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L’armée israélienne peut massacrer en toute tranquillité

Ce n’est pas parce qu’ils sont naturellement miséreux qu’ils sont si pauvres. C’est parce que l’occupant israélien leur a tout volé. Les Palestiniens, n’ont aucun droit. Aucun avenir. Israël les a dépossédés de tout ; il les maintient bouclés à l’intérieur de murs et grillages infranchissables, comme en cage, pendant que les colons de confession juive continuent d’aller s’installer comme bon leur semble sur leurs plus belles collines.

31 janvier 2004 | - : Israël Palestine

(IMEMC)

Ces colons de confession juive, faut-il le rappeler, bénéficient de tous les droits. Y compris le droit de tuer les natifs Palestiniens.

C’est une monstrueuse catastrophe.

Ce ne sont pas les trois quarts de la Palestine qu’Israël a mis en morceaux pour mieux l’avaler. C’est toute la Palestine.

Ce ne sont pas quelques milliers d’hommes qui ont été emprisonnés depuis les années 70 pour des périodes parfois très longues. Ce sont des centaines de milliers.

Ce ne sont pas des "terroristes", que l’armée israélienne exécute sommairement. Ce sont des hommes et des femmes qui aspirent, quoi de plus naturel, à vivre dignement et librement sur leurs terres. Et ce désir de vie et de liberté, qu’Israël leur refuse, suffit à faire d’eux des gens à éliminer.

Parmi les trucidés, un grand nombre d’enfants. Des enfants qui n’ont pas droit à une vie d’enfant, qui n’ont pas droit à l’éducation, qui n’ont pas droit à manger à leur faim, qui n’ont pas droit à une protection.

Si l’on veut connaître le vrai visage d’Israël, il faut aller du côté de Rafah, de Jénine, de Naplouse, de Balata, de Jabalyia, pour voir comment les soldats venus d’Israël vont jusqu’à s’amuser à faire siffler les balles et à tirer aux pieds, aux dessus de la tête des enfants, puis à les viser, à les tuer. Il faut voir comment ils s’y prennent pour les attirer dans une sorte de jeu de cache cache macabre.

Après quoi nul ne doit s’étonner quand ces enfants - qu’Israël a privé de tout, tiré vers la folie - arrivés à l’âge de l’adolescence, décident de leur propre mort, en faisant usage de leur pauvre corps comme d’une arme, pour se venger, venger d’autres morts qu’ils n’ont pas supportés.

Les actions "suicides" sont l’expression d’un désespoir. Des actions d’auto défense, d’effacement de soi ; une manière d’échapper à la brutalité de l’occupant.

Les Palestiniens ont déjà connu les pires horreurs tout au long de leur histoire. Mais durant ces mois de décembre et de janvier effroyables, l’armée israélienne leur a fait toucher le fond du fond.

Les habitants de Naplouse, du petit village de Beit Furik, des camps de réfugiés de Balata ou de Rafah, en savent quelque chose. Ils ont vu des bataillons de soldats entrer dans leurs quartiers, tirer au hasard sur des jeunes garçons qui s’enfuyaient, lancer des gaz toxiques sur des fillettes qui revenaient de l’école, tirer sur les équipes médicales pour les empêcher de secourir les blessés, tirer sur les caméramans qui voulaient filmer, tirer sur les cortèges de gens qui accompagnaient les dépouilles au cimetière. Ils ne se remettront sans doute jamais du stress traumatique subi durant ces cruelles invasions.

A l’hôpital de Rafidia, à Naplouse, les ambulances déchargeaient des blessés et des cadavres en continu. Nous avons croisés des femmes qui pleuraient en silence leurs pères, fils tués, blessés, arrêtés, jetés dans des convois comme du bétail. Des femmes qui évoquaient avec effroi les enfants sauvagement battus, des placards renversés, des échoppes que les soldats israéliens, après avoir tout saccagé, s’amusaient à incendier.

Israël peut massacrer les Palestiniens en toute tranquillité. Et ensuite, faire tourner sa machine de propagande pour dire à l’extérieur, qu’il agit en légitime défense. Or, nous n’aurons jamais fini de le répéter, toutes ces mesures répressives instaurées par Israël, sans cesse durcies, sont destinées à mettre les Palestiniens à bout, pour les inciter à partir.

« Où est le monde ? » était le cri lancé par la jeune Kelly [1], qui voulait les aider, les protéger, en ces heures effroyables où Israël terrorisait dans le district de Naplouse, des centaines de milliers d’innocents, sans que nul ne s’en émeuve au-dehors.

Au même moment à Genève la Suisse conviait 700 personnalités pour signer dans le faste, les Accords de Genève, dont personne ne voulait ici en Palestine, sauf Abed Rabbo, un homme corrompu qu’ici la majorité des gens considère comme un traitre. Des gens qui - déçu par ces hommes liés à une Autorité palestinienne plus soucieuse d’asseoir son pouvoir que de défendre l’intérêt collectif – sont de plus en plus nombreux à se rallier à des groupes qui n’ont pas renoncé à la résistance contre l’occupant.

Victimes de la violence israélienne - mais aussi de notre incompréhension - les Palestiniens qui font allégeance aux mouvements de résistance sont d’autant plus facilement combattus et massacrés, qu’ils sont trahis par ces autorités palestiniennes qui, comme Abed Rabbo, composent avec l’occupant.

Quand on entend avec quel aplomb les portes parole politiques et militaires israéliens falsifient les faits, on en demeure suffoqués. Ainsi le gouvernement israélien a choisi cette période de décembre 2003 où ses armées menaient une guerre d’une ampleur sans précédent contre les habitants de Naplouse, Balata, Rafah - alors que, du côté palestinien, il n’y avait eu aucun acte de résistance depuis deux mois - pour asséner que, si les Palestiniens ne cessaient pas les violences, ils allaient voir ce qu’ils allaient voir.

