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Une analyse de Pierre Khalaf
Dans sa décadence, le haririsme s’en prend à l’armé et au grand mufti de la République

La campagne politique et médiatique féroce qu’a lancée le Courant du Futur de Saad Hariri contre l’Armée libanaise et le grand mufti sunnite de la République, illustre la décadence politique d’un mouvement qui a dirigé le Liban pendant 20 ans après la fin de la guerre civile et la conclusion de l’accord de Taef.

5 septembre 2011 | - : Liban


Saad Hariri

Ce courant s’élance sans frein, la tête devant, en brisant des limites et en violant des principes politiques et moraux que son fondateur, Rafic Hariri, avait fixés pour être en phase avec les habitudes et les spécificités libanaises.

Le mufti Mohammad Rachid Kabbani a offert pendant 20 ans une précieuse couverture politique et morale au haririsme et a respecté une vieille tradition qui voulait que Dar el-Fatwa (le siège des muftis) reste aux cotés du Premier ministre (qui est toujours sunnite au Liban). Ces six dernières années, cheikh Kabbani s’est mis en porte-à-faux avec de grandes figures de la communauté sunnite pour défendre Saad Hariri et avant lui Fouad Siniora. Il a fourni un filet protecteur communautaire à des personnalités sunnites qui ont commis des crimes impardonnables contre la patrie, comme le député actuel Ahmad Fatfat, qui a ordonné aux forces militaires au Liban-Sud, alors qu’il était ministre de l’Intérieur lors de la guerre de 2006, d’ouvrir la caserne de Marjeyoun à l’armée israélienne et d’offrir du thé aux officiers ennemis.

Lorsqu’aujourd’hui, cheikh Kabbani, fidèle à la tradition, veut rester proche du nouveau Premier ministre et lui assurer une protection politique et morale en sa qualité de plus haut responsable sunnite dans un système basé sur le « confessionnalisme politique », il est critiqué, boycotté et qualifié de « traitre » par le Courant du futur. Le parti de Saad Hariri avait d’ailleurs eu la même attitude peu chevaleresque à l’égard de Najib Mikati après sa nomination au poste de Premier ministre.

La campagne contre l’Armée libanaise illustre, pour sa part, la mentalité milicienne et antiétatique du Courant du futur. Ces six dernières années, le masque du « parti civilisé tournée vers l’action politique et éducative » était tombé, quand les hordes armées de ce mouvement ont sévi partout au Liban. Mais en s’attaquant à l’armée, les haririens commettent une grave erreur politique car le principal vivier de l’institution militaire se trouve dans les régions sunnites pauvres, de tout temps délaissées par le Courant du futur, notamment le Akkar, au Nord, la Bekaa-Ouest et l’Iqlim el-Kharroub, au Mont-Liban.

Dans sa chute, le discours décadent du Courant du futur ressemble de plus en plus à ceux des groupuscules extrémistes sunnites d’affiliation al-Qaida, comme Jund el-Cham et Fateh el-Islam, qu’il a d’ailleurs contribué à financer. Ce comportement qui frôle l’hystérie est sans doute dû au fait que les promesses états-uniennes sur l’imminence de la chute du régime syrien ne se sont toujours pas réalisées et ne se réaliseront pas de sitôt, alors qu’il s’est impliqué à tous les niveaux dans le plan de déstabilisation de la Syrie.

La virulence des campagnes contre Najib Mikati et l’armée s’expliquent par le refus du Premier ministre et de l’institution militaire de cautionner ce plan. Bien au contraire, de par son attitude politique, Mikati a assuré une couverture solide à l’armée qui tente d’empêcher que le Liban ne soit transformé en rampe de lancement contre la Syrie. Au grand dam de Marwan Hamadé et Johnny Abdo, inventeur de cette théorie de rampe de lancement qui avait pour objectif de compléter, avec l’aide de Jacques Chirac, le complot commencé avec l’assassinat de Rafic Hariri, et qui visait à ancrer solidement le Liban au camp israélo-américain.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 47, 5 septembre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

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- Collapse of Harirism affects Dar al-Fatwa and the army