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Le Monde diplomatique pris au piège de la guerre de Libye ?

Commentaire sur l’éditorial du numéro d’avril du Monde diplomatique intitulé "Les pièges d’une guerre"
Par Marc-Antoine Coppo - 15 avril 2011

26 mai 2011

Le titre de l’éditorial de Serge Halimi « Les pièges d’une guerre » est
trompeur : à sa lecture, on cherche en vain dans quel « piège » pourrait
bien tomber la Libye en raison de cette guerre (par exemple une
partition de facto du pays, ou pire encore un chaos « à la somalienne » ou
bien une « afghanisation » ?).

Les conséquences négatives de l’intervention armée occidentale en soutien à l’insurrection libyenne ne sont pas envisagées sérieusement dans l’article, sinon au détour d’une seule phrase d’ailleurs assez vague : « L’intervention militaire franco-anglo-américaine menace de faire d’eux les obligés de puissances qui ne se sont jamais souciées de leur liberté ». Une «  menace » qui apparaît presque comme un moindre mal par rapport à ce qui attend désormais la Libye, d’autant plus que Serge Halimi croit voir dans la résolution 1973 des « possibilités inexplorées » qui relèvent d’une espérance naïve : les avoirs financiers gelés de l’Etat libyen seront ultérieurement remis à la disposition du peuple ! Gageons que ces belles résolutions resteront lettres mortes une fois que les rebelles libyens
auront été installés au pouvoir à Tripoli.

La majeure partie de l’article de Serge Halimi est en réalité consacrée
à une très (trop) sévère critique des dirigeants du Venezuela, de Cuba,
du Nicaragua et de la Bolivie, coupables aux yeux du directeur du Monde
diplomatique d’avoir « gobé » (et relayé) la propagande pseudo-anti-impérialiste du régime du colonel Kadhafi. C’est bien là que
semble résider le véritable « piège » aux yeux de Serge Halimi :
défendre le régime du colonel Kadhafi par solidarité anti-impérialiste
 ! Le président Hugo Chavez est particulièrement éreinté par Serge
Halimi qui lui reproche notamment d’avoir «  raté l’occasion de présenter
les révoltes du continent africain comme les petits frères des
mouvements de gauche latino-américains qu’il connaît bien
 », et aussi de
ne rien connaître à l’Afrique sinon par le truchement ... du colonel
Kafhafi. C’est tout juste si, dans sa hâte à fustiger MM. Castro et
Chavez, Serge Halimi ne leur reproche pas de ne pas avoir reconnu en
Bernard-Henri Lévy le fils spirituel d’Ernesto Guevara ...

C’est pourquoi il me semble que l’éditorial faussement balancé de Serge
Halimi aurait dû s’intituler dans le style ampoulé cher au Monde
diplomatique « Coupable myopie des dirigeants de la gauche
latino-américaine »
plutôt que « Les pièges d’une guerre ».

Marc-Antoine Coppo - Universitaire
Nice, le 15 avril 2011