En Israël les "antisémites" ne se comptent pas en une douzaine, mais en centaines de millier ! On les retrouve dans le parti ultras orthodoxe, les partis religieux, dans les organisations juives, dans l’ensemble de toute cette societé qui refuse de reconnaître les torts d’Israël.

Un Sud-africain rencontré à Hébron - une ville à l’agonie, qu’étranglent les colons juifs armés - nous disait qu’en comparaison avec «  l’apartheid israélien », l’apartheid qu’il avait connu en Afrique du Sud, avait quelque chose « de paradisiaque ».

C’est là où le bât blesse. Le fait que l’Etat d’Israël est basé sur les lois discriminatoires, ses soldats peuvent se montrer ouvertement racistes, assassiner des enfants arabes, sans craindre d’être traduits en justice ou d’être accusés de quoi que ce soit. [1]

Pourquoi ces deux poids deux mesures ?
Il faut le dire haut et fort : les gens sont plus nombreux qu’on ne le pense, à ne plus vouloir marcher dans cette manipulation de « l’antisémitisme ».

Qu’il soit juif, athée, chrétien ou musulman, tout un chacun a droit à la dignité, au respect, à la reconnaissance. Je ne vois pas pourquoi, ces organisations communautaires qui, comme le CRIF, demandent constamment reconnaissance pour les victimes du nazisme, peuvent refuser cette même reconnaissance aux victimes palestiniennes.

La vie d’un Palestinien n’a pas moins de valeur que la vie d’un Israélien.

Le "terrorisme" de l’Etat israélien, est chose infiniment plus grave que l’acte isolé d’un enfant - à qui l’on interdit un développement normal, un toit, une éducation, une vie d’enfant tout court - qui se transforme en bombe, de rage, de frustration, de désespoir.

S’attacher à protéger les Palestiniens ne peut pas être considéré comme un geste d’hostilité à l’égard des "Juifs".

On aime, on n’aime pas. On ne peut pas forcer les gens à aimer un pays, un gouvernement qui falsifie l’histoire et écrase plus faibles que lui, des soldats qui humilient. De même on ne peut se forcer à aimer ces fleurs vénéneuses, qui, comme Monsieur Finkielkraut, s’ingénient à couvrir les criminels.

On aime on n’aime pas. Si aimer les Palestiniens, et vouloir les secourir, c’est encourir le risque d’être traduit en justice pour antisémitisme, et bien soit. Nous sommes prêts.

En Palestine on rencontre malheureusement beaucoup, de soldats violents, fraîchement arrivés de Russie, d’Argentine, de France, emportés par la haine de l’Arabe.

Or qui sont les Palestiniens ? Un peuple spontanément accueillant, prêt à vous aimer, s’il se sent respecté. Un peuple qui n’exprime jamais de sentiment de haine contre les Israéliens. Les Palestiniens vous disent que ce n’est pas « les Juifs » (juif est la nationalité inscrite sur le passeport des Israéliens) qu’ils combattent, mais l’occupation militaire.

Les Israéliens qui vont chez les Palestiniens pour autre chose que pour les réprimer, qui y vont en ami, savent avec quelle gentillesse on les accueille.

Reste l’humiliation, qui est la raison profonde qui blesse la dignité des Palestiniens. La reconnaissance est un besoin profond pour toute société humaine. Les Palestiniens se battent pour elle, pour leur dignité. C’est notre devoir humain de les aider.

Leur "ghetto" s’appelle Naplouse, Jénine, Qalquilia, Tulkarem, Balata, Hébron, Rafah.

Le fait que les personnes de confession juive aient été les premières victimes du nazisme, ne les autorise pas à se venger contre les Palestiniens, qui eux n’y sont pour rien.

Les soldats israéliens ratissent, déportent, torturent. Ils exécutent de sang froid des Palestiniens inoffensifs à toute heure du jour et de la nuit, avec une préférence pour les jeunes garçons, il faut l’avouer.

Tout cela génère tant de souffrances ! Souffrances qui s’échappent des récits, qui comme une plainte, arrive quotidiennement jusqu’à nous. Ici c’est un professeur palestinien qui raconte :

"Les six ou sept jeunes, âgés je présume de 15 à 25 ans, ont été mis à genoux au bord de la route, les mains ligotées derrière le dos et les yeux bandés. On aurait dit qu’ils se sentaient préparés à être exécutés. Je peux te dire cher frère que ces jeunes-là, n’ont nullement été traités comme des hommes, ni comme des sous-hommes. Je n’ai même jamais entendu parler de gens qui auraient traité un animal de cette manière.
Les soldats les faisaient se lever à tour de rôle et leur donnaient des gifles et des coups de pieds avec une telle violence, une telle haine. L’un des soldats, qui devait être âgé de 19 à 20 ans, s’est approché de l’un des Palestiniens assis sur ses genoux, il lui a mis son pelvis à la hauteur du visage, puis il a ouvert la braguette faisant semblant de se préparer à lui pisser dessus. Pendant ce temps, toute la patrouille éclatait de rire. Tu sais, en 35 ans d’existence, je ne me souviens pas d’avoir éprouvé de tels sentiments de rage, d’humiliation, de colère et surtout d’impuissance. Et je me demandais ce que devaient ressentir ces jeunes à ce moment-ci (…) Je suis furieux, je l’admets. Maintenant tu en connais la raison. Mais je veux te rassurer : je suis loin d’être brisé. Nos enfants apprendront toujours à aimer la vie. Ils comprennent fort bien que c’est cela l’occupation, et ils apprendront à se défendre du mieux qu’ils le peuvent…(…)"

Je ne vois pas pourquoi ceux qui ont à cœur de dénoncer ce qu’ils ont vu d’effroyable en Palestine, doivent se voir accusés par ceux-là mêmes, ces complices d’Israël, qui ont du sang sur les mains.

Silvia Cattori



[1Quand on songe que depuis 1995 le Congrès Juif Mondial (CJM), flanqué de ses avocats new-yorkais, s’en est pris à des pays inoffensifs comme la Suisse, a fait de la Suisse sa cible préférée ! Hier, au sujet des "fonds" dits « en déshérence » ; aujourd’hui, pour tenter encore une fois de lui tordre le cou sur les liens commerciaux qu’elle aurait entretenu avec l’Afrique du Sud, on croit rêver ! Les autorités suisses ont fini par céder submergées par la culpabilité et la peur distillée par cette "épée de Damoclès". La Suisse a versé 1, 6 milliards de dollars, (en compensation des sommes dérisoires jamais retirées par les héritiers des victimes des camps nazis) pour des crimes contre l’humanité qu’elle n’a jamais commis. Alors que les crimes qu’Israël commet contre les Palestiniens, restent totalement impunis et sans compensation, ignorés de ces responsables du Congrès Juif Mondial


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- Anti-semitism like a scarecrow