écrits politiques

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Les gouvernements ont-ils peur d’Israël ?
La diplomatie suisse doit défendre le droit international

Les propos tenus par la présidente de la Confédération helvétique Micheline Calmy Rey, à Genève, le 26 avril 2007, en présence du président palestinien Mahmoud Abbas, invité à l’inauguration de l’exposition "Gaza à la croisée des civilisations", ne sont-ils pas susceptibles d’accréditer une vision totalement biaisée de la réalité ?

Quand Mme Calmy-Rey déclare : « La Suisse déplore la reprise de la violence dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, elle invite les parties à poursuivre dans la voie du dialogue et à s’abstenir de toute action fragilisant le cessez-le-feu à Gaza », ne met-elle pas volontairement le bourreau et la victime sur le même plan, comme s’il s’agissait-là d’une guerre entre deux Etats, alors qu’il s’agit d’actes de sauvageries, de massacres perpétrés sans discontinuer depuis 1948 par les gouvernements d’un Etat colonial militairement et économiquement fort, contre un peuple -les Palestiniens- totalement démuni, qui n’a ni Etat, ni armée, ni aucun moyen de se défendre ?

Pourquoi cette manière symétrique de présenter des situations qui sont asymétriques ? Pourquoi ce déni d’une situation injuste et déséquilibrée pour les Palestiniens qu’Israël maintien sous occupation ?

En écoutant Mme Calmy Rey, je me suis souvenue des réflexions du professeur Bertrand Badie [1], au sujet de "ce discours qui l’étonnait beaucoup" quand les politiques se réfèrent au conflit israélo-palestinien. Discours qui consiste à dire : "Il faut que chacun fasse preuve de bonne volonté. Il faut que chacun y mette du sien. Il faut que chacun fasse un pas vers l’autre. Il faut, d’une part qu’Israël soit plus modéré, mais il faut aussi que les Palestiniens renoncent à la violence (…)" Et M. Badie d’ajouter : "On ne peut pas demander la même chose, en grammaire des relations internationales, si vous me permettez l’expression, à un Etat, et à un non-Etat. On ne peut pas demander la même chose à quelqu’un qui a tout et à quelqu’un qui n’a rien. Et ceci est extraordinairement dangereux. Car c’est une source de violence, de radicalisation de la violence, qui est fort préoccupante »

Le rôle de la Suisse, détentrice des Conventions de Genève, ne serait-il pas de dire le vrai, d’éviter de participer de cette fausse symétrie, mais d’exiger avant toute chose le respect de ces Conventions par la puissance occupante, d’appeler au respect des nombreuses résolutions de l’ONU exigeant, notamment, le retrait d’Israël des "Territoires occupés" ?

Mme Calmy Rey a déclaré avoir discuté avec M. Abbas "de la manière d’intégrer "l’Initiative de Genève" dans le cadre du plan de paix de la Ligue arabe".

En réalité cette Initiative de Genève, baptisée également au moment de sa signature "Accord de Genève", présentée en 2003 comme un "tournant historique", est calquée ni plus ni moins sur la structure des "Accords d’OSLO" qui ont prouvé qu’aucune initiative de paix, qu’aucune négociations, ne peut amener à une paix effective tant que l’on n’a pas obtenu le retrait de l’occupant. L’on ne peut décemment continuer de demander à un peuple soumi aux volontés d’un l’Etat dominant qui les occupe militairement, de faire des concessions et négocier d’égal à égal.

L’"Initiative de Genève", est -tout comme la Feuille de route et les innombrables mascarades de paix qui l’ont précédée- basée sur un rapport de force qui vise à faire accepter aux victimes palestiniennes ce qu’Israël n’est jamais parvenu à leur imposer par la brutalité.

Au surplus, "l’Initiative de Genève" contredit les principes du droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnus par la Résolution 194 de l’ONU, et n’est donc pas conforme aux principes d’équité et aux règles du Droit international.

Quatre années d’opérations militaires israéliennes terrifiantes se sont écoulées depuis la signature de "l’Accord de Genève". Rien de positif ne s’est produit pour les Palestiniens. Si la Confédération helvétique voulait vraiment faire un signe de bonne volonté et ne pas ajouter plus de frustrations et d’humiliations aux victimes elle aurait du avoir la décence de ne plus parler de cette "Initiative de Genève" comme d’une solution de paix.

Au moment où de larges secteurs de la population palestinienne, sont sans revenus et souffrent de malnutrition ; au moment où l’armée israélienne multiplie des opérations meurtrières qui génèrent tant de souffrances (en collusion avec les dirigeants de l’OLP), on pouvait s’attendre à ce que Mme Calmy Rey, appelle Israël à respecter le droit international, et cesse de bercer les Palestiniens d’illusions avec une"Initiative de Genève" inappropriée, qu’elle a bien imprudemment patronnée.

Silvia Cattori



[1Conférence donnée à l’Institut d’Etudes Politiques par M. Badie, professeur à Sciences PO-Paris, le 19 janvier 2004.