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Une analyse de Pierre Khalaf
Israël face à la nouvelle donne

L’opération d’Eilat, qui a fait huit morts côté israélien le 19 août dernier, suivi de la mort de cinq policiers égyptiens tués par des tirs israéliens à la frontière, marque sans doute un tournant dans les relations égypto-israéliennes.

29 août 2011

Désormais, l’État hébreu va devoir composer avec une Égypte post-Moubarak et des frontières moins sures avec le Sinaï, susceptibles de se transformer en poudrière à n’importe quel moment.

Le cabinet israélien a renoncé à lancer une offensive terrestre à Gaza, par crainte de déclencher des manifestations de masse en Egypte, qui pourraient déstabiliser le régime en place au Caire. D’ailleurs, dès que la nouvelle de la mort de cinq policiers égyptiens a été connue, des milliers d’Égyptiens se sont rassemblés dans les rues du Caire. D’autres ont brûlé le drapeau de l’État hébreu et demandé l’expulsion de l’ambassadeur.

Du côté du nouveau pouvoir égyptien, les réactions sont tombées plus fermes que lors de l’ère Moubarak. Le Premier ministre Issam Charaf a affirmé que « le sang de l’égyptien est trop cher pour être versé sans réponse ». « Notre glorieuse révolution a eu lieu pour que l’Égyptien puisse regagner sa dignité à l’intérieur, comme à l’extérieur et ce qui était accepté dans l’Égypte d’avant la révolution, ne le sera plus dans l’Égypte d’après la révolution » a-t-il encore martelé.

Le ton de l’Égypte post-Moubarak s’avère donc plus ferme qu’auparavant. De même, alors que des responsables israéliens, ainsi que la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, pointaient du doigt l’incapacité de l’Égypte à contrôler efficacement ses frontières, la réponse ne s’est pas fait attendre. « La sécurité de la frontière égypto-israélienne est la responsabilité commune des deux parties et non de la seule Égypte », a répondu le gouvernement.

Cette première crise diplomatique dans l’Égypte post-Moubarak, met en lumière la nouvelle donne face à laquelle se trouve Israël. Pour Ouzi Rabi, directeur du centre de recherches au département des Etudes orientales à l’université de Tel-Aviv, l’occasion est toute trouvée pour les Égyptiens. L’Égypte ne manquera pas l’occasion de rééduquer Israël.

C’est également une façon de montrer en Égypte et au Moyen-Orient plus généralement, dans la rue arabe, dans la rue musulmane, que le leadership égyptien sait durcir le ton quand il s’agit de politique régionale, et en particulier relative à Israël. L’Égypte ne reviendra pas à ce qu’elle était sous l’ère Moubarak. C’est la leçon qu’Israël doit tirer de cet incident. Le Moyen-Orient va irrémédiablement prendre un autre visage.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 46, 29 août 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.