écrits politiques

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Une analyse de Pierre Khalaf
Syrie : Manipulation médiatique et pressions politiques

En dépit du recul du mouvement de contestation, de la baisse de la mobilisation et de la faiblesse de l’opposition, les médias occidentaux et ceux des pays du Golfe continuent de couvrir les événements en Syrie comme si rien n’avait changé en six mois.
Ces médias continuent d’amplifier le nombre de manifestants et de passer en boucle des images souvent piochées dans les archives ou venant d’autres pays et attribuées à la Syrie.

17 octobre 2011

Dans le même temps, ils passent sous silence, ou accordent une timide couverture, aux manifestations monstres de soutien au président Bachar al-Assad, comme celles qui ont rassemblé des centaines de milliers de personne –de l’avis des agences de presse internationales-, mardi 11 octobre à Damas et dans d’autres villes.

De même que ces médias font un amalgame entre les extrémistes tués par les forces de l’ordre dans des attaques armées et des embuscades, et les rares manifestants tombés sous les balles, dont on ignore d’ailleurs souvent la véritable origine.

Ils pratiquent une diabolisation à outrance, utilisent un vocable dégradant pour parler des forces de sécurité syriennes en les assimilant à des « milices pro-gouvernementales ». Ce sont pourtant des centaines de soldats et d’officiers qui ont été tués depuis le début des troubles, et tous les jours, de nouvelles victimes tombent dans les rangs des forces armées.

Enfin, ces médias ignorent complètement les réformes entamées par le pouvoir en Syrie, qui devraient commencer à se concrétiser dès décembre avec des élections locales, pour se poursuivre en février 2012 par des élections législatives, avec la participation de nouveaux partis dont 11 ont été autorisés depuis la promulgation de la loi sur le multipartisme. Entretemps, une nouvelle Constitution aura été rédigée, mais cela ne semble nullement intéresser les « défenseurs de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme ».

L’entêtement de l’Occident et de ses médias auxiliaire à vouloir sur-dramatiser la situation en Syrie vise à justifier la poursuite des pressions politiques et diplomatiques à tous les échelons. Le dernier épisode en date est la réunion urgente du conseil ministériel de la Ligue arabe à la demande des États du Golfe, dimanche 16 octobre, pour tenter d’isoler la Syrie. Le but ultime étant de fournir des arguments aux Occidentaux afin qu’ils puissent reprendre leur offensive diplomatique au Conseil de sécurité, freinée par le double véto sino-russe.

Le comble est que des émirats immensément riches, gouvernés par des familles, et des pétromonarchies qui ne disposent même pas d’une Constitution et où les femmes sont privées de leurs droits les plus élémentaires, s’érigent en défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme. Sous l’œil hypocrite de l’Occident.

Mais comme dit le proverbe arabe : les mensonges ont la vie courte.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 53, 17 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.