écrits politiques

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Chrétiens d’Orient menacés
Mgr Béchara Raï : « Il ne faut pas refaire en Syrie ce qu’on a fait en Irak »

Extraits d’une interview accordée à l’hebdomadaire libanais Magazine, le 14 octobre 2011, par Mgr Béchara Raï, Patriarche de l’Église maronite.

17 octobre 2011


« La conjoncture politique et sécuritaire, la montée du fondamentalisme, la guerre et la violence menacent les chrétiens d’Orient. Le dernier exemple en date, c’est ce qui s’est passé tout récemment en Irak. Alors qu’ils étaient en train de prier en famille, ils ont été massacrés et des universitaires ont été assassinés sans raison. La situation est la même en Egypte. Aujourd’hui, toutes les parties sont menacées en Orient mais les chrétiens sont particulièrement victimes de cette violence. Leur présence est menacée aussi faute de la situation économique. Résultat : le Moyen-Orient se vide petit à petit de ses chrétiens. Pourtant, ces derniers ont un grand rôle à jouer dans l’enrichissement des cultures et des civilisations dans cette région. Je tiens à rappeler d’ailleurs qu’ils sont là depuis la naissance du Christ (…) Les chrétiens, citoyens originaires de cette région, ont des droits fondamentaux, de citoyenneté, de liberté d’esprit et de culte (…) L’Eglise ne soutient aucun régime politique. Elle n’est contre aucun parti mais contre la guerre, la violence quelle que soit sa source, que ça soit celle des dirigeants politiques ou celle d’un peuple qui l’utilise. Nous sommes avec les réformes politiques, partout, dans tous les pays arabes et avec les libertés publiques. Nous sommes avec les réformes en Syrie, mais pas avec la violence et la guerre. J’ai donné l’exemple de l’Irak, où, en voulant instaurer la démocratie, ça a dégénéré en une guerre civile entre sunnites et chiites, et un million de chrétiens ont été chassés alors qu’il y avait un million et demi. J’ai donc attiré l’attention qu’il ne faut pas refaire en Syrie ce qu’on a fait en Irak. Avec une transition de pouvoir, on peut passer d’un régime dictatorial à un qui est pire encore, parce qu’il y a dans les pays arabes, une croissance des groupes fondamentalistes qui sont financés par des Etats armés et organisés. S’ils arrivent au pouvoir en Syrie, ça sera pire encore. En Syrie, si un changement de régime survient, probablement pour se défendre, les alaouites déclareront leur Etat que la communauté internationale reconnaîtra. Cela veut dire que le projet du Nouveau Moyen-Orient qui est la partition des pays arabes commencera à être exécuté. »