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Une analyse de Pierre Khalaf
Les terroristes « pacifistes et démocrates » de l’Occident frappent en plein cœur de Damas

Les deux attentats-suicides de Damas, le vendredi 23 décembre, sont une preuve sanglante que la violence aveugle, qui est exclusivement imputée au pouvoir, est surtout l’œuvre des groupes extrémistes qui n’hésitent pas à frapper sous n’importe quelle forme, même au risque de faucher des dizaines de civils innocents.

27 décembre 2011

Si, depuis le début des troubles, la « répression » exercée par le régime est généreusement mise en évidence par les médias arabes et occidentaux qui diffusent en boucle les communiqués de l’opposition, celle des groupes extrémistes était systématiquement passée sous silence. Elle a pourtant fait quelque 2000 morts dans les rangs de l’armée et des forces de sécurité.

Au début, le monde occidental niait obstinément l’existence d’une fraction violente au sein de l’opposition. Maintenant, elle est admise, et les violences qu’elle commet sont imputées à des dissidents de l’armée.

Mais qui peut vérifier qu’il s’agit vraiment de soldats qui ont fait défection ou d’anciens jihadistes qui ont fait l’Irak dans les rangs d’Al-Qaïda. L’opposition syrienne se reconnait désormais une branche armée, appelée l’Armée syrienne libre. Une sorte d’étiquette ou de franchise, sous laquelle sont placés des dissidents, des jihadistes et des extrémistes musulmans d’obédience salafiste et wahhabite.

Les deux attentats ont d’ailleurs été revendiqués par les Frères musulmans de Syrie qui ont publié un communiqué sur leur site. Mais devant la gravité de cette revendication, le numéro 2 du mouvement a démenti sur la télévision satellitaire saoudienne Al-Arabiya tout lien avec les attentats. Mohammad Tayfour n’a pas trouvé de meilleure explication que d’accuser le régime d’avoir publié ce communiqué sur un site parallèle des Frères musulmans qu’il a créé à cette fin. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant d’évoquer ce soi-disant site usurpé ?

L’explication la plus plausible est que les Frères musulmans syriens sont tiraillés par plusieurs courants dont les plus extrémistes jugent normales et légitimes des actions violentes telles que celles perpétrées à Damas. Il faut rappeler que dans les années 1980, ce mouvement avait commis des dizaines d’attentats de ce type dans les grandes villes syriennes et que les chefs de l’aile militaire s’appelaient Mohammad Riad Chakfa et Mohammad Tayfour, qui sont à la tête de la confrérie aujourd’hui.

Les analyses les plus invraisemblables ont circulé, les plus extravagantes affirmant que le régime avait lui-même organisé ces attentats pour saboter la mission des observateurs arabes. Les auteurs de ce type d’explication suscitent une vraie pitié. Quel intérêt a le pouvoir syrien de frapper dans sa propre capitale qui le soutient et qui est calme depuis le début des troubles ? Quel intérêt a-t-il à prendre pour cible le quartier général des Renseignements généraux, son principal service de sécurité et le plus efficace ? De plus, si le régime voulait saboter la mission des observateurs, il se serait tout simplement abstenu de signer le protocole de coopération avec la Ligure arabe.

La vérité est ailleurs. Ce sont plutôt les arabes des États-Unis qui sont furieux de l’acceptation par Damas de l’initiative arabe, car leur véritable but est d’envoyer le dossier syrien au Conseil de sécurité pour internationaliser la crise dans le cadre d’un scénario semblable à celui de la Libye. Les déclarations des ministres saoudien et qatari des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal et Hamad Ben Jassem, visiblement irrités par la signature syrienne, en disent long sur leurs véritables intentions.

Le double attentat porte clairement l’empreinte d’Al-Qaïda. C’est le mode opératoire bien connu et expérimenté en Irak et ailleurs de l’organisation terroriste. De toute façon, le Liban avait informé, deux jours avant les attaques, les autorités syriennes de l’infiltration d’éléments d’Al-Qaïda à partir du village libanais de Ersal.

Le double attentat est intervenu au lendemain d’une cuisante défaite infligée aux groupes extrémistes par l’armée syrienne à Jabal Zawiya, où 17 villages ont été libérés de leur emprise, au prix de 300 tués dans leurs rangs.

