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Une analyse de Pierre Khalaf
Syrie : Une opposition divisée et faible, au service d’agendas extérieurs

Les réalités sur le terrain en Syrie montrent que les oppositions sont non seulement incapables de constituer une alternative au pouvoir actuel mais qu’elles défendent des agendas répondant aux intérêts de puissances régionales et internationales et non pas à ceux du peuple syrien.

31 octobre 2011

Les modestes rassemblements du vendredi 28 octobre, à l’appel de l’opposition, font pâle figue devant les millions de personnes (les agences de presse occidentales ont avancé le chiffre de centaines de milliers) descendues dans les rues de Damas, Alep, Hassaka, Soueida et Lattaquié, pour exprimer leur soutien au programme de réforme du président Bachar al-Assad et leur rejet total de toute ingérence étrangère dans les affaires de la Syrie. Ces manifestations monstres, organisées huit mois après le début des troubles, prouvent que le président conserve une très grande popularité en dépit des campagnes médiatiques impitoyables dont il est victime dans le but de ternir son image auprès de son peuple.

De plus, le nom donné par l’opposition à la mobilisation du 28 octobre est très éloquent : « le vendredi de la zone d’exclusion aérienne ». Un appel on ne peut plus clair à une intervention occidentale – de type libyen - contre le pays. Lorsqu’on lit la presse du Golfe, on comprend que l’action de l’opposition syrienne s’inscrit parfaitement dans le cadre de stratégies régionales qui n’ont rien à voir avec les réformes et la démocratisation de la Syrie. Le quotidien koweïtien Al-Qabas écrit que la Ligue arabe a averti qu’une intervention internationale serait inévitable si sa médiation visant à arrêter la violence échouait. Citant des sources arabes bien informées, Al-Qabas affirme : « Si une solution arabe échouait, la Syrie devrait s’attendre à une intervention étrangère et à un embargo économique. »

Face à ces menaces, le président Assad a rappelé dans une interview accordée au Sunday Telegraph britannique que la Syrie est un élément central dans la région :

« La Syrie est complètement différente de l’Égypte, de la Tunisie ou du Yémen. L’histoire est différente et la politique est différente. Les pays occidentaux vont faire monter la pression mais la Syrie est un élément central désormais dans la région. Il existe une ligne de faille et si vous jouez avec la Terre vous risquez de provoquer un séisme. Voulez-vous connaître un nouvel Afghanistan ou même des dizaines d’Afghanistan ? La Syrie n’hésitera pas à embraser toute la région. Si l’idée est de diviser la Syrie, cela reviendra à diviser toute la région.

Le gouvernement a commis de nombreuses erreurs au début de l’insurrection mais désormais la situation est en voie d’amélioration. Six jours après le début des manifestations, j’ai entamé des réformes. Lorsque nous avons commencé à annoncer des réformes, les problèmes ont commencé à décroître. La vague a commencé à refluer. Les gens ont commencé à soutenir le gouvernement. Le rythme des réformes n’est pas trop lent. Envisager l’avenir exige de la réflexion. Il ne faut pas plus de 15 secondes pour signer une loi, mais si celle-ci ne convient pas à notre société, on ne fait qu’ajouter aux divisions. Nous combattons les Frères musulmans depuis les années 50 et nous continuons d’être en lutte. »

Pour alimenter la machine infernale médiatique, les oppositions syriennes et leurs mentors étrangers ont eu une nouvelle fois recours au mensonge. Un amalgame a été fait en affirmant que les extrémistes armés tués lors d’attaques contre l’Armée sont des manifestants tombés sous les balles des forces de l’ordre. Pourtant, aucun manifestant pacifique n’a été tué le 28 octobre et tous ceux qui sont morts participaient à des attaques ou des embuscades contre les troupes régulières.

Pendant ce temps, de profondes divisions continuent d’apparaître dans les rangs du Conseil national syrien d’Istanbul (CNS), créé à l’initiative des services de renseignements turcs et américains. Les Kurdes membres de ce rassemblement ont publié un communiqué dénonçant les déclarations de responsables de ce Conseil qualifiant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’organisation « terroriste ». Ensuite, une lutte de pouvoir oppose le président du CNS, Burhan Ghalioun, et l’opposant Haitham el-Maleh, chacun d’eux souhaitant être le chef. Les différends sont tellement graves que les Turcs et les Qataris sont intervenus avec vigueur pour empêcher qu’ils ne dégénèrent en rupture totale.

Enfin, le dénommé Mohammad Rahhal, chef autoproclamé des « Comités de coordination de la révolution », a reconnu que quatre groupes armés relevant de l’opposition sont actifs sur le terrain en Syrie. Il a avoué que des hommes armés se glissent parmi les manifestants depuis le début des troubles en mars, ce qui conforte la thèse du gouvernement syrien qui affirme que des hommes armés infiltrent les manifestations pacifiques et tirent sur les forces de l’ordre pour provoquer des ripostes et faire couler le sang.

D’autre part, les opposants de l’extérieur ont violemment critiqué l’opposant Michel Kilo pour avoir écrit un article appelant ses collègues à réfléchir à la possibilité de participer à un dialogue avec le gouvernement dans le but de mettre en œuvre les réformes et sortir le pays de l’impasse.

La crise syrienne semble désormais gouvernée par le principe du dernier quart d’heure. L’opposition téléguidée de l’extérieur se dirige à grand pas vers le terrorisme et le sectarisme, avec la multiplication des enlèvements et des liquidations à caractère confessionnel, notamment dans la région de Homs. Alors que la majorité du peuple soutien le président et l’armée, Une armée engagée depuis trois jours dans une vaste opération à Homs pour débarrasser la région de la terreur exercée par des extrémistes islamistes, armés et financées par la Turquie et le Qatar, pour le compte des États-Unis et d’Israël.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 55, 31 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.