Chantages, mensonges, menaces. Tout est là, dans ce refus des autorités israéliennes de reconnaître ses torts et ses responsabilités dans sa politique de massacres et d’épuration ethnique depuis 1948.

C’est de cela que les Israéliens du "camp de la paix" biaisée, devraient se préoccuper sans tarder. Comment réparer les blessures que leurs autorités racistes ont infligées aux Palestiniens, sinon en rendant tout ce qu’il leur a été volé et en les autorisant, tous, tout de suite, à revenir chez eux ?

Il y a quelque chose d’indécent à voir ces nouveaux arrivants de confession juive, confortablement installés dans des maisons construites sur ces contrées bibliques volées aux Palestiniens – venus de France, de Russie, de partout - conquises par la force, et de voir qu’ils trouvent normal que les natifs du pays, qui agonisent dans des camps de réfugiés, dans des véritables ghettos, ne puissent plus revenir là, d’où ils les en ont chassés.

Comment ces derniers venus peuvent-ils décemment revendiquer le droit à vivre sur une terre volée, le droit au bien être, le droit à la sécurité pour eux, et exclure des millions de réfugiés Palestiniens de leur droit au retour sur leur terre originelle ?
C’est cela qu’il est troublant de constater. Cette habileté de l’occupant à ne pas laisser voir au monde ce qu’il y a aux fins fonds du problème. Gauche ou droite, colombe ou faucon, pacifiste ou réserviste, dans le secret de leur âme, les occupants sont dans une position qui n’est pas tenable du point de vue des Palestiniens ; quoiqu’il dise, tout Israélien participe de quelque chose d’innommable.

Le système de dépossession et de répression mis en place par l’armée d’occupation est d’une efficacité redoutable. Que les Palestiniens soient dans leurs quartiers, dans un taxi, dans leurs champs, leur vie est constamment menacée. C’est précisément l’objectif des dirigeants israéliens : créer un climat de folie totale, de terreur totale, d’insécurité totale ; empêcher la libre respiration et toute perspective d’avenir, pour forcer les Palestiniens à partir ou à se soumettre.

Mais de quel Etat démocratique et de quelle armée civilisée, morale, Israël peut-il encore se prévaloir ?

Il faut bien se mettre dans la tête que les soldats que l’Etat d’Israël envoi en Palestine ne sont pas une armée régulière qui se bat avec des combattants armés en face mais ce sont des opérations criminelles, hors toutes lois, toutes règles, contre un peuple désarmé qui essaye de résister comme il peut.

Le Tsahal, ce sont des réservistes, des soldats qui s’entrainent et testent leurs nouvelles armes sur des enfants et des villageois ; ce sont des soldats et des soldates aveuglés par la haine et le mépris de l’Arabe, qui font irruption dans leur camps - prisons, violent l’intimité de leurs foyers, tirent sur les hommes désarmés, pratiquent le kidnapping. Des hommes que l’on humilie et brise, et qui, après leur avoir fait subir toutes sortes de mauvais traitements en prison, à commencer par la torture dite du « sommeil », sortent psychiquement détruits, esquintés pour le restant de leurs jours.

La torture « du sommeil » consiste à les attacher à une chaise bancale spécialement conçue. Une chaise aux pieds plantés dans le sol de façon à ce que, quand les tortionnaires lâchent leurs coups pour empêcher le prisonnier de s’endormir, la chaise ne se renverse. La victime est empêchée de sommeil vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela peut durer des jours et des semaines, aussi longtemps qu’elle ne passera pas aux aveux. Ou, jusqu’à ce que, dans les cordes, la victime finisse par dire n’importe quoi, en échange d’une minute de sommeil.

Jour après jour, les Palestiniens en sont réduits à voir l’un des leurs se faire embarquer par les soldats ; les blessés mourir de blessures qui pourraient être soignées ; des enfants souffrir de ne pas manger à leur faim ; des familles entières jetées dehors, pendant que les soldats qui s’y installent, transforment leurs maisons en casernes, en latrines ; ou pire, les rasent complètement sous prétexte qu’elles cachent des « wanteds ».

Mais la vie revient sans cesse. Et c’est cela qui rend fous les tortionnaires israéliens qui n’arrivent pas à les mettre tous à genoux.

Les Palestiniens, quoi qu’Israël fasse pour les casser, demeurent stupéfiants d’endurance et de patience. Quand les soldats se retirent, ils se relèvent des ruines ; sans geindre ni s’attendrir sur leur sort, et retroussent leurs manches. La vie doit continuer. Enfin, le peu de vie.

Ils font comme si ces jours et ces nuits effroyables n’ont jamais existé. Les femmes balayent les souillures et les défécations que les soldats ont délibérément laissées sur leur passage. Les marchands remettent leur marchandise sur les étals. Et les enfants prennent le chemin des classes tandis que les "Wanteds" respirent un bol d’air.

Comment ne pas devenir fou dans ce contexte ? C’est sans doute cela qu’Israël vise : briser leur capacité à résister.

Il n’est pas trop tard pour rappeler à nos responsables politiques que, pendant qu’ils se taisent, les crimes de l’armée isralienne, contre un peuple sans défense, s’intensifient de manière très préoccupante en Palestine.

Silvia Cattori



[1Kelly fait partie de ces volontaires du Mouvement de solidarité international (ISM), qui assistent et accompagnent les populations parmi les plus exposées, privées du soutien et de l’aide matérielle internationale - hormis l’aide de l’UNWRA – parce que accusées à tort, d’appartenir au camp des extrémistes