Le double attentat-suicide à la voiture piégée perpétré vendredi à Damas a fait au moins 44 morts et quelque 170 blessés. Les explosions, qui ont eu lieu à 10h15, ont été entendues dans toute la ville. Elles ont « secoué la maison, c’était effrayant », a témoigné Nidal Hamidi, un journaliste syrien de 34 ans qui vit dans le quartier de Kfarsoussa.

Le général Rustom Ghazalé, qui dirige le département de renseignements militaires visé, a assuré que c’était la preuve d’un projet étranger contre la Syrie. « Nous le combattrons jusqu’à la dernière goutte de sang ».

D’après un responsable militaire, la charge explosive qui a visé le bâtiment de renseignements militaires, la plus forte des deux, était composée de plus de 300kg d’explosifs, tuant 15 personnes.

« Les premiers éléments d’enquête font porter la responsabilité sur Al-Qaïda », ont annoncé les autorités syriennes. Le Liban dit avoir prévenu Damas cette semaine que des éléments d’Al-Qaïda s’étaient infiltrés en territoire syrien, a déclaré vendredi un porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères.

Des milliers de Syriens ont scandé « Mort à l’Amérique » et brandi des portraits du président Bachar al-Assad samedi lors des obsèques des victimes du double attentat-suicide.

Les funérailles se sont transformées en rassemblements pro-Assad où des proches de victimes ont lancé des appels à la vengeance et condamné le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Hamad ben Jassem Al Thani, dont le pays est devenu un détracteur véhément d’Assad.

La foule, dans laquelle s’élevaient des drapeaux syriens et des banderoles à l’effigie d’Assad, scandait « On veut ta tête, Hamad », « Nous sacrifions nos âmes et notre sang pour toi, Bachar » ou encore « Dieu, la Syrie et Bachar, c’est tout ».

Les cercueils, enveloppés dans des drapeaux du pays, étaient alignés à l’intérieur de la Mosquée des Omeyyades, l’un des principaux sanctuaires de l’islam, qui date du VIIIe siècle. Sur beaucoup d’entre eux, on lisait « Inconnu ».

Des religieux musulmans et chrétiens ont pris part aux obsèques, placées sous la direction du grand dignitaire sunnite Saïd al-Bouti. La télévision nationale syrienne a retransmis des images en direct des processions funéraires.

Al-Bouti a déclaré que les auteurs des attentats étaient des ennemis « de l’humanité et de la religion », et il a accusé le Conseil national syrien d’y être impliqué. « C’est un cadeau de Bourhan Ghalioun (dirigeant du CNS) et de ses amis. Est-ce que les délégués de la Ligue arabe ont écarté les voiles qui leur couvraient les yeux afin de voir qui est le meurtrier et qui est la victime ? », a-t-il interrogé. « Pour qu’ils sachent que l’armée syrienne ne peut pas faire sauter d’oléoducs, qu’elle ne peut pas tuer les siens. »

Un Noël discret pour les chrétiens de Syrie

Les méfaits de l’opposition syrienne, qui promet liberté et démocratie, se font sentir avant même qu’elle n’accède au pouvoir. En effet, pour la première fois depuis très longtemps, les chrétiens de Syrie ont célébré les fêtes de fin d’année dans la plus grande discrétion. Pas de manifestations religieuses publiques, pas de prières en plein air non plus. Dans le quartier de Bab Touma à majorité chrétienne à Damas, les traditionnelles décorations de Noël ont disparu. Mais c’est dans la ville de Homs, où le quart des habitants sont chrétiens, que la situation est le plus dramatique.

A Homs, les groupes extrémistes ont instauré un climat de guerre civile, qui a fait plus de 5000 morts et blessés depuis le début des troubles. Des rapts et des liquidations à consonance confessionnelle y ont lieu presque tous les jours. Une cinquantaine de chrétiens et quatre fois plus d’alaouites ont été tués par des extrémistes sunnites en raison de leur appartenance religieuse. Ces mêmes extrémistes, regroupés sous l’ombrelle du Conseil national syrien, et auquel l’Occident accorde aides matérielles, soutien politique et tribune médiatique.

Des milliers de familles ont quitté la ville ces derniers jours pour célébrer Noël dans la vallée des chrétiens, le berceau du christianisme syrien, situé dans l’ouest du pays. Les églises étaient presque désertes à Homs. Seuls quelques rares fidèles y ont célébré la messe sous la protection de centaines de soldats et de policiers.

Voilà les premiers résultats de la pseudo-révolution soutenue et parraînée par les États-Unis et leurs vassaux européens, avec la contribution des Turcs et des Arabes du Golfe !

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 63, 26 décembre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth