écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Courrier adressé au quotidien Le Monde
Réflexion sur les manifestations en Russie

Un commentaire sur la Russie envoyé au quotidien Le Monde par Marc-Antoine Coppo le 29 décembre 2011, resté sans suite

1er janvier 2012

Réflexion sur les manifestations en Russie

Les nombreux articles (reportages et éditoriaux) que Le Monde a consacrés aux manifestations de protestation qui ont suivi les élections à la Douma du 4 décembre sont entachés d’un parti pris éhonté.

Si la formation Russie unie du Premier ministre Vladimir Poutine a été systématiquement qualifiée de « Parti des escrocs et des voleurs », la présence massive du principal parti d’opposition, le Parti communiste de Russie (KPRF), dans ces manifestations a été quasiment passée sous silence. Or, en dépit d’un score en très forte hausse frisant - officiellement - les 20%, le PC russe apparaît comme la principale victime du trucage des élections en Russie, ce qui n’a pas été relevé. En revanche, une importance disproportionnée a été accordée par Le Monde au point de vue de micro-organisations pro-occidentales telles que l’ONG Golos, le Parti Solidarnost de l’ancien vice-premier ministre libéral Boris Nemtsov, ou encore aux déclarations fracassantes du blogueur activiste "anti-corruption" Alexeï Navalny, aussi virulentes dans la contestation du pouvoir que numériquement peu représentatives.

S’il est de bon ton de déplorer l’état très préoccupant de la démocratie en Russie vingt ans après la disparition de l’Union soviétique, on semble avoir oublié que c’est Boris Eltsine qui, en dissolvant le Parlement russe au canon en octobre 1993 avec l’approbation tacite de l’Occident, a définitivement brisé les promesses de démocratisation nées six ans plus tôt de la perestroïka, par l’instauration d’un régime présidentiel autoritaire toujours en vigueur. C’est ce même Boris Eltsine qui, le premier, a usé de la fraude électorale pour se faire réélire à la présidence de la Russie en 1996 au détriment du communiste Guennadi Ziouganov, sans que personne n’y trouve à redire. Et c’est encore Eltsine qui a installé Vladimir Poutine au pouvoir fin 1999, ce dernier apparaissant à ses yeux (et à ceux de l’Occident) comme le meilleur rempart contre le retour des communistes.

Marc-Antoine Coppo - Universitaire
Nice, le 29 décembre 2011