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La Suisse couvre les activités illégales de la CIA
Prisons secrètes de la CIA en Europe

Le Conseil fédéral suisse disposait depuis novembre 2005 d’un document qui indiquait clairement l’existence de prisons de la CIA en Europe, mais n’a rien dit. Il s’agit d’un fax émanant du Ministère égyptien des affaires étrangères intercepté par les services de renseignements suisses.

Cette information, révélée le 8 janvier 2006 par le magazine suisse « Sonntags-Blick », apporte une nouvelle pièce au dossier des prisons secrètes de la CIA et les complicités d’Etat dans de nombreux pays européens.

Selon le Sonntag-Blick le fax intercepté par les services secrets suisses fait état de prisons de la CIA en Europe de l’Est ; son contenu apporte des indices supplémentaires sur l’existence de prisons secrètes en Europe. Prisons utilisées par les tortionnaires de la CIA pour y incarcérer et interroger des hommes kidnappés, empaquetés dans des sacs en plastique, transportés par avions cargos, sans aucune considération humaine, en dehors de toute juridiction.

Le fax égyptien fait état de l’interrogatoire, en septembre 2005, de 23 prisonniers afghans et irakiens, à la base militaire Mihail Kogalniceanu, à proximité du port de la mer noire de Constanza, en Roumanie.

Les autorités roumaines pourront-elles continuer de nier, comme elles l’ont fait jusqu’ici, la présence de prisons secrètes et de centre d’interrogatoires sur leur sol ?

Le Département de la défense suisse, qui avait eu connaissance de ce document dès mi-novembre, s’est bien gardé d’en informer le conseiller aux Etats Dick Marty, chargé, précisément par le Conseil de l’Europe, d’enquêter sur les prisons de la CIA.

M. Marty s’est plaint de cette rétention de l’information : « La Suisse a un comportement un peu analogue à celui de nombreux autres gouvernements européens dans cette affaire. Nombreux savent mais préfèrent détourner la tête ».

Comment est-il possible qu’un document classé secret par les services de renseignements du Département fédéral de la défense, soit arrivé entre les mains de journalistes, s’inquiète le Conseil fédéral ?

M. Dick Marti, de son côté, formule cette hypothèse : « Ce pourrait être tout simplement un fonctionnaire fédéral qui, face à ce à quoi l’on assiste en matière de violations des droits humains, a voulu faire un geste de responsabilité personnelle pour combattre ce phénomène ».

Dans l’immédiat la chasse a été lancée par le Conseil fédéral pour identifier la personne qui a transmis cette information « sensible » aux journalistes de Sonntags-Blick.

Silvia Cattori