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Courrier de lecteur envoyé à la revue Politis
Un débat biaisé sur la guerre de Libye dans Politis

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5 novembre 2011

Un débat biaisé sur la guerre de Libye dans Politis

Sous le titre “Fallait-il intervenir en Libye ?”, l’hedomadaire Politis (numéro 1174, p. 14-15) proposait cette semaine à ses lecteurs deux points de vue contrastés sur l’intervention occidentale en Libye. L’un émane de Jean-Pierre Filiu (Professeur à Sciences-Po) «  plutôt pour », l’autre de Patrick Haimzadeh (ancien diplomate à Tripoli) « plutôt contre ». En préambule, Politis prétend que les deux contributeurs au débat avancent l’un et l’autre des « arguments nuancés ».

Si cette présentation s’avère exacte en ce qui concerne Patrick Haimzadeh - qui nuance son propos en admettant l’idée d’une intervention militaire qui se serait limitée à la neutralisation des forces du colonel Kadhafi pour éviter la prise de Benghazi -, on cherche en vain la moindre trace de nuance dans l’argumentation, d’un manichéisme presque effrayant, de Jean-Pierre Filiu. Celui-ci reprend en effet entièrement à son compte, sans aucune distance critique, le récit fictionnel d’un despote assassin choisissant délibérément de « déchaîner la violence de sa répression armée contre des manifestants à main nues » dans le but de déclencher une guerre civile pour sauver son régime dictatorial.

Pire encore, Jean-Pierre Filiu assène d’emblée que toute autre interprétation des évènements que la sienne relèverait d’une réécriture de l’histoire ! Ce sont les faits « têtus et entêtants » point barre ! Il s’agit là, à l’évidence, d’une forme d’intimidation intellectuelle (chantage au révisionnisme) et le signe d’une fermeture d’esprit indigne d’un universitaire membre d’une prestigieuse institution telle que Sciences Po. La conclusion de Filiu en forme de maxime «  Plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin » résume assez bien son mode de raisonnement sans nuances.

C’est pourquoi je m’étonne qu’il ait pu échapper à la rédaction de Politis - qu’on a connue, en d’autres circonstances, autrement plus clairvoyante -, que l’argumentation de Jean-Pierre Filiu relevait en réalité d’une forme de propagande de guerre et que, tant sur le plan de l’information que de la réflexion, elle n’apportait rien au débat.

Marc-Antoine Coppo- Universitaire
Nice, le 4 novembre 2011