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Une analyse de Pierre Khalaf
Les contras syriens à pied d’œuvre

Tout observateur honnête aura constaté que la mobilisation des contestataires le dernier vendredi en Syrie frôlait le ridicule. Pas plus de 10 000 personnes ont répondu dans l’ensemble de la Syrie à l’appel à manifester, placé sous l’intitulé « La mort plutôt que l’humiliation ». La couverture médiatique de ces modestes rassemblements était inversement proportionnelle au nombre des participants.

5 septembre 2011

La tactique des agitateurs est d’organiser des rassemblements dans des villages lointains « pour la photo », afin de donner l’impression que la « révolution » se poursuit, alors qu’il n’est plus un secret pour personne que les grandes villes comme Damas, Alep, Hassaka, Raqqa et d’autres encore, refusent obstinément de participer à la déstabilisation du pays.

En revanche, les extrémistes armés restent actifs dans de nombreuses régions, notamment à Homs, au centre, certains villages de la province de Daraa, au Sud et Deir Ezzor à l’Est. Pas plus tard que dimanche, six militaires, dont un officier et trois fonctionnaires civils ont été tués dans une embuscade tendue dans le centre du pays. Même l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui est la principale source des médias occidentaux, a reconnu que pendant le mois du Ramadan, 500 personnes ont été tuées en Syrie, dont 113 militaires.

Ces groupes armées qui tuent, kidnappent, sabotent et détruisent, ressemblent en tout point aux tristement célèbres Contras, créés, entrainés et financés par la CIA, dans les années 80, pour déstabiliser le Nicaragua.

En donnant l’impression que la mobilisation reste forte et en alimentant les violences, ces groupes extrémistes veulent préparer le terrain à une intervention étrangère contre leur propre pays. Ils pavent la voie à un renforcement des sanctions dans l’espoir d’affaiblir le pouvoir central et faciliter une action militaire de l’Otan via la Turquie. La finalité étant de créer les conditions favorables à une répétition du scénario libyen en Syrie.

Mais ces équations sont basées sur de faux calculs. Tout d’abord, le pouvoir syrien reste soudé dans chacune de ses composantes, notamment l’armée, les services de sécurité et le corps diplomatique. Il dispose d’un solide soutien populaire qui s’est déjà manifesté à plusieurs reprises avec le refus des grandes villes de prendre part au mouvement de contestation et les millions de personnes qui sont descendues dans la rue pour exprimer leur soutien au président Bachar el-Assad.

Ensuite, le régime a entamé des réformes selon un calendrier national qui ne prend pas en compte les exigences et les intérêts des occidentaux. Ce qui explique la colère des ces derniers.

Enfin, la Syrie continue de jouir de forts soutiens sur la scène internationale. Pas plus tard que dimanche, le ministre russe des Affaires étrangères a assuré que les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) refusent la réédition en Syrie du scénario libyen. Serguei Lavrov a accusé l’Occident d’encourager l’opposition syrienne à refuser le dialogue avec le pouvoir dans le but de déstabiliser le pays.

Dans ce contexte, il est clair que les États-Unis et leurs agents européens et arabes devront attendre longtemps avant de voir le régime syrien faiblir et céder à leurs menaces et autres intimidations.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 47, 5 septembre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.