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Un article de Nedal Hmedeh
L’approche française du Nouvel Irak et de la Future Syrie

« Je n’avais pas vu les responsables russes aussi furieux depuis la guerre contre la Géorgie », a déclaré un journaliste français citant le ministre français des Affaires étrangères.

13 décembre 2011


Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères

Le journaliste français était à bord d’un avion transportant le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, lors d’un de ses voyages à Moscou pour discuter de la question syrienne.

Lors de la guerre contre la Géorgie, le Président Nicolas Sarkozy avait été chargé d’une médiation au nom de l’Occident, pour l’arrêter, et pour stopper ainsi la marche russe vers la capitale géorgienne Tbilisi.

Le journaliste français a ajouté : « Depuis le début du soi-disant Printemps arabe, la diplomatie française vit avec une joie immense son retour sur la scène internationale comme une superpuissance militaire et un décideur politique ; la superpuissance qui traite de la question syrienne, en particulier depuis le mois de mai, en prenant acte du véto russe comme d’un fait. »

« Partant de là, la France procède à une escalade au niveau politique et diplomatique, en louchant vers la Turquie que l’Occident voudrait voir s’engager dans une bataille militaire contre la Syrie », a-t-il poursuivi.

Selon le journaliste, les Européens, qui n’aiment pas les Syriens, n’aiment pas non plus les Turcs, et ils pourraient se débarasser des deux ensemble.

Par ailleurs, tout le monde connaît la position française au sujet de la candidature turque à l’Union européenne, et les différends majeurs entre Sarkozy et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le dernier ayant été un échange de salves au sujet des massacres [perpétrés autrefois par la Turquie] en Arménie.

Le journaliste français a ajouté que « le désespoir occidental vis-à-vis de la Turquie a atteint un point critique la semaine dernière, à la suite d’une information circulant dans les cercles diplomatiques français selon laquelle la Turquie pourrait changer radicalement sa position vis-à-vis de la Syrie si la situation sécuritaire en Irak se détériore après le retrait des États-Unis. »

« Les Turcs ont peur d’un conflit sectaire dans lequel la région Irak-Kurdistan deviendrait la seule zone sûre. Cela favoriserait vraiment l’influence des Kurdes dans la région et faciliterait le processus vers leur indépendance, qui existe en pratique depuis 2003 ». Là s’arrêtent les commentaires du journaliste français.

Dans ce contexte, et compte tenu de la situation économique et sociale tendue en France et en Europe, il est impératif pour qui vit cette crise, de prendre note que des menaces d’intervention militaire en Syrie ne peuvent se matérialiser qu’au travers d’un processus de pressions politiques et psychologiques.

Toutefois, contrairement à ce qui s’est passé avec la guerre en Libye, il n’y a pas de réelle capacité à mener une guerre coûteuse, bien que l’Arabie Saoudite et le Qatar se soient portés volontaires pour en payer les frais ; néanmoins, les calculs de l’Occident vont au-delà des fantasmes de certains petits États du Golfe concernant la puissance actuelle de l’investissement.

Ainsi, l’approche française concernant la situation, après le retrait états-unien de l’Irak, de la Syrie, tient dans les dix points ci-après :

1- Considérer la position russe de « soutien à la Syrie » comme une réalité, en fonction de laquelle la France doit travailler et sur laquelle elle doit exercer une pression, de façon directe ou indirecte.
2- Travailler avec les Arabes et la Turquie pour limiter l’influence iranienne en Irak après le retrait des États-Unis, et empêcher une détérioration de la situation sécuritaire afin qu’elle ne se propage pas aux pays voisins, du Yémen au Liban et à l’Arabie Saoudite.
3- Traiter la montée en puissance des Frères Musulmans dans les pays arabes comme un intérêt stratégique occidental, particulièrement en ce qui concerne la limitation de l’influence iranienne en Irak.
4- La Turquie est le seul pays capable de mener une guerre terrestre en Syrie. Sans la coopération de la Turquie, on ne peut attendre aucun résultat.
5- La situation économique de la France et de l’Europe ne permet pas de lancer une guerre au Moyen-Orient, qui aura une incidence sur Israël et augmentera fortement les prix du pétrole.
6- La France n’enverra pas de troupes terrestres en Syrie, tout comme les États-Unis.
7- Le blocus économique est une politique à long terme dont la réussite exige la collaboration de l’Irak, du Liban et de la Jordanie.
8- La pression doit être mise sur l’Iran dans le dossier nucléaire afin d’entraver le soutien de Téhéran au régime d’Assad.
9- Éviter tout impact des évènements de Syrie sur le Liban, et ainsi neutraliser le Hezbollah, au moins pour l’instant, et le rassurer de façon à ne pas mettre sous pression le gouvernement Miqati.
10- Le travail sur les armes du Hezbollah doit commencer après la chute du régime en Syrie.

Nedal Hmedeh
Al-Manar, 9 décembre 2011.

Traduit de l’anglais pour silviacattori.net par JPH (13.12.2011)

Texte anglais (traduit de l’arabe par Eslam al-Rihani le 9.12.2011)
http://www.almanar.com.lb/english/adetails.php?eid=37546&cid=23&fromval=1&frid=23&seccatid=20&s1=1

Toutes les versions de cet article :
- France Approaches for New Iraq, Future Syria