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Une analyse de Pierre Khalaf
Syrie - Les États-Unis et leurs alliés font du surplace au Moyen-Orient

Les États-Unis et leurs alliés arabes ont reçu un camouflet dimanche, lorsque le Conseil ministériel de la Ligue arabe a ignoré la demande de déploiement de forces arabes en Syrie et a décidé de proroger d’un mois la mission des observateurs, au grand dam de l’Arabie saoudite et de l’opposition syrienne.

23 janvier 2012

Riyad a ainsi décidé de retirer ses observateurs déployés en Syrie et le Conseil national syrien –sous influence turco-occidentale- a rejeté la décision de la Ligue.

Ces développements traduisent les réels rapports de forces au Moyen-Orient que ni campagne médiatique ni intimidations verbales ne peuvent modifier. En effet, après le retrait de l’armée américaine d’Irak, l’Iran et la Syrie sont apparus comme les vainqueurs de la guerre des États-Unis. Bagdad n’a pas tardé à rejoindre l’axe de la Résistance.

Cette alliance se donne pour objectif de refouler l’influence d’Israël, de l’Arabie saoudite et de la Turquie, des leviers de la domination américaine au Moyen-Orient. Les amis de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie sur la scène internationale (les Brics), entendent mettre un terme au monde unipolaire qui a été à l’origine ces deux dernières décennies d’une quinzaine de guerre dévastatrices menées au nom de la démocratie et des droits de l’homme.
 
Sur le terrain en Syrie, Damas, Alep et la plupart des grandes villes –à part Homs- mènent une vie normale, malgré le rationnement de l’électricité causé par les sabotages des infrastructures menés par les groupes armés, et les sanctions européennes. L’autosuffisance alimentaire, le commerce ainsi que le soutien économique de la Russie, de l’Irak et de l’Iran atténuent l’effet de la crise, permettant à l’économie syrienne de résister.

Sur le plan militaire, les zones d’instabilité se limitent à des poches rebelles réparties dans quatre provinces : Homs, Hama, Idlib et Deraa. Les dix autres provinces restent relativement stables. Le retard dans la reprise des quartiers rebelles de Baba Amr et Bab Sbah, à Homs, découle de la volonté des autorités syriennes de ne pas heurter les positions arabes, de ne pas embarrasser la Russie au Conseil de sécurité, et, surtout, d’éviter les erreurs du passé.

Conscient des véritables rapports à l’intérieur de la Syrie qui ne sont pas du tout en faveur de l’opposition, l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, a proposé l’envoi de troupes arabes en Syrie « pour arrêter l’effusion de sang », alors qu’il finance l’armement des groupes extrémistes et leur accorde des tribunes politiques et médiatiques. Mais sur le terrain, les pays arabes ainsi que le Conseil de sécurité ne disposent d’aucun moyen pour forcer l’envoi de troupes arabes ou étrangères en Syrie.

A cet égard, le chef de la diplomatie russe a fixé le cadre dans lequel les puissances occidentales peuvent se mouvoir en espérant obtenir le soutien de Moscou. Au cours d’une conférence de presse à Moscou, Sergueï Lavrov a averti que la Russie était prête à user encore une fois de son droit de veto pour bloquer toute résolution dépassant les limites qu’elle a fixées pour gérer les dossiers syrien et iranien. « Nous ne soutiendrons aucune sanction contre Damas », a-t-il dit, ajoutant que tout Etat qui souhaite une intervention militaire en Syrie ne recevrait « aucun mandat du Conseil de sécurité de l’ONU ».

Si des États veulent « à tout prix recourir à la force, il est peu probable que nous puissions nous y opposer. Mais que cela reste à leur propre initiative et relève de leur conscience. Ils n’auront aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations unies », a ajouté le ministre russe des Affaires étrangères.

Le Conseil national syrien (CNS), parraîné par l’Occident, la Turquie, et les pétromonarchies du Golfe, ne dispose d’aucune stratégie, à part exiger une intervention militaire étrangère contre la Syrie, voire l’invasion du pays et l’établissement d’une zone d’une zone tampon protégée par une zone d’exclusion aérienne.

Les appels des Frères musulmans à l’invasion de la Syrie constitue un choix de guerre civile qui coupe la Syrie en deux camps irréconciliables et rallie actuellement la majorité silencieuse et les apolitiques au pouvoir.
Dans ce contexte, on voit mal comment l’Occident et ses alliés régionaux pourront réaliser leurs objectifs en Syrie et ailleurs.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 67, 23 janvier 2012.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.