écrits politiques

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Une analyse de Pierre Khalaf
Que se passe-t-il dans la Syrie réelle ?

L’État syrien multiplie les efforts pour traquer les groupes terroristes et démanteler les milices opposantes, notamment celles qui relèvent du Conseil d’Istanbul, qui a une nouvelle fois rejeté les appels au dialogue, pariant sur une intervention militaire étrangère qui l’installerait au pouvoir.

24 octobre 2011

Vendredi 21 octobre, les oppositions syriennes ont une nouvelle fois échoué dans la mobilisation populaire, alors que les crimes perpétrés par les groupes extrémistes se poursuivaient, particulièrement dans la région de Homs.

Il est clair que nous assistons à un essoufflement des manifestants, selon les courbes de comparaison établies par les services concernés en Syrie et par des observateurs occidentaux indépendants. Ils n’étaient pas plus de 26 000 contestataires, ce qui est peu au regard des 23 millions de Syriens mais, surtout, si l’on connait les moyens financiers et médiatiques colossaux déployés pour mobiliser les foules.

Le pari des manifestations géantes est perdu, mais les tentatives d’isolement régionales et internationales de la Syrie se poursuivent, sans plus de succès non plus. En effet, toute la fortune de l’émir du Qatar n’a pas suffit pour pousser les représentants des pays membres de la Ligue arabe à accepter de suspendre la participation de Damas à cette institution. La Syrie a encore de nombreux alliés et appuis qui ne conçoivent pas une Ligue arabe sans elle. Et en acceptant de recevoir le comité de médiation présidé par le Qatar, Damas a torpillé les tentatives visant à l’embarrasser pour le pousser à rejeter l’initiative arabe, ce qui justifierait une plus grande internationalisation de la crise.

L’Occident est convaincu que la déstabilisation de la Syrie est sa dernière carte contre l’axe de la Résistance qu’il n’a pas été possible de briser ni avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, ni au Liban toujours, en 2006, avec la guerre israélienne, ni à Gaza pendant l’hiver 2008-2009.

Sept mois après le début des troubles en Syrie, il n’a pas encore réussi à renverser le régime ni à affaiblir ses institutions militaires et sécuritaires. Alors l’Occident croit pouvoir utiliser pour l’isoler et l’affaiblir tantôt la Ligue arabe, tantôt la Turquie. Mais ce plan sera un échec cuisant, d’une part parce que la Syrie est un bastion de la Ligue arabe, et, d’autre part, parce que le régime résiste à toutes les pressions externes et internes. Sa priorité pour les semaines à venir est de démanteler les groupes terroristes, grâce à des opérations spéciales menées par des troupes délites pour éviter le maximum de pertes civiles, et la poursuite des réformes politiques du système dont le premier grand rendez-vous est en décembre, avec les élections locales.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 54, 24 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.